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- Membre : Van Der Graaf Generator, The Purple Helmets
- Style + Membre : Peter Hammill Et Gary Lucas

Peter HAMMILL - Chameleon In The Shadow Of The Night (1973)
Par ARP2600 le 12 Novembre 2012          Consultée 2069 fois

En 1972, Van der Graaf Generator, groupe pionnier de l'art rock, entre en sommeil. Il n'y pas eu une vraie séparation, mais le groupe n'a pas fait de concerts ni de séances d'arrangements avant 1975. La raison principale de cet arrêt est précisément la grande lassitude physique et morale des tournées. Peut-être aussi la parution d'un Pawn Hearts inachevé les a-t-elle également découragés. Pendant ces trois ans, il ne faut pas croire qu'il ne s'est rien passé. Entre les albums-choc que sont Pawn Hearts et Godbluff, le leader incontestable du groupe, Peter Hammill, a réalisé, dans un style plus personnel, quatre albums qui contiennent quelques-unes des compositions les plus affolantes du rock européen.

Ces disques sont peu connus du grand public, mais ils forment avec ceux du groupe une des discographies les plus charismatiques qui soit. Si Hammill n'est pas le seul musicien influent, il fait partie de ceux qui auront fourni le plus d'idées rythmiques et harmoniques, le plus de petits détails géniaux adoptés par la suite par des pans entiers du rock : rock progressif, punk/new wave voire rock alternatif (plus des cas isolés comme Pink Floyd). Cette influence monumentale n'étant pas évidente pour tout le monde, n'insistons pas lourdement, la chose étant dite, Hammill sera abordé en considérant ce point pour acquis. Étant donné qu'il n'a lui-même que peu d'influences évidentes, si ce n'est au sein de la musique psychédélique de la fin des années 60, les chroniques parleront peu de l'histoire et mettrons plus en avant son cheminement personnel, son monde étant de toute façon très fermé, notamment au niveau des thèmes donnant l'image d'une personne à la limite de l'autisme.

Mais commençons au commencement. Hammill a déjà publié un album solo en 71, Fool's mate, une collection de ses premières chansons, mais il ressemble plus à un extra à VdGG. C'est bien en cet hiver 72/73 que Hammill a complètement inventé sa carrière solo. Le fait le plus important est sa volonté d'être auto-suffisant. Il a acheté un peu de matériel de production, très incomplet et pas toujours très fiable, et s'est lancé dans des enregistrements chez lui, tout seul comme un grand. Enfin presque... dans le livret du présent album, Chameleon in the shadow of the night, une page présente les membres de «the umbraceous ensemble», constitué, comme c'est curieux, de Hammill, Guy Evans, David Jackson, Hugh Banton et Nic Potter... Ils n'ont certes pas participé à toutes les plages, mais on voit que VdGG n'est pas si séparé que cela.

Quoiqu'il en soit, le son de l'album est étrange. Il est à la fois cru et fragile à cause de cette production inexpérimentée. Pourtant, vu la nature des chansons, ces défauts deviennent des qualités et insufflent une âpreté et une nostalgie rarement entendue. La plupart des plages consistent essentiellement en un chant accompagné de guitare rythmique ou de piano, et quasiment aucune batterie. Il s'agit donc d'un rock très dépouillé, très élémentaire et pourtant d'une richesse rare. Notons également sur cet album l'invention du monogramme, ressemblant à un M barré et représentant un scorpion, le signe astrologique de Hammill, l'animal figure d'ailleurs sur la pochette de Paul Whitehead. Notons encore le titre, un caméléon dans l'ombre de la nuit, tout un programme d'amertume, d'obscurité et d'isolement.

L'ouverture, «German Overalls», raconte un épisode désagréable de VdGG lors d'une tournée en Allemagne, elle sonne presque comme une justification de l'arrêt du groupe. La délicate «Slender Threads» parle de la fragilité des liens humains, de l'éloignement d'amis de jeunesse. Elle est bien entendu très mélancolique, sa mélodie est particulièrement complexe et la guitare est idéalement fragile. Le contraste avec la suivante, «Rock and rôle» est également très bien vu. Celle-ci est un vrai rock dynamique, assez proche de la mouvance glam. Elle est un exemple de la différence entre VdGG et Hammill solo. Ici, c'est lui qui s'occupe de tous les arrangements, le saxophone est donc beaucoup plus soft et contrôlé, par exemple. Après ce triplet, la deuxième partie de l'album alterne piano et guitare. Avec tout d'abord... «In the end». Le thème de la fin est fréquent en rock, bien sûr, mais Hammill, dont on sent d'emblée la confiance existentielle, l'affectionne particulièrement. Le plus fort est que le piano, instrument plus percussif, donne un caractère vraiment fataliste à la chanson, mais elle est à vrai dire un peu trop écrasante.

Le répit offert par la grâce de «What's it worth?» est le bienvenu. Sa mélodie est sublime et l'accompagnement de guitare acoustique et de flûte en fait le numéro le plus progressif du disque. Avec «Easy to slip away», on a droit à un deuxième assaut de piano, complété par du saxophone et du mellotron. Elle reprend le sujet de l'éloignement des amis, de nouveau de façon très subtile et construite. La musique, pourtant dépouillée, atteint une tension formidable. «Dropping the torch» est plus répétitive et pourrait paraître faible, mais son côté suspendu est idéal dans la structure de l'album. Après la fin très douce de celle-ci, le fracas du grand final, la suite «In the Black Room/The Tower» est une belle claque. Cette plage devait figurer sur l'album de VdGG qui n'a pas vu le jour. Avec ses onze minutes, elle s'apparente nettement à des titres comme «Lemmings», mais, de nouveau, l'arrangement donne un côté plus monolithique, et il favorise les parties de chant et de piano de Hammill. Quoiqu'il en soit, cette conclusion folle et contrastée, qui relâche brutalement la tension accumulée au début de l'album, est un exemple important du talent du compositeur.

Peu d'auditeurs sont finalement séduits par ce joyau un peu brut. Beaucoup favorisent le suivant, plus chatoyant et, il est vrai, tout aussi fort : The silent corner and the empty stage. Mais quand on comprend la profondeur et la complexité de la musique pure figurant sur Chameleon, on n'est plus jamais le même. Il s'agit d'une de mes expériences les plus fortes en rock, je ressens beaucoup d'humilité devant cette leçon magistrale.

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- Peter Hammill (chant, guitares, piano, piano électrique, mellotro)
- Guy Evans (batterie)
- David Jackson (saxophones alto et tenor, flûte)
- Hugh Banton (orgue, piano, basse)
- Nic Potter (basse)


1. German Overalls
2. Slender Threads
3. Rock And Rôle
4. In The End
5. What's It Worth
6. Easy To Slip Away
7. Dropping The Torch
8. (in The) Black Room/the Tower



             



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