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Mylene FARMER - Avant Que L'ombre... (2005)
Par STEF le 2 Mai 2005          Consultée 10026 fois

Commençons cette chronique par quelques chiffres : 6,6,21,43,1500000.
N’allez pas croire que je suis devenu adepte de la numérologie et que je vais analyser cet album en jaugeant de l’impact mathématique et ésotérique de cette suite de nombre.
Tout simplement me permettront-ils de replacer dans son contexte la sortie très attendue du 6ème album de Mylène Farmer… tiens, un 6 justement.. et ceci après 6 années d’absence, de secrets, de mystères, de productions adolescentes douteuses (mais c'est pas sa faute à elle), de duo à succès avec Seal pour un best-of événement qui s’est déjà écoulée à plus de 1.500.000 exemplaires. C’est devenu une habitude, mais la pression sur cet album est énorme.. que ce soit les fan(atique)s, la major « Univers sale », mais aussi le simple amateur de musique que je suis, touchée il y a quelques années par la voix frêle, l’univers mélancolico-tourmentée et les belles mélodies de la rousse incandescente, on attend tous quelquechose de cet album, de belles émotions ou des $$$ selon les cas.

Passons donc à une tentative d’analyse de cet album, entreprise hautement périlleuse dans le cas de Mylène Farmer.
Lors de sa conférence de presse, elle avait révélé que son nouvel album comprendrait "beaucoup plus de guitares". Cette phrase peut être trompeuse, en effet, on pourrait penser à un retour en arrière, à l’époque d’« anamorphosée », où le coté rock et guitares saturées était très présent. Laurent Boutonnat, son complice de toujours, a lui déclaré qu'il y aurait "beaucoup d'acoustique et un peu d'électronique". Je lui donne raison, je n’ai pas trouvé profusion de guitare, mais bel et bien "beaucoup d'acoustique et un peu d'électronique" !
6 ans d’absence, c’est long et à titre personnel, j’ai crains une « madonnisation » de la star française. C’est vrai que c’était dans l’air du temps ce rapprochement franco-américain, qui aurait signifié pour moi une perte de son univers personnel, à grands coups, pourquoi pas, de beats à la Mirwai (producteur, en charge du son de l'album "Music") qui ont redonné un coup de neuf à la carrière de la material girl. Il n’en est rien et si changement il y a, c’est uniquement en rapport avec le vécu de Mylène ces dernières années. Pour la première fois, on a une impression de sérénité en écoutant ce disque. Alors que les premiers albums de la chanteuse étaient des plus tortueux, la direction "mystique" d'Innamoramento s’est mué en apaisement sur « Avant que l’ombre ». Un apaisement qui saute aux oreilles comme ce pont inédit à la clarinette sur « Redonnes-moi »!
Sans doute, le passage de la quarantaine entre ses 2 derniers albums (43 ans au moment où j’écris ces lignes), ainsi qu’une stabilité amoureuse ont contribué à façonner « Avant que l'ombre... » comme un miroir de la vie de Mylène Farmer au moment de son élaboration, comme l’ont été les 5 autres avant lui. La chanteuse s’est tournée vers la lumière, là où quelques unes de ses égéries, de Frances Farmer à Virginia Woolf sont restées dans l’obscurité et ont eu une issue tragique au même âge. Mais en restant consciente que son heure viendra à travers le magnifique titre d’ouverture « avant que l’ombre ». Ce titre qui introduit l’album, est également un très belle transition vis-à-vis des albums précédents, où le thème de la mort était beaucoup plus présent, ce qui ne sera pas le cas des titres suivants. Une page se tourne donc.

La voix de Mylène est plus assurée que par le passé, mise en avant, peu retouchée. Les nombreuses nuances qu’elle y apporte sont une vraie surprise. Mais, elle ne s’est pas pour autant muée en un clone de Céline Dion et les signes de fragilité, de fêlures et autres décrochés dans les aigus sont toujours bel et bien là (heureusement !!). Musicalement, il y a beaucoup de cordes (violons, violoncelle, guitares), du piano, du xylophone, des nappes de claviers, un zeste de programmation et des arrangements classieux pour un ensemble très cosy et très soft.
Le hard, il faudra aller le chercher du coté des paroles de titres tels que « Q.I » ou « Porno graphique », qui devraient faire parler d’eux pour leur caractère explicite. D’ailleurs, les sonorités electro choisies comme ossature aux textes audacieux de Mylène (provoc à 2 balles diront les détracteurs !!) sont parfaites, calibrées pour devenir de futurs hits single et live.
En quatorze chansons, la part belle est faite aux ballades, propices à déclencher les plus belles émotions comme sur « redonne-moi », « et pourtant » ou « tous ces combats ». L’alternance choisie ici entre ballades, titres plus rythmées et hymnesques (« Fuck them all », « Aime », « QI » ) ou pop classieuse (« dans les rues de Londres », « L’amour n’est rien ») permet à l’album de passer très (trop) vite… En tout cas, il n’ est pas question de trouver un titre réellement faible ni de remplissage.. ce qui est en soit une performance pour bon nombre d’artistes, mais monnaie courante dans toute la discographie de MF.
Parfois, la chanteuse s’essaye à d’autres exercices comme le titre techno (« Peut-être toi ») ou le chant en médium sur le bonus caché « nobody knows », qui pimente un peu un ensemble assuré, sans trop de prise de risque. Une manière de casser le coté lisse, aux cotés de « QI » ou « Porno graphique » qu’aurait pu conférer un album uniquement composé de ballades.
Enfin, je voudrais également souligner la présence d’un titre magnifique à la piste 12, « J’attends » , calme en apparence mais dont les montées en puissance majestueuses lors des refrains et le final sous forme de chœurs ethniques semblables à ceux d'Innamoramento laissent présager du meilleur dans son interprétation live.

En conclusion, si le choix d’un premier single assez incongru et pas vraiment fédérateur « fuck them all » (même si je trouve ce titre très bon) a pu donner une fausse image de la direction principale d'« Avant que l’ombre... », ce nouvel album emprunt de sérénité, s’avère être un nouvel incontournable dans la discographie déjà parfaite de Mylène Farmer.
Mon habitude m’empêchant d’attribuer une note maximale à un disque sans qu’il ait subi l'épreuve du temps, « Avant que l’ombre... » ne décrochera qu’un très prometteur 4/5, un 4 qui pour une fois vaut bien un 5. Les fans n’ont à mon avis que peu de chance d’être déçus, quant-aux allergiques au style Farmer, y’a peu de chance qu’ils apprécient ce nouvel album… il y a certaines choses qui sont immuables en ce monde!
PS : quelques uns ne manqueront pas de signaler l’absence du chiffre 21 dans cette chronique, 21 ans de carrière(soit un autre cap important de passé entre les deux derniers albums), 2+1=3 , ce qui signifie en numérologie, un équilibre dans une optique de créativité, d'extériorisation, d'expression et de joie de vivre.. C'est ma foi assez vrai quand on écoute ce disque !

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(+ 2 kros-express)

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1. Avant Que L'ombre
2. Fuck Them All
3. Dans Les Rues De Londres
4. Q.i.
5. Redonne-moi
6. Porno Graphique
7. Derrière Les Fenêtres
8. Aime
9. Tous Ces Combats
10. Ange, Parle-moi
11. L'amour N'est Rien
12. J'attends
13. Peut-etre Toi
14. Et Pourtant
15. Nobody Knows (bonus Caché)



             



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