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 Bob Dylan: Bobdylan.com (1524)

Bob DYLAN - John Wesley Harding (1967)
Par MR. AMEFORGEE le 13 Septembre 2007          Consultée 5760 fois

Quelques mois après la sortie de Blonde on Blonde, Dylan éreinté, en roue libre sur sa moto, part dans le décor. Accident grave qui le contraint au repos, il en profite pour se retirer de la mire ignée des projecteurs et pour goûter à une pieuse quiétude. C’est là notamment que se termine le joufflu documentaire en forme d’hagiographie que Scorsese consacre à l’artiste, No Direction Home. Mais Dylan n’est pas mort, même si la rumeur courut un temps, avec celle qu’il aurait été enlevé par les e.t. de la zone 51, et au cœur de l’automne 67, revient à la musique : ce sera John Wesley Harding, qui paraîtra en décembre de la même année. Et c’est reparti, sur la route encore.

On y découvre un Dylan beaucoup plus calme que celui qu’on avait laissé un an auparavant. Le feu électrique qu’il avait mis à l’honneur sur Highway 61 Revisited et sur Blonde on Blonde est remisé dans l’âtre prométhéenne d’où il avait été tiré, et l’on retrouve comme jadis une approche folk dominante, qui se pare à l’occasion d’accents country, en peut-être plus maîtrisée, car moins juvénile. Pour la circonstance, le barde ne part pas seul à l’aventure et requiert le concours de musiciens de Nashville, qui lui apportent une précieuse rythmique et au crédit desquels on peut attribuer la souplesse des arrangements qui rend l’album si accessible (les indispensables Charles McCoy et Kenny Buttrey) ; écoutez-moi un peu cette basse et ses pompompoms fraîchement cueillis du verger !

Ainsi le rendu est rustique, sobre sans être austère, épicé du toujours fidèle harmonica et porté par des mélodies particulièrement prenantes, malgré le caractère « pépère » qu’on pourrait leur prêter de prime abord. Le sujet des chansons ? Quelques aventures du terroir, épisodes aux dimensions de parabole, ou comment faire coïncider une forme de modestie et la portée d’une considération spirituelle, plus large, qui porte plus loin, bien plus loin, par delà le mur diffus des allégories. Et du coup, cet album possède une atmosphère bien particulière, pas si évidente à décrire en mots, un p’tit truc magique qui le place d’emblée parmi les meilleurs Dylan. Le pseudo-délire religieux, teinté d’une saine ironie, a toujours une saveur qui sait titiller.

Ensuite, il faut dire qu’on y trouve son content de morceaux inspirés. Evacuons tout de suite le cas du fameux « All Along the Watchtower », dont on sait qu’il sera porté au pinacle quelques mois plus tard par la guitare flamboyante de Jimi Hendrix. Ici, l’originale apparaît sous des oripeaux moins chatoyants, mais le texte et la mélodie qui tuent sont déjà là, et le chant de Dylan, dont l’accent se fait volontiers plaintif, apporte une dimension spirituelle que n’a peut-être pas la version définitive. A noter pour garnir la parenthèse, que Neil Young produit lui aussi, en live, une version de ce titre du feu de Zeus. Dans le présent album, on pourrait dire qu’il s’agit, comme il arrive souvent, de l’arbre (immense certes) qui cache la forêt.
Parmi les tempos assez alertes, on pourra apprécier un « Drifter’s Escape », chanté très plaintivement, ou le doublet d’ouverture, « John Wesley Harding » et « As I Went Out » assez remarquables, comme évoquées précédemment, pour leur rythmique ; ce même côté accrocheur, peu âpre sans pourtant être doucereux, grâce aux reflets acides de l’harmonica, se retrouve aussi sur un « Wicked Messenger » ou un « Down Along the Cove ». Quoique ce soit dans des instants plus posés qu’on atteigne des sommets, tel le « Dear Landlord », sous forme de lettre de doléance, avec son rythme qui induit comme une tension fluctuante, sans cesse relancée, et le chant pleureur qui s’y rapporte. On goûtera à la nonchalance de la ballade « I Pity the Poor Immigrant », aux bucoliques accents d’ « I’ll Be Your Baby Tonight », gentillette conclusion, ou encore à la « Ballad of Frankie Lee and Judas Priest » surtout remarquable pour avoir inspiré son nom à un obscur groupe de hard-rock, que n’adorent plus qu’une poignée de fétichistes du cuir clouté. Enfin, l’appréciation des chansons reste indissociable de la qualité des textes.

John Wesley Harding est donc un album qui rassure. Dylan n’est pas mort, Dylan ne fait plus de rock, Dylan sait encore écrire d’excellentes chansons. Certes, la source d’inspiration finira bien par se tarir et connaîtra de longues périodes de sécheresse, mais pour l’heure la verve du prêtre champêtre tient encore à merveille la route. Probablement un peu moins important dans sa discographie que les albums précédents, pour une bonne part historiques avec un grand H, John Wesley Harding n’en demeure pas moins un jalon marquant dans la vie musicale de Dylan. Et sa qualité immédiate en fait un indispensable pour quiconque souhaite approfondir l’œuvre du barde une fois passés les monuments les plus évidents.
Dehors, au loin, un chat sauvage gronda. Deux cavaliers approchaient et le vent commença à hurler… C'est vrai, quoi.

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   MR. AMEFORGEE

 
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- Bob Dylan (chant, guitare, harmonica, piano)
- Charles Mccoy (basse)
- Kenny Butrey (batterie)
- Pete Drake (steel guitar)


1. John Wesley Harding
2. As I Went Out One Morning
3. I Dreamed I Saw St. Augustine
4. All Along The Watchtower
5. The Ballad Of Frankie Lee And Judas Priest
6. Drifter's Escape
7. Dear Landlord
8. I Am A Lonesome Hobo
9. I Pity The Poor Immigrant
10. The Wicked Messenger
11. Down Along The Cove
12. I'll Be Your Baby Tonight



             



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