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SPACE ROCK  |  LIVE

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1970 Hawkwind
1971 In Search Of Space
2019 All Aboard The Skylar...
2021 Somnia
 

- Membre : Amon DÜÜl Ii, Pretty Things/yardbird Blues Band, Blind Faith, Cream, MotÖrhead, Richard Wahnfried , Lemmy, Slim Jim & Danny B., Arthur Brown , High Tide
- Style + Membre : Gong, Dave Brock , Nik Turner , Hawklords
 

 Site Officiel (1078)

HAWKWIND - Hawklords Live 78 (1978)
Par PSYCHODIVER le 19 Avril 2022          Consultée 566 fois

J'ai une confidence à faire : je ne cours pas après les enregistrements en concerts. Le travail en studio et la quête de la fréquence idéale auront toujours ma préférence au contraire des albums live, souvent brouillons, à l'énergie mal canalisée et qui nécessitent parfois des corrections telles qu'on obtient au bout du compte un album studio dissimulé. Néanmoins, comme à chaque règle son exception, certains d'entre eux savent se montrer convaincants. Et ce ne sont pas forcément les plus encensés. Parmi mes concerts sur microsillon préférés, Hawklords Live 78 est plutôt haut placé dans la hiérarchie.

La tournée exclusivement britannique d'un HAWKWIND réinitialisé et rebaptisé HAWKLORDS en 1978, destinée à promouvoir l'ovni discographique 25 Years On, fut fondamentale à plus d'un titre pour le groupe de Dave Brock. Plus encore que le culte mais trop sage Space Ritual ou que les bordéliques prestations des années 80, notamment à Stonehenge, au cours desquelles de vieilles connaissances passeront faire coucou (dont un Nik Turner grimé en poule, si si je vous jure, il y a de l'idée ). En effet, en plus de consacrer une dernière fois la présence des deux piliers élémentaires de la formation, Brock bien sûr et Robert Calvert, le poète paranoïaque bipolaire auquel les HAWKS doivent leurs préoccupations spatiales (leur âme tout simplement) : l'année 1978 marque l'ultime investissement de Barney Bubbles au côtés de ses compagnons d'infortune. L'homme aux artworks élaborés, créateur d'univers visuels époustouflants, inoubliables livres d'images qui de In Search of Space à Astounding Sounds Amazing Music ont permis à HAWKWIND de s'implanter durablement dans l'imaginaire populaire, signe ici les photographies, les pochettes et se voit confié par Bob Calvert l'élaboration scénographique adéquate à son concept aussi barje que brillant. Mais qu'en est-il justement du concept caché derrière des photos d'humanoïdes asexués, sans visage et uniformisés, annoncés comme les terriens de demain ?

Dystopique à souhait, l'histoire de 25 Years On se déroule dans un futur pas si éloigné en proie aux totalitarismes techno financiers d'influence trotsko-himmlerienne, où les êtres humains sont conditionnés jusqu'à la robotisation imposée, où l'ingénierie sociale repose sur des expérimentations psychiques et un transhumanisme fou et où des cols blancs détraqués aux folles ambitions messianiques pactisent avec des extra-terrestres aussi avides de pouvoir qu'eux dans le but de faire de la Terre une Tour de Babel à l'échelle de l'espace. En gros : prenez une base solide reconnue universellement (1984/Metropolis), ajoutez-y des soupçons de références à venir (Akira, Invasion Los Angeles, Ghost In The Shell, Dark City) et vous aurez, sans avoir à vous pencher sur les paroles, une vague idée de l'audace visionnaire de Robert Calvert. C'est bien simple, Bob était parvenu à rassembler en un concept tout ce qui avait fait la force d'HAWKWIND durant la décennie 70 sur laquelle il régna. De la science-fiction en apparence labyrinthique et faisant appel aux matériaux les plus nobles du genre, mais au final relativement accessible et avec une grosse couche d'anticonformisme à vocation sociale, écologique et géopolitique. À futur usé et despotique, les climats cold sont de rigueur. La scène est conçue telle un environnement concentrationnaire, miradors, projecteurs et structures industrielles à l'appui. Au fond, un écran sur lequel on s'attend à voir débarquer Big Brother et Goldstein, diffuse sous forme de diaporama/bande dessinée les principes philanthropes et progressistes (inhumains et régressifs) de la Pan Transcendental Industries (les fameux cols blancs évoqués plus haut). Une brochure distribuée à l'entrée des salles de concert développait les grandes lignes du projet. Exit les tenues extravagante et colorées : place à des ensembles ternes, blancs ou gris. De ceux qui dans peu de temps vont taper dans l'œil de JOY DIVISION ou du ULTRAVOX de Midge Ure. Seul le maquillage est conservé, en moindre quantité néanmoins. Bob s'étant tartiné le visage de fond de teint blanc et noirci le contour des yeux. Un recours à l'expressionnisme allemand que les néo-romantiques n'oublieront pas. Bob apparaît ici comme le chaînon manquant entre Dave Vanian et Steve Strange.

Ère Calvert oblige, la tracklist fait la part belle aux morceaux contemporains du mandat de Mad Bob. Néanmoins, la camaraderie entre Brock et lui se ressent sur un set qui comprenait autant d'interprétations de classiques que de nouveaux standards. Les HAWKLORDS se voulaient la continuité d'HAWKWIND et pas un bête projet parallèle. Et c'est à regret que l'on ne pourra sans doute jamais mettre la main sur une version complète et restaurée de cette fameuse tracklist. Les pannes de courant régulières et divers écueils techniques comme humains ayant conduit à nombre d'interruptions de concerts et de départs au lourds impacts (celui de Barney Bubbles mentalement épuisé le premier), le projet 25 Years On se voit par conséquent toujours occulté au profit d'un Space Ritual moins ambitieux mais plus présentable. Éternel triomphe de la forme sur le fond. Et ce n'est pas le faux live mais vraie compilation de bootlegs peu fameux The Hawklords Live sorti en 1992 qui pourra nous satisfaire. Hawklords Live 78, publié en 2009, étant une version préservée et bien entretenue du précédent enregistrement pirate.

Ainsi, quand bien même devrons-nous nous priver du fabuleux "Only The Dead Dreams of The Cold War Kid", du décapant "Uncle Sam's On Mars" ou des hymnes "Master of The Universe" et "Silver Machine" sur lequel Lemmy apparaissait en guest (nous priver de Lemmy, bande de salauds) : les HAWKS ont su par miracle et dans la mesure du possible proposer des titres aussi cohérents avec le concept qu'ils défendaient qu'avec les attentes de leur large public composé d'autant de nostalgiques que de nouveaux venus. Aride et froid mais paradoxalement organique et rageur, enrichi à la new-wave naissante et par une année 77 revigorante à bien des égards, le protopunk spatial des HAWKS gagne une intensité électrique que jamais plus ils n'atteindront en live (ils ne feront que l'effleurer, sur le Live Chronicles de 1986 notamment). De l'introductif brouhaha kraftwerkien "Automoton" au classique parmi les classiques "Brainstorm" qui referme l'album sur une piste on ne peut plus symbolique (si on ne peut pas sauver les meubles sur Terre, nous les sauverons avec l'immensité des perspectives offertes par l'espace), les HAWKS ne faiblissent pas un seul instant.

Si, sans surprise, Calvert et Brock sont en première ligne, il ne faudrait pas non plus minimiser le travail non moins considérable des trois autres membres. Les futures recrues iconiques Harvey Bainbridge (digne représentant d'une lignée prestigieuse de bassistes ayant officié chez les HAWKS) et Martin Griffin assurent une section rythmique impeccable. L'ami Griffin nous ferait presque oublier son pourtant illustre prédécesseur Simon King. Quant à Steve Swindells, ses claviers futuristes, tantôt fantaisistes (certains effets évoquent le jeu de Greg Hawkes des CARS) tantôt proto cold wave/dream pop brillent de mille feu. Passé second du Captain Lockheed, Dave Brock ne perd en rien son sens du riff inébranlable. Touché par la grâce (ou la plus pure lumière cosmique), il ne fait littéralement qu'un avec sa guitare. Les riffs accrocheurs en forme de murailles agrémentées de fils barbelés se succèdent avec une spontanéité et une fluidité impressionnantes (les versions féroces et survitaminées de "PSI Power", "Death Trap" et "25 Years", maniéré et bancal à l'origine, ce dernier ici transfiguré jusqu'à la dernière note). Et lorsqu'il est question de délivrer quelques interventions faussement apaisantes ou des soli marqués par un feeling du feu de Dieu (le final grandiose de "Spirit of the Age", la plus grande chanson jamais composée par les HAWKS qui trouve ici son interprétation la plus punk sans pour autant perdre son essence épico-tragique ), Dave est là aussi impérial. Oui, il est bien LE riff master (à titre personnel, seul Geordie Walker et Tony Iommi peuvent se mesurer à lui encore aujourd'hui). Quant au Captain Calvert, il est constamment sur la brèche, son instabilité mentale refusant de lâcher prise. Roquet gueulant comme si sa vie en dépendait, homo sapiens dans toute sa fragilité lors des passages les plus émouvants, s'emparant à plusieurs reprises d'un mégaphone pour amplifier l'anxiogène et pesante ambiance de son archipel du goulag ultralibéral (le désespoir et la détresse n'ont jamais été aussi perceptibles que sur "High Rise", solennelle et poignante exploration de l'aliénation urbaine).

Mais si l'on ne devait retenir qu'une poignée de titres pour convaincre les réticents de se jeter sur ce live, on prendrait tout d'abord cette version de "The Age of the Micro Man" à la puissance émotionnelle indicible. Calvert tout en retenue (magnifique), rend un hommage bouleversant à tous les esclaves de la Machine, passés, présents et à venir, pauvres hères abusés qui jamais ne sauront à quelle sauce ils sont mangés (they see the detail, but never the plan). On retiendrait impérativement, pamphlet anti-moderne oblige, la meilleure version existante du dévastateur single maudit "Urban Guerilla", une déflagration thermobarique des plus savoureuses (cette débauche d'énergie, bon sang !) aux paroles légendaires et incendiaires. Impossible de ne pas se prendre au jeu de Calvert et Brock et de leurs vociférations fédératrices : You've gotta stay cool, Bullets are the only way, Stand up and fight, I have come here to chew bubblegum and kick ass... and i'm all out of bubblegum (ah non, celle là n'est pas d'eux, mais elle aurait pu avoir sa place sans problème). On mentionnerait enfin un "Sonic Attack" revisité et de très loin supérieur au gringalet de "Space Ritual". Le morceau désormais complété par une longue mais haletante partie instrumentale, trouve là aussi son interprétation définitive (le "Do not panic" au mégaphone avec derrière le duo claviers/basse en ébullition, c'est quelque chose).

Un excellent album live n'est pas nécessairement le fruit d'un groupe au sommet de sa gloire, au line-up demeuré intègre depuis sa fondation ou sous la houlette de son leader historique. Une interprétation solide et une puissance communicative suffisent amplement. Hawklords Live 78 en est la meilleure preuve. Une fois Bob Calvert ayant fait ses valises pour approfondir sa carrière solo laissée en jachère depuis 1975, Dave Brock allait vite reprendre le contrôle d'HAWKWIND pour mieux se faire vampiriser avec consentement par Michael Moorcock qui fera des HAWKS devenus heavy métalliques ses Elric et Jerry Cornelius de service (navré, mais la fantasy, les albinos tourmentés et moi, c'est pas une love story). Peu importe, les freaks de Ladbroke Grove venaient de clôturer leur âge d'or avec un panache à la hauteur de leur fougue et de leur créativité extraordinaires. L'essentiel était là.

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   PSYCHODIVER

 
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- Robert Calvert ( chant )
- Dave Brock ( guitares )
- Harvey Bainbridge ( basse )
- Steve Swindells ( claviers )
- Martin Griffin ( batterie )
- Barney Bubbles ( scénographie / artwork )


1. Automoton
2. 25 Years
3. High Rise
4. Death Trap
5. The Age Of The Micro Man
6. Spirit Of The Age
7. Urban Guerilla
8. Sonic Attack
9. Psi Power
10. Brainstorm



             



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