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- Membre : Fairport Convention

Richard THOMPSON - Henry The Human Fly (1972)
Par MARCO STIVELL le 21 Septembre 2014          Consultée 923 fois

Richard THOMPSON est l'un des grands guitaristes oubliés de l'histoire du rock, ignorance contrebalancée par une carrière riche d'une trentaine d'albums solo, et bien sûr un jeu de guitare unique, facilement reconnaissable. Rolling Stone le place parmi ses 20 meilleurs guitaristes, derrière Jimi Hendrix et Eric Clapton, chose méritoire en termes d'hommage. Ce que Mark Knopfler fait depuis 1977 sur sa Stratocaster, THOMPSON l'a anticipé à sa manière et dans son propre univers, même s'il n'a jamais eu droit à sa signature chez Fender, faute de succès.

Pilier de Fairport Convention, leader du folk-rock britannique à la fin des années 60, il figure sur les albums mythiques, compose nombre des plus grands succès du groupe (« Genesis Hall », « Meet on the Ledge », « Farewell, Farewell »...). Il met en avant, non sans une certaine précocité – dix-huit à vingt ans seulement...– son toucher remarquable, qui épouse simultanément la guitare soliste et la rythmique. Admirateur de Django Reinhardt et Buddy Holly, sa particularité réside dans une volonté d'imiter la cornemuse écossaise, en accord avec ses origines paternelles.

Henry the Human Fly voit le jour plus d'un an après son départ de Fairport Convention. C'est un Richard THOMPSON à bouclettes, encore imberbe et au visage fluet, un Richard THOMPSON d'à peine vingt-deux ans et avide de création qui démarre sa carrière de soliste avec une expérience qu'il imagine fusion rock'n'roll à l'anglaise. Il se contente d'un trio permanent (le batteur Timi Donald et le bassiste Pat Donaldson, tous deux rencontrés grâce à Sandy Denny) et le concours de musiciens occasionnels. Mais en fait de rock et folk, il s'agit d'abord ici de raffinement, et ce premier album apparaît tâtonnant, exigeant, déroutant même.

Immédiatement, l'auditeur est saisi par « Roll Over Vaughn Williams » : un blues éléphantesque ponctué d'un refrain aussi simple que brûlant, pétri d'effets étonnants et jubilatoires comme cet accordéon extraterrestre joué par THOMPSON lui-même, et bien sûr ce jeu de guitare hypnotisant. Les doigts courent sur le manche en dansant une gigue, King Richard fait son entrée en fanfare. Sa voix de baryton éternellement insatisfaite, au timbre de crooner et aux manières de folkeux (à moins que ce ne soit l'inverse), semblera toujours vouloir repousser ses limites. Le chant de THOMPSON est personnel et unique, comme son toucher de guitare.

« Roll Over Vaughn Williams » ouvre le bal, ou devrait-on dire le spectacle qui restera l'empreinte du maître. L'ambiance rurale, les ouvriers, les démunis, les chevaux de course, les amants séparés par la religion, les mariages où personne ne se marie... « Mary and Joseph » mentionne les parents de Jésus comme n'importe quel couple de chanson paysanne, et est joué à la manière d'un hymne, les cuivres remplaçant l'orgue. La fin de « Nobody's Wedding » cite gaiement le traditionnel écossais « Mairi's Wedding ». Tout prend une allure d'histoire contée à l'anglaise, jusque dans l'idée de la mouche humaine (« human fly »). La base reste simple, le traitement favorise un sentiment de rareté. Et qui dit rare, dit précieux...

THOMPSON est un songwriter de génie, on le sait. « Shaky Nancy », « The Old Changing Way » et « Painted Ladies » sont inoubliables. Des ballades sombres qui prennent le pas sur les tempos rapides, « The Angels Took My Racehorse Away » étant le seul concerné. Introduit par un riff de guitare hommage à Chuck Berry, c'est un titre imprégné de musique cajun, où l'accordéon de John Kirkpatrick est omniprésent ; une longue collaboration débute ainsi. D'ailleurs, parmi les chœurs, outre les anciens amis de Fairport, Ashley Hutchings et Sandy Denny, on rencontre une certaine Linda Peters, amie de Denny et qui deviendra madame THOMPSON.

Curieusement et une fois le premier morceau passé, le jeu de guitare électrique se fait moins présent. La rythmique offre un accompagnement plus ou moins enrichi, les dulcimer, violons, harpe et tin whistle se succèdent. Par opposition à Fairport, THOMPSON n'écrit que des chansons. Le son est brut, rugueux, rustique, la voix résonne depuis une cabine. Notons encore que l'onirique et splendide « Wheely Down » pose les premiers jalons d'un folk ambient qui inspirera de nombreux artistes, encore actuellement.

Oui mais voilà, ce premier album est maudit, un malaise le hante. Sa réalisation tardive, son caractère sombre et étrange, même en cette année 1972, ne portent pas chance à THOMPSON. Les critiques fidèles à l'esprit rassembleur de Fairport assassinent Henry the Human Fly ; trente ans plus tard, ils reverront totalement leur jugement. Mais il est connu que la carrière de THOMPSON, et plus généralement sa vie seront marqués par cet accueil terrible, autant que l'ignorance du public : selon l'artiste, Henry the Human Fly reste à ce jour la plus mauvaise vente discographique de Warner. Un véritable mythe commence, un autre...

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   MARCO STIVELL

 
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- Richard Thompson (guitares, chant, accordéon, tin whistle, mandoline)
- Timi Donald (batterie, choeurs)
- Pat Donaldson (basse, choeurs)
- + David Snell (harpe)
- Jeff Cole (trombone)
- John Defereri (saxophone ténor)
- Clay Toyani (trompette)
- Sue Draheim (fiddle)
- Barry Dransfield (fiddle)
- John Kirkpatrick (accordéon)
- Andy Roberts (dulcimer)
- Sandy Denny (piano, choeurs)
- Linda Peters (choeurs)
- Ashley Hutchings (choeurs)
- Uncredited (harmonium)


1. Roll Over Vaughn Williams
2. Nobody’s Wedding
3. The Poor Ditching Boy
4. Shaky Nancy
5. The Angels Took My Racehorse Away
6. Wheely Down
7. The New St. George
8. Painted Ladies
9. Cold Feet
10. Mary And Joseph
11. The Old Changing Way
12. Twisted



             



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