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Jean-michel JARRE - Zoolook (1984)
Par ONCLE VIANDE le 4 Juin 2007          Consultée 8860 fois

Briller en société reste la principale préoccupation de l’homme moderne, et à ce titre, la musique se montre un terrain privilégié pour étaler son savoir. La qualité la plus appréciée demeure l’éclectisme, et rien n’est plus excitant que de se faire l’avocat d’un artiste décrié devant un cercle d’amis pétris de préjugés.
De la taille de la couleuvre dépend l’intérêt de l’exercice. Evitez cependant les causes indéfendables : le plaidoyer doit être réaliste, et votre crédibilité ne survivrait pas à un éloge de Lorie ou d'Alizée.
Dans cette perspective, le spécimen Jean-Michel Jarre se montre des plus intéressants. Avouer d’emblée un intérêt pour sa musique ruinerait votre entreprise et avec elle votre réputation de mélomane exigeant. L’approche doit être prudente, l’hypocrisie dosée et l’indulgence contenue.

Etape N°1 : blinder vos arrières par un avis sans appel :
« Jarre fait de la musique d'ascenseurs. De la soupe bon marché à destination des gens qui n’ont pas de goût ».

Etape N°2 : reconnaître les compétences de l’artiste, mais persister à dénigrer son travail :
« Jarre a gâché son talent. Ce musicien formé à la composition et à l’électroacoustique s’est perdu dans le mercantilisme alors qu’une carrière sérieuse lui tendait les bras ».
Citer Pierre Schaeffer est fortement conseillé ; un nom à consonance germanique est toujours un gage de sérieux.

Etape N°3 : placer « Oxygène » et « Equinoxe » dans la discussion, seuls albums susceptibles de trouver grâce auprès des oreilles classiques :
« il y avait quelque chose au début, il faut l’admettre ; une approche symphonique, l’influence de Debussy, Ravel… »
et poursuivre :
« …et une appropriation convaincante de la musique chinoise sur « Jonques de pêcheurs au crépuscule » »
Vous montrerez votre goût pour l’orient, marque d’ouverture qui fait toujours son petit effet.

Etape N°4 : revenir à une ligne dure et intransigeante :
« …mais à partir de « Rendez-vous », sa musique a la consistance d’une fiente de moineau ».
Afficher sa divergence avec un chroniqueur de Forces Parallèles, fut-il prestigieux, est un passage obligé pour s’affirmer en esprit libre.

Etape N°5 : oser un parallèle avec les groupes d’outre-Rhin :
« Sur le plan de la technique du son et de la maîtrise des machines, Jarre est aussi compétent que les musiciens allemands ».
Affirmation fondée, mais qui passe toujours mal auprès des amateurs de Klaus Schulze ou Tangerine Dream, et qu’il conviendra de tempérer :
« mais sa démarche n’a pas la rigueur ni l’authenticité de l’école de Berlin ».
Il faut savoir jouer avec le feu, mais pas trop.

Etape n°6 : le temps est venu d’abattre votre carte maîtresse :
« …mais « Zoolook » est différent, nous sommes là en présence d’un album à part, et même ceux qui conspuent Jarre reconnaissent ses qualités intrinsèques ».
En tirer une conclusion triviale :
« Jarre n’est jamais aussi bon que quand il cesse de faire du Jarre ».
Tenter un découpage discographique, comme savent si bien le faire les analystes :
« il y a clairement deux périodes, l’avant et l’après « Zoolook » »
Insister sur le caractère singulier du disque :
« l’album ovni », « son seul disque fou » ou encore « l’inclassable de Jarre ».

Etape n°7 : décomplexer la musique dansante :
« « Zoolook » est un disque fondé sur le rythme, et en la matière, le ressenti est seul juge. Il ne faut pas dénigrer la musique qui parle au corps, encore moins renier cet appel à la danse qui nous renvoie à nos plus lointaines origines. La musique qui ne s’adresse pas à l’esprit peut aussi avoir des qualités ».
Puis arroser de quelques lieux communs :
« En matière de groove, le corps ne ment jamais »
ou encore :
« Il n’y a pas de honte à se trémousser sur un rythme entraînant ».

Etape n°8 : formuler une analyse pertinente :
« « Zoolook » s'illustre par une utilisation inédite des voix samplées, traitées et manipulées à des fins diverses : éléments rythmiques ou percussifs (« Zoolook »), combinaisons phonétiques (« Diva »), brassage des cultures (« Ethnicolor »), et dans une plus large mesure, réalise une communion multi-ethnique à travers le médium son ».
(copyright Oncle Viande. 2007)

Etape n°9 : prendre de la hauteur :
« Zoolook s’inscrit dans le courant ethno-rock initié par Can et prolongé par Byrne & Eno, avec toutefois la prédominance du funk sur les rythmes africains ».
Vous montrerez, au mieux, que vous possédez un recul remarquable, au pire, que vous lisez Oncle Viande, ce qui n’est pas la moindre des références, convenez-en.

Etape n°10 : déballer le line-up avec fierté, inattaquable sur le papier, et qui aura raison des dernières réticences :
« Marcus Miller à la basse, Adrian Belew à la guitare, Yogi Horton aux percussions et Laurie Anderson aux vocaux ; l’avant-garde eighties qui rendit la musique dansante intelligente. La présence des musiciens donne un sérieux coup de fouet à cette musique synthétique : la chair, le muscle et la sueur qui lui font souvent défaut ».
Dire du bien de Jean-Michel Jarre en 1984 n’était pas encore passible de la peine capitale pour outrage au bon goût. Rappelez-le et jouez à plein la carte nostalgie.

A ce point du plaidoyer, l’assistance est normalement acquise à votre cause, et vous pouvez improviser dans la dernière ligne droite :

« Alors oui, « Zoolookologie » est de la musique de flipper, « Zoolook » est aussi prévisible qu’une chanson de Chris Rea et « Blah blah café » n'est qu'une chute de « Musique pour supermarchés ». Oui, les recettes de Jarre se voient venir à dix kilomètres et l’auto-plagiat fait partie de son mode de travail, mais n'y a-t-il pas là un disque un peu plus couillu que les autres ? Un album insolite, qui questionne l’oreille davantage qu’il ne la flatte, nous épargne les sonorités pur sucre et les effets faciles. Ne serait-ce que pour ses quelques moments étranges et troublants (« Ethnicolor » et « Wooloomooloo ») et ses sections rythmiques péchues, nous aurions bien tort de bouder notre plaisir. A part ça, Jarre reste le musicien français le plus célèbre dans le monde, à croire que les gens passent leur vie dans les ascenseurs ».

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- Laurie Anderson (chant sur « diva »)
- Adrian Belew (guitares et effets)
- Yogi Horton (batterie et percussion)
- Jean Michel Jarre (claviers et instruments électroniques)
- Marcus Miller (basse)
- Frederick Rousseau (claviers supplémentaires)
- Ira Siegel (guitares supplémentaires)


1. Ethnicolor
2. Diva
3. Zoolook
4. Wooloomooloo
5. Zoolookologie
6. Blah Blah Café
7. Ethnicolor Ii



             



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