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JAMES BOND - James Bond 007 Contre Dr. No (monty Norman & John Barry) (1962)
Par MARCO STIVELL le 7 Janvier 2021          Consultée 280 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

« Vous savez que je n'ai d'yeux que pour vous... Nous pourrions, là, sur votre bureau...
-Oh, James ! Si seulement vous ne disiez pas ça à toutes celles que vous...
-Miss Moneyponey, abrégez vos distractions et veuillez faire entrer le commander Bond ! », clama une voix sentencieuse dans le parlophone.

Aussitôt après, dans le bureau de M :
« Bonjour 007, il semblerait que vous soyez enfin remis de votre partie royale de casino avec Le Chiffre ?
-Avec tout le respect que je vois dois, Patron, ce sont plutôt de mes parties qu'il s'agit, et je...
-C'est bien, nous y reviendrons une autre fois, même deux fois si vous le voulez. (1) Comme pour les affaires Mr. Big (2), Hugo Drax (3) etc, laissons tout cela de côté. Il a été décidé, ordre de la reine en personne et avec la bénédiction de Ian Fleming, que votre nouvelle mission soit liée à un certain Dr. No.
-Mais Patron, répondit Bond gêné, cela veut dire que nous avons sauté directement à la sixième mission ? (4) Que les spectateurs au cinéma vont avoir connaissance du SPECTRE avant le SMERSH ?!
-007, faites-moi donc le plaisir de m'épargner vos commentaires ! Les spectateurs n'avaient qu'à acheter les bouquins avant. Pour démêler l'affaire des brouillages radio à Cap Canaveral qui empêchent le lancement des fusées lunaires, pour arrêter ce sinistre chinois-teuton appelé Dr. No et ses dragons sur son île de Crab Key en Jamaïque, vous devez entrer en contact avec les producteurs Albert R. Broccoli et Harry Saltzman chez les United Artists, puis avec le réalisateur Terence Young, qui a toute la confiance de Broccoli. C'est important et je tiens à ce que vous l'ayez aussi ! Sans cela, pas de permis de tuer, pas d'avion pour la Jamaïque, pas d'Ursula Andress... Reprenons depuis le début : vous vous nommez ?...
-Bond. James Bond.
-Et en vrai ?
-Sean Connery.
-C'est bien, il faut juste réduire votre accent scottish. Maintenant, voyons votre équipement. (Au parlophone) Miss Moneypenny, veuillez faire entrer l'Artilleur. (À James) Oui je sais, dans les livres on parle de Q (vos allusions scabreuses, vous pouvez les garder pour vos conquêtes ou pour les spectateurs du XXIème siècle, merci !), mais pour le film Dr. No, nous n'y sommes pas encore. Ah, et remettez moi votre Beretta qui s'est enrayé l'autre fois et vous a valu six semaines d'hôpital. Ça coûte cher et le contribuable, c'est moi !
-Mais j'aime mon Beretta, Monsieur...
-Suffit. Armurier, remettez-lui le Walther PPK.
-Discret, efficace, dernier cri et fait fureur chez les Américains ! précisa fièrement l'Armurier.
-Qu'ai-je d'autre pour cette mission ? demanda James Bond désemparé.
-Un flacon de poudre talc pour les empreintes à relever sur votre valise, en cas d'infraction éventuelle dans votre chambre d'hôtel. Vos propres cheveux peuvent également servir pour les battants de portes d'armoire, à coller avec votre salive bien entendu.
-C'est tout ? Même pas d'Aston Martin ?! J'aurai au moins droit aux Vodka Martini ?
-Trêve de simagrées, 007, votre avion décolle dans trois heures et demie. Avant de partir, faites bonne impression sur l'équipe technique, et évitez de roucouler.
-Ce n'est pas drôle, maugréa Bond en son for intérieur. Ma salive, mes cheveux ! Pourquoi pas un pantacourt et des espadrilles dans la boue à Crab Key ? Ça ne marchera jamais... »

Et pourtant, cela a marché, plus que de raison ! Le roman d'espionnage, né chez les anglais Conan Doyle, Agatha Christie, Somerset Maugham et Graham Greene, est l'une des forces littéraires post-Seconde Guerre Mondiale, suivant les événements géopolitiques, grâce à James Bond, tout à l'image de l'auteur : aventurier (Fleming était officier de marine spécialisé en renseignements), gourmet bon vivant amateur de boissons alcoolisées fortes et de champagne, de grands hôtels, de jeux, de femmes bien sûr.

Like it or not, on aime ou pas, mais James Bond n'est pas la saga bassement machiste et baignant dans l'action que peuvent lui reprocher ses détracteurs. Il y a de la sensibilité pure (y compris envers les personnages féminins) et un sens de l'esthétisme aigu que ce soit dans les livres (Vivre et Laisser Mourir demeure un pur bijou) ou dans leurs adaptations cinéma plus ou moins fidèles, grâce aux décors souvent somptueux, sélectionnés avec soin, comme tout le visuel (costumes, effets spéciaux etc), et bien sûr aux génériques designés par Maurice Binder.

En 1962, James Bond 007 Against/Contre Dr. No est le premier effort, au budget mince, et il fallait donc une histoire d'un niveau modeste surtout dans ses moyens et déplacements, d'où le choix de la sixième nouvelle de Fleming. On reste dans le Commonwealth tout en faisant déjà voyager, l'avion étant déjà cher pour les vacances (et pas d'Internet bien sûr !). On ne prend pas trop de risques et on pousse même à l'avant un Sean Connery encore peu connu, ainsi qu'Ursula Andress, actrice suisse bernoise et première vraie James Bond girl (juste précédée par deux autres "de passage").

Pour ce film sorti le même jour que "Love Me Do", premier tube des BEATLES (si ce n'est pas un signe du destin pour ces années 60 très britanniques sur le plan culturel !), la dizaine de millions de dollars qui a servi à sa production est rentabilisée plus de soixante fois en termes de succès, et tout devient emblématique. L'acteur avec son élégance et son sex-appeal, son courage et son sens de la survie ; le MI6 dirigé par M, sa secrétaire Moneypenny que James ne "possèdera" jamais ; le Walther PPK et les Vodka Martini, les courses en voitures et les méchants intelligents qui veulent dominer dans la guerre Froide, le bikini et la plage jamaïcaine devenue plage Bond (adjacente à la résidence secondaire de Fleming nommée... Goldeneye !)... Enfin, la musique !

Pour le coup, on est loin de la pop des BEATLES ou même du rock'n'roll, avec du mambo, du calypso, musiques traditionnelles sentant le soleil et les cocotiers, en vogue durant les années 50 aux U.S.A. Le thème principal orchestral, en revanche, puise dans le swing, les films noirs classiques. Souvent crédité par erreur à John BARRY (ici plutôt à la direction d'orchestre), il est bel et bien l'oeuvre de Monty NORMAN. En outre, le "James Bond Theme", à la fois "smart" et humoristique, est une division en deux sections très caractéristiques.

D'abord le pré-générique appelé "gun barrel" (on voit Bond apparaître dans un canon de pistolet dont le détenteur vient de signer son arrêt de mort !) avec ses trois attaques de cuivres sur des notes à l'octave répétées, son vibraphone, ses cordes "à l'orientale" et sa guitare branchée surf music. Si ce dernier instrument a servi NORMAN pour la composition, l'arrangement reste le fait de John BARRY. En second, la variation où l'orchestre joue plus rapidement, que l'on peut entendre dans les moments d'action, notamment ceux où Bond parvient à s'échapper d'une mauvaise posture.

Si le pré-générique est déjà en place pour les films suivants, le générique au rabais qui survient aussitôt n'est encore que peu représentatif du talent de Maurice Binder, avec de simples crédits sur des gros points lumineux de couleurs différentes qui se baladent. On voit juste après des ombres de personnes dansant, les jeunes femmes étant le seul point commun avec les futurs génériques là encore. Même musicalement, les percussions festives et la chanson "Kingston Calypso" interprétée par Bryan LEE & THE DRAGONAIRES, avec sa flûte piccolo, se laissent gentiment écouter à peine. Plus loin, l'autre grande chanson du film est "Under the Mango Tree", plus lente, fredonnée par Ursula Andress (en réalité Diana COUPLAND) et entendue à plusieurs reprises.

L'orchestre de BARRY s'imprègne de ces influences calypso à loisir, quand il ne sonne pas jazz ("Twisting With James", avec solo de sax et de guitare). Il y a aussi, pour un court instant, des touches asiatiques dans la caverne-palais de Dr. No. Le disque de la bande sonore, publié par la filiale musicale des United Artists, contient également quelques inédits, non-joués pendant le film : "Jamaïcan Rock" plutôt frais et sympathique, guitare électrique en avant sur percussions ; "Audio Bongo", thème planant et psychédélique où les flûtes et la guitare pensée par NORMAN favorisent les arrangements contemporains ; le shuffle jazz de "Dr. No's Fantasy", la version instrumentale de "Jump Up".

Non présent sur le disque au contraire, le thème de l'attaque de la mygale la nuit use des savants arrangements symphoniques par BARRY, avec cordes et vents qui font des vagues. Loin d'être désagréable, cette bande sonore fait voyager à elle seule, mais n'est pas pour autant mémorable, en dehors du fameux "James Bond Theme". Elle accompagne bien les changements de climats, d'abord en Jamaïque pour l'ouverture puis en Grande-Bretagne (et retour), mais aussi le rythme du film, dont on sent bien le caractère "à l'essai" par moments. Sans oublier une pointe de kitschitude, surtout perceptible au milieu et dans la seconde partie.

Sources : Le Petit James Bond Illustré Par l'Exemple (Philippe Durant, 2015) ; Bons Baisers du Monde (Guillaume Evin et Laurent Perriot, 2020)

(1) Allusion aux deux films dédiés à Casino Royale, premier roman écrit par Ian Fleming pour la saga James Bond en 1953 : celui de 1967, hors de la série cinéma « officielle », bien avant celui de 2006 avec Daniel Craig.
(2) Antagoniste principal de Live and Let Die/Vivre et Laisser Mourir, deuxième roman de James Bond paru en 1954. Le film adapté n'est sorti qu'en 1973.
(3) Antagoniste principal de Moonraker/Entourloupe Dans l'Azimut, troisième roman de James Bond paru en 1955. Le film date de 1979.
(4) James Bond Contre Dr. No, sixième roman de la saga, paraît chez les libraires en 1958, quatre ans avant le film consacré (premier de la saga cinéma).

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   MARCO STIVELL

 
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- Monty Norman (compositions, orchestrations)
- James Barry (orchestrations, direction d'orchestre)


1. The James Bond Theme
2. Kingston Calypso
3. Jamaican Rock
4. Jump Up (instrumental)
5. Audio Bongo
6. Under The Mango Tree
7. Twisting With James
8. Jamaica Jazz
9. Under The Mango Tree (instrumental)
10. Jump Up
11. Dr. No's Fantasy



             



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