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Mike OLDFIELD - Light + Shade (2005)
Par MR. AMEFORGEE le 2 Novembre 2005          Consultée 7948 fois

Pour l’amateur de Mike Oldfield, il est difficile d’apprécier l’intégralité de sa discographie, qui court sur trente-deux longues années et dans laquelle l’artiste se frotte à des genres variés et tente des expériences plus ou moins osées ou grand public, et donc plus ou moins concluantes. Au rock progressif original des débuts, il ne reste plus guère que cet éternel son de guitare, picking plaintif et souvent tisseur d’émotion.
Depuis les années 90, Oldfield s’est tourné vers les nouvelles technologies, comme en témoignent les disques de cette période, présentant, à quelques exceptions près, de plus en plus d’éléments électroniques, et ses projets parallèles, MusicVR et Maestro, deux jeux vidéos en ligne. Ainsi, Light + Shade poursuit un peu plus avant dans cette direction, le long de deux disques représentant respectivement les facettes sombres et lumineuses de l’humeur de l’artiste. Cette caractéristique en fait d’ailleurs l’album le plus long depuis… Incantations…
La production est lisse, rutilante, typique de l’utilisation poussée des machines, et il ne demeure plus que la guitare et le piano qui ne soient pas encore complètement cybernétiques, contrairement à la section rythmique et même aux chants, lead et chœurs compris. Les fans de Mike Oldfield le rockeur peuvent donc déjà passer leur chemin.

Light est sans doute le disque le moins original de Light + Shade, car proposant un versant électro déjà exploré par Oldfield sur son précédent album, Très Lunas, à savoir l’électro « chill out » et « ambient », genres paisibles et lénifiants, plus propices au développement du romantisme éclairé dont il se réclame. D’autres albums de Mike se rappellent aussi à notre souvenir, comme The Songs of Distant Earth, par l’usage de voix trafiquées et quelques mélodies à fragrances doucement épiques (« Sunset » pour n’en citer qu’un).
Il s’agit donc d’un disque reposant, nimbé de claviers planants, touché de beats calmes et assaisonné d’effets atmosphériques, mais un poil ennuyeux, malgré de jolies mélodies; au piano: les élégiaques « Black Bird » et « Rocky »; ou à la guitare : le nonchalant « First Steps » qui gagne peu à peu en intensité (et dont la mélodie a déjà été exploitée sur Très Lunas), « Closer » en forme d’hymne funéraire, ou encore le déjà mentionné « Sunset ». La balade est agréable, mais on n’en ressort pas décoiffé. Notons malgré tout en faveur de Light, que le son est plus moderne que sur Très Lunas, qui est âgé de trois ans de plus.

Shade, quant à lui, se veut plus houleux, et se trouve donc résolument plus « techno/dance » sur certains titres, et un peu plus rock sur d’autres, tout en conservant le vernis électro. Pour du Oldfield, l’expérience est assez originale et présente plus de relief, un caractère plus affirmé que sur Light. Toutefois, faire de la techno, surtout en 2005, ne relève pas franchement de l’avant-gardisme, et l’on ne criera donc pas au génie, loin de là. Les influences sont nombreuses sur ce disque, mais se réfèrent beaucoup moins à Très Lunas, contrairement à Light. Notamment, on songe par moment à du Jean-Michel Jarre, même si Oldfield garde pour lui sa guitare en guise d’empreinte digitale. C’est le cas par exemple sur le titre d’ouverture, l’aquatique « Quicksilver », qui demeure malgré tout plutôt accrocheur, grâce à des mélodies à la guitare et au piano, simples mais intéressantes. D’autres morceaux, en plus d’évoquer Jarre, rappellent à nouveau The Songs of Distant Earth, comme « Resolution », baignant dans une ambiance de moiteur pesante, aidée par une guitare volontairement plus saturée, ou encore la chanson « Surfing », au parfum fugacement new age, dû aux choeurs.
« Slipstream », quant à lui, est un morceau de techno trance, qui évoque quelque peu le procédé du mix/medley final de l’album Millenium Bell, avec arrangements à connotation énigmatique. Ensuite « Tears of an Angel » nous rappelle subrepticement, au passage d’une ligne de guitare héroïque, la grande période d’Amarok, qui se glisse dans l’écrin électro de l’ensemble. On pourra encore s’étonner, s’insurger et/ou apprécier « Romance », qui est en fait une version techno du célèbre thème de Jeux Interdits (d’accord, ça relève un peu de l’arnaque de supermarché, là…). « Ringscape », ensuite, se présente comme une ballade bluesy, rythme lancinant, guitare plaintive et claviers rappelant l’orgue hammond, bien que le tout reste saupoudré d’effets électroniques. « Nightshade », le titre final, reste dans le ton, et conclue l’album sans perte ni fracas… De manière générale, je préfère donc ce second disque, qui est plus impulsif que le précédent et un peu plus original pour du Mike Oldfield (bien que l’adjectif ne soit pas tout à fait bien choisi).

En conclusion, Light + Shade n’est franchement pas désagréable à l’écoute, mais manque de piment, d’une petite étincelle qui ferait s’envoler l’enthousiasme vers des cimes autrement plus élevés. Ici, on reste dans les verts alpages, loin des hauteurs enneigées du génie, la promenade est plaisante, mais non transcendante. L’ambition semble manquer à cet opus, qui aurait finalement gagné à être plus complexe, pourquoi pas travaillé en un morceau unique, comme dans le temps. Toutefois, l’ambiance se laisse doucement infuser et finit par exhaler un semblant d’émotion. Mais est-ce que Mike Oldfield a encore quelque chose à dire en ce début de millénaire, là est la question. Et ce n’est pas ce Light + Shade qui y répondra.

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   MR. AMEFORGEE

 
   MARCO STIVELL

 
   (2 chroniques)



- Mike Oldfield (guitares, claviers, ordinateur)
- + Robyn Smith (clavier)
- + Christopher Von Deylen (clavier)


- light
1. Angelique
2. Blackbird
3. The Gate
4. First Steps
5. Closer
6. Our Father
7. Rocky
8. Sunset

- shade
1. Quicksilver
2. Resolution
3. Slipstream
4. Surfing
5. Tears Of An Angel
6. Romance
7. Ringscape
8. Nightshade



             



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