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Mike OLDFIELD - Amarok (1990)
Par MR. AMEFORGEE le 27 Septembre 2006          Consultée 11697 fois

Au commencement était le chaos, un enchevêtrement sans queue ni tête, une suite de bribes, de fragments, miroitants, versatiles, un mouvement ininterrompu, une fluctuation, une pulsation désordonnée dépourvue de finalité, de sens, un bouillonnement incessant comme un prélude à l’organisation d’un cosmos. Puis dans le malstrom tourbillonnant, le pandémonium où passaient tour à tour des silhouettes fugacement sublimes et grotesques, un processus de hiérarchisation, d’harmonisation, de domestication s’enclencha. Des mélodies émergèrent, une structure se dévoila, une cohérence finit par saillir. A la fin, le chaos était vaincu et la beauté de la création éclata au grand jour.

C’est à peu de choses près ce qu’il se passe les premières fois que l’on écoute Amarok, l’œuvre la plus exigeante, la moins accessible, la moins commerciale, la plus extravagante de Mike Oldfield. Un joyeux bordel se présentant comme un morceau unique d’une heure, composé en réalité d’une myriade de passages éphémères et d’un abord foncièrement déstabilisant. A l’époque, Virgin réclame un nouveau Tubular Bells, qui demeure en définitive l’une des plus grandes réussites de l’artiste ; Mike, qui commence à en avoir assez des doléances péremptoires de sa maison de disques, décide de court-circuiter le projet en composant Amarok, construit de telle manière à ce qu’aucun single ne puisse en être extrait.
Il est de coutume de considérer cet album comme une sorte de suite à Ommadawn, les deux noms possédant une certaine ressemblance, les instrumentistes et la couleur « musique du monde » s’y retrouvant à leur manière. D’une certaine façon, on peut aussi mettre en parallèle l’impression de fluctuation qui sourd des deux œuvres. Mais si Ommadawn s’apparente à une progression constante sur le fond, Amarok l’est à la fois sur le fond et sur la forme, tout aussi changeante et extrêmement diversifiée. Ainsi, on pourra répertorier de nombreux airs, arrangements, effets qui nous renvoient diversement au new-age ou à l’ambient, au blues, à la country ou au flamenco, au folk ou aux musiques du monde, australienne, celtique et africaine, dans une succession qui tient autant de la technique très voyante du collage que du mélange subtil.
La bizarrerie n’est pas poussée qu’à ce niveau : Mike joue également d’une multitude d’instruments, dont certains se révèlent très improbables, comme la brosse à dents qui scratche-scratche ou le verre d’eau qui flique-floque, et j’en passe et des plus étranges encore. Sans omettre de préciser qu’aucun ne sont des samples. Mike s’est ainsi chargé de jouer la quasi-totalité des engins sonores de l’album, en vertu de son statut d’homme-orchestre, à l’exception de quelques chœurs, de quelques instruments du folklore celtique tenus par Paddy Moloney ou bien encore des percussions africaines de Jabula.

Alors au début, il faut s’attendre à être frustré, voire même agacé. Par moments, on a l’impression qu’il ne se passe rien, à peine quelques nappes ou quelques boucles de claviers, quelques accords de guitare qui forment une sorte de fond sonore ; parfois, surgit un riff, tellement inattendu qu’il fait sursauter, comme par exemple au début, parfois ce sont des dissonances ou des effets à connotation humoristique (le bruit de Mike se lavant les dents, ou bien la narratrice qui parodie Margaret Thatcher) ; parfois ce sont les montées en puissance épiques, les coups d’éclat qui donnent envie de frissonner, mais qui sont tellement courts que l’on n’en a pas le loisir : comme par exemple cette première explosion aux alentours de la sixième minute, qui dure à peine vingt secondes et qui est pourtant, peut-être, la meilleure ligne de guitare, la plus prenante, de toute la discographie de Mike.
Cela dit, plusieurs écoutes permettent de se rendre compte qu’en fait de bordel, il s’agit de quelque chose de très organisé. Rien n’est laissé au hasard, la multitude de thèmes, leurs réapparitions au fil du morceau sous diverses variations, les nombreux arrangements dont un bon nombre constitué d’un contingent de guitares, les différents enchaînements. La familiarisation permet alors d’appréhender l’objet en laissant de côté les idées préconçues, nécessairement réticentes aux expérimentations téméraires d’Amarok. L’album devient alors un voyage de longue haleine, d’une richesse insoupçonnée, chaleureux et véritablement dépaysant, où l’on passe de longues plages paisibles, songeuses, à de courtes épopées, tantôt homériques, tantôt burlesques, tantôt primitives et tribales. Certes, ça passe ou ça casse, mais si ça passe, le plaisir en est autrement plus élevé, grâce à cette impression de parcourir un paysage musical loin des normes et des attentes quotidiennes.

Maintenant, j’ai parfaitement conscience qu’il existe une tendance assez fâcheuse qui consiste à qualifier automatiquement de géniale, de chef-d’œuvre, une œuvre qui sort un peu des sentiers battus et qui nous dépasse. On ne peut nier qu’Amarok repose sur une part d’esbroufe auto-destructrice, un coup de poker aussi passionnant que suicidaire. Mais ce qui fait vraiment son excellence, c’est que par delà son abord difficile, il demeure étonnamment accessible. C’est paradoxal, mais en vérité, on n’est pas tant que ça en territoire inconnu : les guitares de Mike Oldfield sont toujours là, tissant un fil d’Ariane qui permet de s’y repérer. Les thématiques sonores qui caractérisent la personnalité de l’artiste sont toujours présentes : une pincée de new-age, une autre de culture africaine ou celtique, quelques subtiles références à Tubular Bells (aux alentours des 25ème et 53ème minutes par exemple : les rondes hypnotiques des claviers), à Ommadawn (les dentelles ciselées de guitares) voire à d’autres œuvres passées, permettent de s’y retrouver. Et les mélodies accrocheuses sont là, aussi. En ce sens, on est loin d’expérimentations purement bruitistes et froides, qui peuvent rebuter, comme on peut en trouver en musique concrète, par exemple. Le coup de maître ici tient donc en un difficile équilibre entre l’inabordable et l’abordable.

Amarok apparaît donc comme le zénith créatif de Mike Oldfield, lui qui semblait condamné depuis des années à l’insipidité la plus complète. Un album unique, au bord du gouffre, dont le coup d’éclat est aussi sûrement impossible à réitérer que son contenu est improbable. Après, que sa discographie soit en définitive assez inégale, cela n’a pas vraiment d’importance : Mike atteint un sommet avec Amarok, que l’on peut sans hésiter placer dans le Tabernacle aux côtés d’Ommadawn et d’Incantations.

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- Mike Oldfield (tout et n'importe quoi)
- Janet Brown (voix)
- Jabula (choeur et percussions)
- Paddy Moloney (flûte irlandaise)
- Clodagh Simonds (choeur)
- Bridget St John (choeur)


1. Amarok



             



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