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Mike OLDFIELD - Earth Moving (1989)
Par MR. AMEFORGEE le 22 Août 2006          Consultée 7100 fois

Earth Moving est le type même d’album que l’on adore détester. Le type même d’album dont il serait facile de consacrer une chronique aussi brève qu’incendiaire : c’est beurk, point. Mais comme sur FP, on n’est pas des rigolos, je vais en profiter pour dévoiler quelques ficelles. Tout le monde sait qu’Earth Moving est pourri. Vous ne le savez pas, mais tout le monde en parle. Comme cette plantureuse jeune femme rousse que j’ai croisée dans la rue tout à l’heure ; elle avait de longs cheveux bouclés, de mignonnes tâches de rousseur et des yeux verts comme je les aime (mais j’aime aussi les bleus et les bruns ; et les chevelures blondes et brunes : je ne voudrais pas recevoir de plainte). Quand elle a tourné légèrement la tête vers moi, en se mordillant doucement la lèvre inférieure et en remettant en place la bretelle tombante de son débardeur d’un geste calculé, son regard plein de sous-entendus me disait : « Earth Moving est un album pourri ». Ou bien quand je vais chez le coiffeur, ce dernier, pendant qu’il me meurtrit le crâne à coups de peigne rageur, il ne cesse de jeter ces imprécations-ci : « Mama mia, ce Earth Moving est trop nul, même mon ami Kevin, qui est fan de ABBA, n’a réussi à l’écouter que deux fois. A propos, Monsieur Ameforgée, vous pourriez m’offrir un autographe ? J’adoôre vos chroniques, surtout celles de U2 ».

Il faut dire qu’il y a des signes à peu près objectifs qui ne trompent pas : le contrat qui lie Mike Oldfield à Virgin approche de son terme et ses relations avec la maison de disque ne sont pas franchement des plus cools. Richard Branson veut de la pop, du commercial, même s’il n’a pas compris, après le bide d’Island, que Mike est nul pour faire du commercial. Et il y a trois aspects de Mike Oldfield que j’adore détester : ses chansons, pas forcément toutes ratées, certes, ses expériences techno made in Ibiza et sa névrose Tubular Bells. Et donc voilà, l’album est composé exclusivement de chansons, formatées pour plaire à mémé (Ibiza et les cloches tubulaires à la pelle, ce sera dans le courant des années 90). Les arrangements sucrés des claviers et les textes qui parlent d’amour y contribuent. Ainsi, « Hostage » n’est pas une référence à son précédent album The Killing Fields, mais parle bien d’un « otage du coeur » (en général, quand les ravisseurs en ont assez, ils les exécutent d’une balle dans la tête)... Sans parler de la tendance discutable qu’a l’artiste à recycler d’anciens arrangements : on reconnaîtra ça et là des effets de boucle à la « To France » (sur « Holy ») ou bien des attitudes emphatiques à la « Islands » (cf. « See the Light » notamment). Et puis après, le monde entier s’est relayé le mot : l’album est nul. Avant même de l’écouter, on sait déjà qu’on déteste. Si ça, c’est pas objectif...

Mais... mais... Quand on écoute ce disque plus de cinq fois (oui, je mériterais d’avoir mon nom dans le Livre Guinness des Records), on s’aperçoit qu'il n’est pas dénué de qualités, loin de là. Déjà, la performance des chanteurs est franchement bonne. Ils maîtrisent leur sujet et ce n’est pas leur faute si les textes à leur disposition sont répétitifs et bateaux comme le radeau de la méduse. D’ailleurs, dans le genre, ce seraient les hommes qui surprendraient : Adrew Belew, Max Bacon, Mark Williamson ou encore Chris Thompson sortent plutôt du lot. Pour ce qui est des voix féminines, on est en terrain plus connu et l’impact est moindre : Anita Hegerland, la soul Nikki Bentley et Maggie Reilly ne convainquent pas des masses, mais quand elles s’en tiennent aux gourdins, cela peut aller. Ensuite, les mélodies, même si elles ont parfois le côté rebutant de la pop facile ou de la variété (cf. la ballade « Far Country » ou le très ABBAien « Innocent »), possèdent quand même un petit quelque chose d’accrocheur qui peut s’apprécier, passées les premières vapeurs méphitiques. Les arrangements confèrent des tons colorés aux morceaux, le pastel de la pop, lorgnant sur le disco parfois, d’un côté, et les teintes plus dures du rock d’un autre côté. Finalement, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un album plutôt frais, pas prise de tête pour un sou. Le tout est d’oublier que c’est un disque de Mike Oldfield, vous savez, le type qui composait des trucs progressifs originaux il y a deux trois siècles.

Toutefois, je reste fidèle au barème des appréciations de FP : cet album est malgré tout une déception et échoit donc de la note la plus faible. Dans le genre, on est quand même loin d'un Discovery. Mais quoi qu’il en soit, il s’avère qu’il ne mérite peut-être pas le cassage en règle auquel il doit faire face quotidiennement. Son principal défaut, c’est d’appartenir à une discographie autrement plus emballante, et par conséquent, l’appréciation de l’auditeur en pâtit naturellement. S’il avait été produit par un artiste inconnu ou bien par Michael Kiske, il aurait sans doute pu atteindre le 2 ou le 3, ce qui rend bien compte de la relativité du système de valeur. En clair, l’amateur de trucs prog, les jeunes femmes rousses et les coiffeurs conspuent Earth Moving. Les amateurs de pop et les mémés aiment. Pour ma part, j’ai les fesses entre deux chaises, mais pour des raisons de standing, la clémence ne sera pas à l’ordre du jour. Earth Moving ou l’album que l’on adore détester...

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   (2 chroniques)



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1. Holy
2. Hostage
3. Far Country
4. Innocent
5. Runaway Son
6. See The Light
7. Earth Moving
8. Blue Night
9. Nothing But / Bridge To Paradise



             



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