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AMBIENT  |  B.O FILM

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Mike OLDFIELD - The Killing Fields (1984)
Par MR. AMEFORGEE le 25 Juillet 2006          Consultée 7710 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Après la parution quelques mois plus tôt de l’album Discovery, Mike Oldfield voit la concrétisation de son premier projet de musique de film. The Killing Fields réalisé par Roland Joffé, intitulé de manière très laconique la Déchirure en V.F., se déroule lors de la prise de pouvoir des Khmers Rouges au Cambodge en 1975 et raconte le sort de deux journalistes qui se trouvaient là-bas, le Britannique, qui parvient à s’enfuir avant que le pays ne soit verrouillé, et le Cambodgien, qui reste là-bas et qui se retrouve, comme une majeure partie de la population dans un camps de travail. Son parcours l’amènera à fuir, et dans son périple, il se retrouvera devant ces fameux « killing fields », vision d’horreur.

C’était la première fois que Mike Oldfield s’occupait de la composition d’une B.O., bien que certains fragments de ses oeuvres eussent déjà été exploités pour le cinéma (cf. Tubular Bells). De l’aveu de l’artiste, l’entreprise fut pour lui assez difficile. Et en effet, le résultat pourrait être qualifié d’assez mitigé. Tout d’abord, on peut dire qu’il est difficile d’identifier, si l’on ne le sait pas, la patte habituelle de Mike : en effet, il s’agit sans doute de l’album qui utilise le moins de guitares de toute sa discographie, quelques arpèges, voire quelques riffs, sur certains titres, et encore, de manière très retenue, fondue avec le reste des arrangements. On distingue deux composantes principales, et un poil antagonistes : les parties orchestrales (qui ont été imposées à Oldfield après que sa première et principale approche ait... déçu le réalisateur), qui se chargent de jouer des mélodies simples et empreintes d’émotion lyrique, et les parties ambient, qui utilisent quant à elles moult synthétiseurs, et qui sont résolument amélodiques et en cela un peu déroutantes. Une troisième composante se greffe sans problème aux deux autres, et consiste en l’utilisation d’instruments traditionnels du Cambodge.

Concernant les parties orchestrales, on dira que ça passe très facilement. Les mélodies sont accrocheuses, bien qu’un peu larmoyantes. En témoigne le thème de Pran, exécuté à deux reprises, et joué par des violons qui convulsent de douleur et de componction, ou encore le « Requiem for a City », porté par des choeurs et une cadence solennelle, qui présage des événements funestes à venir (d’où l’appellation de requiem, d’ailleurs...). Ces deux principaux thèmes se retrouveront avec la même emphase par la suite, sur « Pran’s Departure », « The Trek » ou encore « the Boy’s Burial / Pran sees the Red Cross ».
Pour ce qui est de l’usage des synthétiseurs, l’auditoire risque d’être partagé. D’une part, parce que leurs sonorités, datées, ancrent irrémédiablement la B.O. dans les années 80. Et d’autre part, parce qu’il n’y a guère de mélodie à laquelle se rattacher dans ces passages-là. A quelques exceptions près comme le saisissant « Evacuation », avec son rythme qui épouse le mouvement giratoire des pales d’hélicoptères, prêts à décoller, et qui établit une atmosphère d’inquiétude et de précipitation. Mais là encore, on ne sait pas trop quel avis avancer : c’est pas mal, mais si l’on était mauvaise langue, on pourrait dire que cela conviendrait tout aussi bien à la B.O. d’un vieux film d’horreur du samedi soir. C’est un peu le danger qui plane sur ces Killing Fields en réalité. Toutefois, si l’on parvient à passer outre les premières réticences, on pourra peut-être finir par apprécier ces effets d’atmosphère, d’ambiance, glauques, poisseuses, angoissantes, hantées par le spectre d’un tambour militaire et celui de la mort, ces épaisses et boueuses nappes de claviers qui retiennent toute lumière dans un voile de brume opaque. Mais avec toujours cette interrogation : cela ne siérait-il pas mieux à un film d’horreur en carton-pâte, ketchup et masques en latex ? Comme ces morceaux forment quand même la partie émergente de la B.O. (d’ailleurs relativement courte : à peine quarante minutes), il n’y a guère d’espoir pour que ceux qui ne s’en satisferaient pas ne se retrouvent pas déçus par l’album. On atteint le sommet de l’inquiétant sur le blafard morceau titre, où surnagent des voix fantomatiques, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Lux Aeterna de Györgi Ligeti (exploité par Kubrick en 1968 dans son 2001, l’Odyssée de l’Espace).
Ensuite, un titre sort totalement de ce registre : « Good News », petit joyau d’à peine deux minutes, soutenu par la ligne pure et gracile d’une flûte lumineuse et qui signe finalement la fin de l’enfer. Bonne surprise à laquelle se raccrocher peut-être.

Pour être honnête, il m’aura fallu du temps pour apprécier ce disque. Il n’en reste pas moins intéressant a posteriori, car assez atypique pour du Oldfield et en même temps assez créatif (ce qui est moins sûr pour le petit dernier, Light + Shade, par exemple). L’enthousiasme absolu n’est pas de mise, mais il y a un vrai potentiel et si l’on s’intéresse à la carrière du bonhomme, il s’agit d’un des albums qui méritent que l’on s’y penche. A l’époque, l’album sera d’ailleurs plutôt un échec commercial, mais connaîtra un succès d’estime auprès des fans de Mike. Après, c’est selon les goûts.

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   MR. AMEFORGEE

 
   MARCO STIVELL

 
   (2 chroniques)



- Mike Oldfield (guitares, synthés)
- Preston Heyman (percussions orientales)
- Morris Pert (percussions)
- Orchestra Of The Bavarian State Opera


1. Pran's Theme
2. Requiem For A City
3. Evacuation
4. Pran's Theme 2
5. Capture
6. Execution
7. Bad News
8. Pran's Departure
9. Worksite
10. The Year Zero
11. Blood Sucking
12. The Year Zero 2
13. Pran's Escape / The Killing Fields
14. The Trek
15. The Boy's Burial / Pran Sees The Red Cross
16. Good News
17. Etude



             



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