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Mike OLDFIELD - Man On The Rocks (2014)
Par MARCO STIVELL le 10 Mars 2014          Consultée 7595 fois

Mike OLDFIELD en 2014, c'est la forme concrète idéale de l'expression « Quand y en a plus, y en a encore ! ». Sérieusement : qui, depuis une dizaine d'années, se serait attendu à de telles retrouvailles en compagnie de l'homme de Reading ? Génie précoce et inclassable de sa génération, responsable malgré lui de la naissance d'un empire grâce aux vingt millions de copies écoulées pour son premier album Tubular Bells en 1973 (Sir Richard Branson et sa maison Virgin, son label, sa radio, ses megastores -snif !-, ses tasses, ses téléphones, ses avions lui doivent beaucoup), OLDFIELD est devenu un jeune vieillard se reposant sur ses lauriers, créant de manière sporadique. Un constat certes propre à beaucoup de musiciens avançant en âge, mais les oreilles des fans grésillent encore particulièrement eu égard des dernières productions originales du Vieuxchamp (en 2000, 2001, 2005...), se remémorent avec dépit quelques « facilités symphonisantes » en 2008. Pour le reste, les sempiternelles compilations, remixes (Tubular Beats, 2013), bref...

Depuis deux ans, on entend vaguement parler d'un nouvel album rock ayant Telecaster pour titre de travail. Mi-2013, les choses s'accélèrent : ce nouvel opus doit voir le jour en hiver, youpi ! Fait non négligeable, il bénéficie du concours d'un VRAI groupe rock, chose qui n'était pas arrivée depuis Heaven's Open en... 1991, et pour un ensemble de chansons. Vous avez dit chansons ? Oui monsieur, car à compter de la date susmentionnée, entre les multiples resucées de Tubular Bells et les mixtures techno-chill pour rockeur au chômage, trop peu de chansons ont été publiées par l'intéressé entre 1991 et 2014... Figurez-vous qu'on a même droit à des clips en avant-première ! Sur YouTube, car il faut bien se mettre à la page, le ton nous est donné.

Mike OLDFIELD, retiré aux Bahamas, prend le meilleur temps possible, nous envoie quelques cartes postales et en profite pour nous présenter son nouvel interprète vocal. Une bonne occasion de sourire, car le prodige anglais a su s'ancrer dès 1973 dans l'univers populaire en n'en faisant qu'à sa tête, quitte à paraître déroutant, et il continue ainsi. Le chanteur Luke Spiller donne l'impression de sortir d'un groupe glam-rock adolescent susceptible de plaire à Philippe Manoeuvre. Il possède pourtant une voix aussi puissante que jolie, semblant magnifiquement taillée pour l'univers pop du maître, et l'écoute de l'album ne fera que confirmer cette première impression. En revanche, son look minet androgyne tranche singulièrement avec celui d'OLDFIELD, nettement plus âgé, devenu clone d'Olivier de Kersauson et qui soutient la mode bermuda-chemises « détente » à la Antoine...

Cependant, il ne faut pas se fier aux apparences et ne pas non plus s'arrêter à cette approche inhabituelle, surtout après un silence aussi long de la part de l'artiste. L'album, Man on the Rocks, développe une ambiance paisible et ensoleillée sur des morceaux soft et gracieux, aussi légers que leurs paroles : « Moonshine », « Following the Angels » et « Dreaming in the Wind ». Un doux parfum de brise marine plâne sur l'ensemble, la fraicheur juvénile de Luke Speller y contribue fortement. Comme au bon vieux temps, la Stratocaster en son clair brille de mille feux, tandis que des mid-tempos rock (« Chariots », « Minutes ») font la part belle à la saturation criarde mais propre qui a tout autant fait la renommée du guitariste. Musicalement, tout est ficelé, révèle une volonté de séduire non sans finesse et taillée sur mesure. OLDFIELD n'a pas fait les choses à moitié en s'entourant de vétérans américains du milieu pop-rock (pour simplifier) et valeurs sûres telles que John Robinson, Michael Thompson, Matt Rollings, le prophète Leland Sklar, ou encore Stephen Lipson, collaborateur de stars des années 80 qui participe également à la production.

En parlant d'eighties, beaucoup craignaient un Earth Moving bis. Le seul réel point commun avec le disque d'OLDFIELD le plus couramment rejeté réside dans le choix d'une musique accessible, favorisant toutefois ici l'unité mieux que jamais : un chanteur, un groupe, des titres d'une durée moyenne de 4-5 minutes, point. Certaines chansons se veulent déchirantes à l'image de « Nuclear » avec sa réminiscence du lointain « No Dream » dans l'écriture (et un léger goût d'« Epitaph », chef-d'oeuvre de King Crimson...), ou langoureuses comme le superbe « I Give Myself Away ». Jamais d'excès toutefois, pas plus dans le vibrato de Speller que dans le gros ensemble de choeurs (féminins, of course), et peu de regrets au final. Tout juste un mix étouffé et un chant parfois légèrement en retrait sur certains moments rock. Le morceau « Irene », inspiré par l'ouragan de 2005, propose une touche blues roots et un arrangement cuivré qui le font détonner par rapport au reste, avec un goût de Chronopost : vite expédié et pas franchement de la meilleure manière...

Parmi les autres courriers et cartes postales qui nous sont adressés, retenons en priorité « Man on the Rocks », ballade magistrale allant crescendo et contenant l'une des meilleures prestations de Luke Speller. « Moonshine » fait ressortir avec bonheur les influences celtiques d'OLDFIELD (présence du piper Davy Spillane). « Sailing », qui paraissait un peu convenue lors de la découverte du clip, s'impose en parfaite introduction. On note également peu de recyclage : quelques tics « Moonlight Shadow » n'ont pas pu être évités sur « Minutes », mais le combo batterie-guitares acoustiques assénées demeurera symbolique de l'empreinte du maître. L'héritage des derniers albums se résume à des sons de claviers fort élégants. Les paroles dans le pur style OLDFIELD font corps avec les mélodies et nous convient au voyage, tout comme la pochette.

Loin d'une forme de complaisance passéiste, Man on the Rocks offre le grand retour inespéré d'un artiste qui s'est non seulement mis au travail mais qui a tenu ses promesses. Aimer ce disque n'est pas faire insulte à Ommadawn ni Amarok, il n'a pas plus à rougir devant les non-moins géniaux Crises et Discovery. On remerciera même ce bon vieux Mike de continuer à n'en faire qu'à sa tête, quitte à publier son album le plus « simple » d'entre tous. Man on the Rocks est une preuve touchante de se dire que rien n'est jamais perdu tant que l'artiste vit ; un savoureux pied-de-nez à l'argument de la baisse qualitative proportionnellement inverse au cours du temps. « Quand y en a plus, y en a encore »...

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- Mike Oldfield (guitares, basse, claviers, choeurs)
- Luke Spiller (chant)
- John Robinson (batterie)
- Leland Sklar (basse)
- Matt Rollings (piano, orgue hammond)
- Michael Thompson (guitares)
- Stephen Lipson (guitares)
- + Davy Spillane (whistles)
- Paul Dooley (violon)
- Bill Champlain, Alfie Silas Durio, Carme (choeurs)


1. Sailing
2. Moonshine
3. Man On The Rocks
4. Castaway
5. Minutes
6. Dreaming In The Wind
7. Nuclear
8. Chariots
9. Following The Angels
10. Irene
11. I Give Myself Away



             



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