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- Style : Bob Dylan

Joan BAEZ - 5 (1964)
Par DERWIJES le 13 Octobre 2018          Consultée 177 fois

1964, c’est l’année où le paysage musical commence à changer. Les BEATLES passent A Hard Day’s Night et se retrouvent, déjà exsangues, For Sale, pendant que de leur côté les STONES, les KINKS, les ANIMALS et les YARDBIRDS commettent leurs premiers méfaits en studio. De l’autre côté de l’Atlantique, le jazz se balade au Brésil avec Stan GETZ et se pare d’un de ses plus beaux bijoux avec le Love Supreme de COLTRANE. Pendant ce temps, la planète folk continue de tourner, mollement rythmée par deux sorties de Johnny CASH et le premier album de SIMON & GARFUNKEL annonçant quelques timides promesses de grandeur, mais comme le chante Bob DYLAN cette même année, The Times They-Are A’Changing, car dans un an il découvrira l’électricité et mettra un bon coup de pied à cette fourmilière.

Et au milieu de tout cela, Joan BAEZ, toujours chez Vanguard Records, sort d’une longue tournée dont elle a tiré deux albums live et retourne en studio. Cela fait déjà 5 ans qu’elle sort un album par an, pourquoi changer une recette qui marche ? Alors, la voilà qui se met au travail sur son 5 (pour cinquième album, duh) avec un petit problème à surmonter : les sources folkloriques dans lesquelles elle puise allègrement depuis ses débuts commencent à lasser le public qui préfère des chansons plus traditionnelles. Pour y remédier, la chanteuse décide de continuer sur la lancée de son album précédent In Concert, Part II et de mettre un peu d’eau dans son vin en ajoutant à son registre quelques titres issus de la country, de la musique classique et pioche dans le répertoire de ses contemporains.
C’est d’ailleurs un morceau de Phil OCHS que Vanguard choisit comme single, « There But For Fortune ». Les jolis mélos dans la voix de Joan BAEZ ont raison des censeurs qui laissent passer un texte qui n’y va pas de main morte pour critiquer la société, et si sa version parvient à se faire une place dans les Charts américains, elle finit tout de même dans le Top Ten des charts britanniques, un joli score démontrant la popularité solide dont jouit BAEZ. Mais avant de continuer à parler des reprises contemporaines, arrêtons-nous sur les traditionnelles. Pour cela, sans surprise, elle se sert de nouveau dans le patrimoine musical anglais pour en ressortir avec des titres qui commencent à sentir le réchauffé. Comptons néanmoins un poème écrit par LORD BYRON, « So No More We’l Go A-Roving » dans une version sentimentale mais qui fait honneur à la plume du poète. Retenons aussi « The Death of Queen Jane » et « Stewball », reprise ici dans une forme similaire à la version chain-gang de Leadbelly.

Si ces morceaux sont sympathiques, ils restent assez oubliables et interchangeables avec les autres reprises de ses albums précédents. Pour se diversifier un peu, Joan BAEZ se tourne vers le Brésil et reprend le « Bachianas Brasileiras No. 5 » de VILLA-LOBOS, pièce de musique classique incorporant une saveur brésilienne au genre. Mais le résultat des courses n’est pas très bon : le titre est long -6 minutes au compteur- pour une longue et lente litanie dans laquelle Joan saute à pieds joints dans le piège de la démonstration vocale gratuite. C’est un non !
Heureusement, elle se rattrape sur les reprises de ses contemporains. Nous avons déjà parlé de Phil OCHS, mais nous retrouvons aussi Johnny CASH et son « I Still Miss Someone », presque –attention, j’ai dit presque- aussi bon que sa version en duo avec June CARTER. Et évidemment, il y aussi Bob DYLAN. Après avoir repris « Don’t Think Twice, It’s Alright » sur le Live in Concert, Part. 2, Zimm’ fait la première de ses nombreuses apparitions sur les albums studios de Joan BAEZ avec ici « It Ain’t Me Babe », disons-le, le sommet de l’album. Superbe chanson, superbe reprise, superbe couple qui la chantera ensemble au Festival de Newport 64. Oubliez SONNY & CHER, IKE & TINA TURNER ou JAY-Z & BEYONCE, le plus grand couple de l’Histoire de la Musique, c’était Joan BAEZ et Bob DYLAN.

Soufflons un peu et profitons de la jolie photo ornant la pochette avant d’ouvrir le livret pour un moment de « c’était quand même mieux avant hein ». A l’intérieur dudit livret, se trouve un court essai sur Joan BAEZ, écrit par l’essayiste et poète afro-américain Langston Hughes, figure éminente du mouvement Harlem Renaissance des années 20-30. Pourrait-on trouver aujourd’hui dans un livret un essai, et d’autant plus un essai écrit par un littéraire Noir sur une artiste Blanche ? C’est bien là le signe qu’inspirait la chanteuse de par son honnêteté. Nulle part ailleurs dans cet album son engagement ne transparaît plus que sur « Birmingham Sunday », une chanson en hommage aux victimes de l'attentat à la bombe commis par le K.K.K. sur une église afro-américaine en Alabama en 1964, et qui sera pivotale pour l’avancement des Civil Rights Movement. La chanson, écrite par le beau-frère de BAEZ, Richard FARINA, est un autre moment fort de l’album.

Au final, ce cinquième essai souffle le chaud et le froid. Il y a du bon, du très bon, mais aussi du moyen. Si l’on pardonne la seule piste médiocre de l’album (la reprise de Villa-Lobos), il est en revanche décevant de constater que l’album est coincé entre l’envie d’explorer de nouveaux horizons et le besoin de sécurité en restant dans sa zone de confort habituelle, lui conférant ainsi un aspect bancal et hésitant nuisant à la cohérence de l’ensemble.

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   DERWIJES

 
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- Joan Baez (chant, guitare)
- David Soyer (violoncelle)
- Gino Foreman (guitare)


1. There But For Fortune
2. Stewball
3. It Ain't Me Babe
4. The Death Of Queen Jane
5. Bachianas Brasileiras No. 5: Aria
6. Go 'way From My Window
7. I Still Miss Someone
8. When You Hear Them Cuckoos Hollerin'
9. Birmingham Sunday
10. So We'll Go No More A-roving
11. O' Cangaceiro ('the Bandit')
12. The Unquiet Grave



             



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