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HARD ROCK/ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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DEEP PURPLE - The Book Of Taliesyn (1968)
Par JOVIAL le 2 Mars 2011          Consultée 3546 fois

Taliesin fut l’un des plus importants poètes celtiques du VIème siècle, que le mythe a très vite élevé au rang de barde attitré du roi Arthur, compagnon de Bran le Béni et maître du bon vieux Merlin l’Enchanteur. Et son livre, dont en réalité les trois quarts lui sont postérieurs, contiendrait les plus anciens poèmes en gallois que l’on ait retrouvé à l’heure actuelle. Un sacré bonhomme, vous vous en doutez. Tellement sacré que DEEP PURPLE ira jusqu’à s’en réclamer dans l’écriture de son second album, The Book of Taliesyn. Si c’est pas mignon ça… oui, on va encore me trouver mauvaise langue sur ce point, mais je trouve vraiment ça ridicule de se réclamer d’un vieil ermite celte, de vouloir « construire son humeur musicale sous la direction spirituelle de Taliesyn »*, alors qu’on est même pas foutu capable d’orthographier correctement son nom. Ridicule je vous dis. Mais heureusement pour nous, l’album en lui-même, la musique en elle-même ne l’est pas du tout. Enfin presque. Mais je dirai que, quand même, ce deuxième effort du jeune groupe anglais s’avère plutôt réussi, et ne mérite vraiment le mépris qu’on pourrait lui accorder en premier lieu… Après un premier album franchement moyen, il était difficile d’imaginer un tel métamorphose pour les musiciens de DEEP PURPLE. Certes, l’album en lui-même n’est pas d’une immense qualité, mais il permet tout de même au groupe anglais de démontrer toute son aptitude à composer, à réfléchir sur sa musique, à presque se démarquer des autres groupes de l’époque. Bien sûr, l’influence de Vanilla Fudge saute aux yeux, mais dans l’ensemble, le Mark I réussit à se forger son idiome particulier, sorte de mélange d’un hard rock plus affirmé que sur Shades of Deep Purple, et d’un rock semi-progressif médiévaliste, manquant parfois un peu de finesse, mais au demeurant assez inspiré.

Avec « Listen, Learn, Read On », DEEP PURPLE commence directement par un titre volontairement plutôt musclé, où les soli de Blackmore et Lord répondent à armes égales au chant de Rod Evans, rendu ésotérique par une reverbe bien employée. Dans la même veine, en plus rock’n'roll néanmoins, « Kentucky Woman », au final assez simple dans les termes, mais foutrement efficace à l’écoute, permet au groupe de reprendre avec brio un classique du folk-rock 60’s, que je préfère personnellement à la version originale de Neil Diamond. Question reprise, nos cinq compères s’essayent encore aux Beatles, avec l’étonnante « Exposition/We Can Work it Out ». Étonnante, parce que d’un côté nous avons « Exposition », parfait exemple de ce rock progressif médiéval dont je parlais tout à l’heure, ma foi fort sympathique, et de l’autre une reprise sans aucun intérêt d’une chanson entendue et réentendue, rendue navrante par un Rod Evans au contraire peu inspiré, que n’arrivent malheureusement à sauver Blackmore et sa guitare. Décidément, après « Help » sur le premier album, on ne peut pas dire que les Fab Four réussissent au groupe d’Hertford, loin de là. Une leçon que ce dernier retiendra d’ailleurs par la suite.

Il est étrange de se dire que DEEP PURPLE aurait pu finir par devenir un groupe de rock progressif. Car lorsque l’on jette une oreille sur l‘instrumental « Wring That Neck », où Blackmore est tout bonnement impressionnant, ou sur l‘excellente « Shield », plus réservée mais tellement magnifique, on se dit que nos Anglais en avaient réellement le potentiel. Enfin, bien sûr, tout n’est pas parfait, certains morceaux manquent encore de justesse, à l’image d‘« Anthem », surprenante il faut l’avouer, mais conciliant au final assez mal ses couplets pop-rock 60’s et son passage instrumental, sur lequel Jon Lord essaie pour la première fois de réaliser son grand rêve, marier la musique classique au rock, sans véritable grande réussite. Enfin, nous conclurons sur « River Deep, Moutain High », qui aurait sans doute pu devenir la pièce maîtresse de l’album, la pièce progressive j’entends, si ses velléités psychédéliques avaient été plus accrocheuses durant ses trop longues dix minutes, que l’on regrette un peu, tant « Listen, Learn, Read On » et « Shield » nous avait préparé à mieux. Quoiqu’il en soit, The Book of Taliesyn reste certainement bien supérieur à son prédécesseur, et voit DEEP PURPLE affirmer et assumer parfaitement son art, même si, comme je l’ai dit, certains défauts sont encore à corriger. Ritchie Blackmore s’arme d’une assurance certaine, qui fera de lui le guitariste que nous connaissons tous aujourd‘hui, tandis que Jon Lord, fidèle à sa réputation, ose des schémas musicaux plus osés, préparant ainsi le terrain pour le troisième album, qui sera en quelque sorte l’apothéose du Mark I.

Je ne comprends toujours pas pourquoi à l’heure actuelle nous pouvons autant cracher sur cet album, dont l’écoute réserve pourtant de biens agréables surprises. « Chacun ses goûts » me diront les plus philosophes d’entre vous. Pas faux, mais c’est dommage quand même…

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   (2 chroniques)



- Rod Evans (chant)
- Ritchie Blackmore (guitare)
- Jon Lord (claviers/choeurs)
- Nick Simper (basse/choeurs)
- Ian Paice (batterie)


1. Listen, Learn, Read On
2. Wring That Neck
3. Kentucky Woman
4. Exposition/we Can Work It Out
5. Shield
6. Anthem
7. River Deep, Moutain High



             



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