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Wolfgang Amadeus MOZART - Cosi Fan Tutte (hytner) (1789)
Par CHIPSTOUILLE le 6 Juillet 2015          Consultée 2183 fois

Si Milos Forman avait su qu’une première version de Così Fan Tutte avait été écrite par Antonio SALIERI, l’opéra aurait peut-être trouvé sa place dans la descente aux enfers finale d’Amadeus. En 1984, nous ignorions tout de ce fait, et l’histoire de Così Fan Tutte était alors toute autre. C’est l’empereur Joseph II qui demanda à MOZART en 1789, alors que ce dernier vivait ses heures les plus difficiles à Vienne, de composer ce nouvel opéra. On a longtemps pensé qu’il s’agissait d’une bienveillance de la part de l’Empereur à son égard. La version inachevée de SALIERI laisse à penser que ce ne fut en réalité qu'un second choix.

En effet, Les Noces de Figaro ainsi que Don Giovani furent tous deux des échecs à Vienne, et c’est Prague qui donna par deux fois un bien meilleur accueil aux opéras de MOZART. Così Fan Tutte, donné pour la première fois en janvier 1790, sera enfin un succès viennois. Mais le sort devait s’acharner sur MOZART, car l’Empereur rendit son dernier souffle peu après la première représentation. Durant six mois, un deuil national empêcha toute représentation. Le succès premier de Così Fan Tutte ne suffit pas à l’imprimer dans les mémoires. Si bien qu’il ne survécut pas à une telle attente, l’opéra ne fut plus rejoué du vivant du compositeur.

Ce dernier livret de la « trilogie Da Ponte », est bien plus simple que les deux précédents. Fini de bousculer la noblesse en décrivant des personnages nobles aux mœurs douteuses. La révolution française étant passée par là, il n’était pas question de jeter de l’huile sur le feu. On ne trouve donc pas de Baron faisant valoir son droit de cuissage ou de noble égocentrique ici. Tout au plus Don Alfonso est-il un personnage amer, mais l’œuvre échappe à tout dogme manichéen.

Così Fan Tutte pourrait se traduire par « Ainsi font-elles (toutes) ». L’histoire relate un pari entre Don Alfonso, homme que l’expérience avec la gente féminine a visiblement rendu aigri et deux jeunes hommes épris d’amour pour leur compagne. Le premier prétend que les femmes ne peuvent résister aux attraits du libertinage, lorsque les deux autres sont persuadés que leurs promises sont incapables de tels méfaits. Afin de prouver ses certitudes, Don Alfonso propose aux deux hommes de se déguiser pour séduire la femme de l’autre. Le déroulement lui donnera raison.

On pourra s’étonner, aujourd’hui que l’égalité des sexes est de mise, d’un livret résolument à charge contre les femmes, alors que les premiers à s’adonner ici à des plans mesquins et au libertinage sont les hommes. Le sujet n’avait rien de choquant au XVIIIe mais sera en revanche la raison pour laquelle Così Fan Tutte ne fut pas ou peu joué durant le XIXe.

La simplicité du scénario de Così Fan Tutte est à double tranchant. Sa trame limpide et légère permet de s’égarer plus facilement dans la musique de MOZART, sans perdre le fil. Malheureusement, on ne trouvera ici rien de comparable au savoureux enchaînement de quiproquos des Noces de Figaro. De même, l’œuvre est exempte de moments sombres et tragiques (1) qui font encore aujourd’hui le succès de Don Giovani. Dans l’ensemble, la musique de Così Fan Tutte est relativement plus directe et immédiate, parfois humoristique, dès que Despina se costume, elle réussit également la prouesse de sous-titrer ce que les mots ne parviennent pas toujours à exprimer.

De tous, le premier air qui vous restera en tête est la marche militaire donnée pas un chœur (pratiquement absent par ailleurs) à l’occasion des faux départs et retours des deux amants. Le superbe trio « Soave Sia Il Viento » est également remarquable de par la mélancolie qu’il dégage. « Una donna a quindici anni », nous offre également un de ces airs mélodiques et inoubliables de MOZART. On ne citera pas toutes les réussites de cet opéra, mais le summum reste assurément la fin du premier acte, qui réunit petit à petit les six protagonistes principaux dans une accélération musicale jouissive. Malheureusement, le second acte ne renoue pas réellement avec cette pointe de génie. Le scénario manquant de surprise ne parvient pas non plus à raviver notre intérêt. La musique, bien qu’elle ne soit jamais décevante, se fait globalement moins inventive qu’au cours du premier acte.

En résulte un opéra facile d’accès, dont la simplicité fut sans doute dictée par le peu de succès des deux précédents. Il lui manque ces touches visionnaires et la controverse qui font des deux précédents des œuvres aujourd’hui plus reconnues. Così fan tutte reste malgré tout un opéra à connaître, en particulier si vous appréciez les Noces de Figaro.

Du côté des interprétations, le conseil du jour portera sur le DVD de la version de Nicholas Hytner, où les chanteurs, en particulier les deux couples, sont remarquables. Elle soigne vos yeux sans chercher à rendre crédible une histoire qui ne l’est pas (2). Notez qu’elle a ses détracteurs, tout le monde n’apprécie pas que le rôle de Despina ne soit pas systématiquement surjoué. La version de Muti, malgré un sympathique décor tournoyant, multiplie les anachronismes vestimentaires. En outre, le mulet de Don Alfonso brûlera les rétines les plus tolérantes. Côté disque, c’est la version de Kuijken qui aura servi de support à cette chronique. Elle a pour avantage son très bon rapport qualité/prix.


(1) Le faux empoisonnement de Guglielmo et Ferrando relève plus de la farce que du drame shakespearien.
(2) L’intégralité de l’action se déroule en une seule journée. Même la femme la plus libertine ne se marierait pas le soir même du départ de son ancien amant, pour lequel elle exprimait les sentiments les plus tendres au matin. Dans le cas contraire, elle ne simulerait pas un tel attachement. En outre, tout le monde n’est pas physionomiste, mais se révéler incapable de reconnaître l’amant de sa sœur, malgré le maquillage ou les fausses moustaches, est difficile à croire.

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- Topi Lehtipuu (ferrando)
- Luca Pisaroni (guglielmo)
- Nicolas Rivenq (don alfonso)
- Miah Perrson (fiordiligi)
- Anke Vondung (dorabella)
- Ainhoa Garmendia (despina)
- Orchestra Of The Age Of Enlightment
- The Glynndebourne Chorus
- Ivan Fischer (direction orchestre)
- Nicolas Hytner (direction)


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