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Wolfgang Amadeus MOZART - Concerto Pour Piano N°21 Elvira Madigan (perahia) (1785)
Par CHIPSTOUILLE le 18 Janvier 2016          Consultée 1206 fois

Certains le décrivent comme un jumeau du précédent, d’autres les opposent. Les concertos pour piano n°20 et 21 de MOZART ont pourtant bien été composés durant ce même début d’année 1785, comme les 2 piliers d’une voûte, celle du succès retentissant de leur géniteur en cette période. Si la tonalité du concerto n°21 est bien majeure (ut majeur pour être précis), celui-ci traverse, comme son aîné, quelques épisodes pathétiques poignants. Quelles que soient les impressions procurées ici, il est évident que ces jumeaux nous proposent une certaine symétrie.

Si le premier mouvement du concerto n°20 évoquait la bravoure d’un aviateur affrontant l’orage, celui-ci serait la réaction éplorée de son aimante, le suppliant de s’abstenir. Les loopings, l’orage et le vent étaient autant de démonstrations de force. Les battements du cœur d’une femme, charmants de prime abord, légers et virevoltants, cachent une profondeur musicale remarquable. Entre deux soupirs et quelques supplications boisées, c’est tout l’orchestre qui chavire, désolé de n’avoir sur son compagnon qu’une si petite influence. Alors elle tente tout : aux supplications succèdent les larmes de colère, avec, toujours, malgré la force tragique qui soulève le tout, cette charmante allégresse dans le propos. Impossible, alors, de négliger cet attrait amoureux.

On pourra toujours rester dubitatif, agnostique serait le terme exact, lorsque l’on entend certains prétendre que telle ou telle œuvre de BACH serait la preuve de l’existence de Dieu. Il est en revanche indubitable que ce concerto pour piano, et en particulier son Andante magique, celui qui nous fait oublier les notes, les partitions, les instruments et tout le tralala, est une preuve d’Amour. La musique ne peut prouver l’existence d’un être ou une d'entité, elle se peut être en revanche l’expression d’un sentiment ou d’une profession de foi. Ci-gît le sentiment de MOZART, fort, pour sa femme ou pour une autre conquête peut-être…
On opposera alors, de nouveau en faisant référence au concerto précédent, à l’évocation des 100 jours, l’étrange passion qui unit, au moins pour un temps, Napoléon et Josephine, à la condamnation au bagne, la lettre d’adieu de Marie-Jeanne Seznec à son mari, et enfin à l’emprisonnement d’Edmond Dantes sa passion inébranlable pour Mercedes. Cet andante célèbre fut repris comme musique de film pour narrer l’histoire d’Elvira Madigan, un amour célèbre et impossible entre une vedette de cirque et un lieutenant de l’armée suédoise, ayant eu cours à la fin du XIXe siècle. Cet emprunt légua au concerto son actuel surnom. Depuis, les reprises furent multiples, du Goût des autres à l’Armée des 12 singes en passant par l’Espion qui m’aimait ou à propos d’Henry… Pour les malheureux de ma génération, c’est probablement avec une pub pour café que vous aurez découvert cette langoureuse danse des sentiments.

Reste cet Allegro vivace conclusif, presque comique, imposant sa joie de vivre empressée et contrastante aux vastes élans sentimentaux qui précèdent. Peut-être faut-il ici faire le parallèle aux conclusions d’opéras « bouffe » de l’époque, qui malgré les péripéties traversées par les protagonistes, se concluent systématiquement par de grandes embrassades de réconciliation. Faut-il voir ce mouvement comme l’épisode final, obligatoirement positif, d’un sorte d’ « opéra pour piano » en deux actes ? Nul ne le sait. Jean et Brigitte Massin évoquent une reprise du contrôle de soi par le compositeur, et peut-être un mouvement légèrement bâclé. Celui-ci est néanmoins une démonstration technique, et enchaîne les pirouettes au piano de manière remarquable. Le contraste est cependant tel, et l’empressement si perceptible qu’on semble entendre MOZART presque s’excuser de nous avoir menés si loin dans son intime. Nous reprenant par les épaules, il s’excuse alors de nous avoir mis mal à l’aise et nous éconduit enfin vers la sortie prétextant une bonne blague. Nous ne sommes pas dupes, il n’y avait là rien de comique, mais la porte s’est déjà refermée derrière nous.

Ce grand concerto de MOZART, dont la logique d’ensemble échappe à notre compréhension, pose donc cette question énigmatique. Peut-être qu’après nous avoir si profondément touchés, MOZART a tout simplement pris peur de trop nous en révéler sur son état d’esprit. Sans doute que les mouvements ont été composés des jours différents, et dans des états d’humeurs contrastés. Ce début d’année 1785 fut l’occasion de retrouvailles avec son père (1), visitant son fils à Vienne, et enfin fier de le voir réussir. C’est également durant cette période que Joseph HAYDN, alors l’un des compositeurs les plus célébrés d’Europe, confessa à Léopold que MOZART était le plus grand compositeur qu’il connaissait. Des nouvelles qui permirent probablement au génie alors toujours en quête de reconnaissance, d’effacer, au moins l’espace d’un mouvement de concerto, les doutes qui pouvaient l’étreindre. Doutes qui viendront de nouveau l'accabler par la suite, plus tard, mais l’histoire des concertos n°23 et 24, deux autres faux jumeaux tout aussi poignants, est autre.

(1) 2 ans après un très laborieux voyage de noces, cf. chronique de la symphonie n°36

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- Murray Perahia (piano)
- The English Chamber Orchestra


- concerto Pour Piano N°21 En Ut Majeur
1. Allegro Maestoso
2. Andante
3. Allegro Vivace Assai



             



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