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- Style : Miles Davis
- Membre : Bande Originale De Film
- Style + Membre : Edda Dell'orso

Ennio MORRICONE - Il Gatto A Nove Code (1971)
Par AIGLE BLANC le 27 Janvier 2017          Consultée 326 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Le chat à neuf queues (1971), second film et giallo de Dario Argento, après L'oiseau au plumage de cristal (1970) au succès retentissant, poursuit l'exploration, par le jeune cinéaste, du thriller, genre qui en Italie a toujours eu les honneurs du spectateur depuis les travaux de Mario Bava, son illustre prédécesseur, que D. Argento a su dépasser en apportant au giallo une modernité fort appréciable, une sorte de rajeunissement en somme, tout en jouant sur les mêmes codes établis de longue date par Alfred Hitchcock.
Le titre de son précédent film ayant contribué semble-t-il à son succès, il est logique que ce nouveau thriller exploite cet atout en jouant de nouveau sur son aspect énigmatique. En effet, la métaphore animale, que ce soit celle de l'oiseau ou celle du chat, titille la fibre affective du public (les deux espèces sont pour l'homme des animaux de compagnie) tout en suscitant l'étonnement par la magie d'une expansion nominale (le plumage de cristal / les neuf queues) plongeant le spectateur potentiel dans un univers onirique mystérieux. Ces titres résonnent à la manière d'énigmes ou de charade et le scénario des deux gialli ne se prive pas de jouer avec ces derniers en leur ménageant un espace dans l'économie de l'histoire.

Le chat à neuf queues reprend aussi la recette extraordinaire du précédent film en repositionnant Ennio MORRICONE à la bande sonore. Si le film n'est pas meilleur que son prédécesseur, en revanche, sa musique développe avec pertinence et un talent plus mûr l'univers sombre et oppressant qu'elle avait planté avec L'oiseau au plumage de cristal. Le compositeur corrige même l'une des rares maladresses de son précédent opus de 1970 en supprimant de sa partition la fameuse et inévitable romance sentimentale qui, en l'espace d'un titre, brisait la cohérence de l'univers musical décrit. A moins que cette correction ne soit le fait de Dario Argento lui-même qui aurait alors donné la consigne à son compositeur de ne pas écrire cette fois de musique saint-tropézienne à forte consonnance jet set.
L'ouverture de l'album, "Ninna Nanna in blu" propose bien un titre plein de douceur mais, loin d'accompagner la scène d'amour des deux protagonistes principaux, elle souligne au contraire, grâce à la beauté d'une flûte champêtre, l'innocence de la fillette qui se fait enlever au début du film. Quel plaisir aussi de retrouver dès ce titre serein les vocalises charmantes d'Edda Dell'Orso !

Des moments calmes et attendrissants comme "Ninna Nanna in blu", ne vous attendez plus à en entendre par la suite. Cette BO se voit largement contaminée par des instruments déglingués souvent détournés de leur fonction. Il en est ainsi des frottements insistants du manche d'une contrebasse obsessionnelle qui crispent le meilleur titre de l'album : l'étrange, onirique et anxiogène "1970" où trompette, voix suave d'outre-tombe d'Edda Dell'Orso et idiophones (à moins que ce ne soit un membranophone) s'entrelacent pour former une litanie envoûtante aux saveurs vénéneuses.
La musique ainsi générée, à forte teneur en improvisations, agit comme un frisson suintant le long de l'épine dorsale. Des violons crispés geignent dans "Parabola dei paradosso" où les vocalises d'Edda tétanisent l'espace sonore. Dans "Parabola prima", une guitare glaçante rythme l'égrainement du temps dans une attente asphyxiante. Musique dissonante et atonale par excellence, dont l'abstraction conduit l'auditeur jusqu'au tréfonds d'un délire paranoïaque : la flûte sort de sa trajectoire jusqu'à dérailler. La perte de ses repères empêche souvent l'auditeur d'identifier les instruments. La musique concrète de Pierre Schaeffer n'est jamais bien loin.

Ennio MORRICONE nous offre encore une fois une musique incroyablement expressive, hypertendue jusqu'à l'os, d'une tranquillité crispée constamment sur le bord d'exploser. Si vous aimez qu'une musique de film transforme votre salon en ruelle nocturne suintante d'angoisse, en cage d'escaliers soudain plongée dans les ténèbres, alors qu'un murmure soulève la texture de l'air près de vous et qu'une lame jaillit sous votre menton, alors cette BO est faite pour vous.
En revanche, cardiaques : s'abstenir.

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   AIGLE BLANC

 
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- Bruno Nicolai (chef d'orchestre)
- I Cantori Di Alessandroni (choeur)
- Edda Dell'orso (voix soliste)


1. Ninna Nana In Blue
2. 1970
3. Sottintesa
4. Parabola Del Paradosso
5. Paranoia Prima
6. Paranoia Seconda
7. Dissociazione
8. Dissociazione Seconda
9. Passegiata Notturna
10. Metafora Finale
11. Placcaggio



             



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