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JAZZ EXPéRIMENTAL  |  B.O FILM

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- Style : Miles Davis
- Membre : Bande Originale De Film
- Style + Membre : Edda Dell'orso

Ennio MORRICONE - Gli Occhi Freddi Della Paura (1971)
Par AIGLE BLANC le 16 Janvier 2017          Consultée 270 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Dans la catégorie "compositeurs de musiques de films", Ennio MORRICONE détient la palme incontestée du nom le plus populaire et le plus célébré par les professionnels du cinéma, notamment à travers le nombre incroyable de ses distinctions raflées dans les différents festivals et cérémonies du 7°art, aussi bien en Italie (son pays maternel qu'il n'a jamais quitté) qu'en France et aux USA. Plusieurs critères rendent irréfutable son statut de "Maestro" : le nombre de musiques qu'il a écrites et produites pour le cinéma ou la télévision d'une part (plus de 500 BOF* répertoriées d'après Wikipedia), ses ventes mondiales (70 millions d'albums vendus selon la même source) d'autre part. Le troisième critère explique en même temps les deux précédents : il s'agit de la longévité exceptionnelle de sa carrière débutée en 1953 (dans la musique classique ou expérimentale), poursuivie en 1961 (ses vrais débuts dans la musique de films) et toujours en activité à l'heure où cette chronique est rédigée, soit 56 ans de carrière si l'on se réfère uniquement à ce qu'il nomme lui-même ses "musiques appliquées", c'est-à-dire celles qui s'inspirent d'un scénario par opposition à ses "musiques absolues" composées en dehors des contraintes de l'industrie cinématographique.
A 89 ans, il devient le plus ancien des artistes primés aux Oscars. Son étoile figure dans le Hollywood Walk of Fame depuis février 2016. Sa mirifique carrière s'est enrichie ces dernières années par les nombreux concerts symphoniques qu'il dirige un peu partout dans le monde, aussi bien devant un public populaire tout acquis à sa musique que devant ses fans d'origine ou ceux gagnés au fil des générations qui se sont succédées. Devant un tel palmarès, l'on ne peut que s'incliner. Voilà un succès mérité qui n'a jamais altéré la conscience artistique du bonhomme présenté comme un bourreau de travail et très fidèle en amitié.

Paradoxalement, Ennio MORRICONE subit le revers de sa médaille, ses musiques "absolues" (de nombreuses pièces de musique de chambre et pour orchestre) se voyant totalement éclipsées par sa production cinématographique, à son vif regret. Même ses "musiques appliquées" n'échappent pas à cette injustice de la célébrité qui a tendance à n'éclairer que ses BO de western, 5% pourtant de sa production, a-t-il beau préciser. C'est cette triste réalité que votre serviteur entend humblement corriger à partir de ladite chronique et de toutes celles qui suivront. Je n'ai pas besoin de vous présenter les musiques des films de Sergio Leone. Leur caractère novateur dans le cadre du western de l'époque n'est plus à démontrer. Il va de soi que le compositeur y a exprimé une immense partie de son génie.
Je voudrais ici vous dévoiler un pan méconnu de l'extraordinaire éclectisme de ce musicien qui a connu, comme seuls les artistes modernes d'exception (Miles DAVIS pour n'en citer qu'un), plusieurs périodes de créativité. Ennio MORRICONE a couvert tous les genres de films, du Western de ses débuts (Mon nom est personne) au film de guerre (Outrage), du Drame (La Dame aux Camélias) à la Comédie (La cage aux folles), de la Romance aux films politiquement engagés (Sacco & Vanzetti), le film d'Espionnage (Le serpent), le film d'aventures (L'île) sans oublier les genres considérés comme mineurs par l'intelligentsia : le film de gangsters (Le clan des Siciliens), le Policier (Peur sur la ville), la Science-Fiction (L'humanoïde), le Fantastique (L'exorciste II), l'Horreur (The Thing) et le Thriller (Spasmo).

Gli Occhi Freddi della Paura (Les yeux glacés de la Peur) est un thriller italien d'Enzo Girolami (alias Enzo G. Castellari, son nom d'artiste) réalisé en 1971. Le relatif anonymat de ce film obscur est inversement proportionnel à l'importance historique de sa musique, y compris dans la prolifique carrière d'E. MORRICONE qui ne manque pas de chefs-d'oeuvre.
Ce n'est pas n'importe quel orchestre qui exécute cette BO, mais le mythique Gruppo d'Improvvisazione Nuova Consonanza, surnommé "Il gruppo" ou "The Group". Il s'agissait d'un collectif de plusieurs musiciens dont les membres permanents (Franco Evangelisti aux percussions et piano, Egisto Macchi aux percussions, célesta et cordes et Ennio Morricone à la trompette et à la flûte) étaient secondés occasionnellement par Walter Branchi à la double basse, Giancarlo Schiaffini au trombone et autres instruments à vent, Roland Kayne à l'orgue électrique et au vibraphone, Giovanni Piazza aux cor, flûte et violon.
Autant le clamer d'emblée : ce groupe italien officiait dans l'avant-garde musicale, fortement inspiré par les papes de la musique contemporaine tels Luigi Nono. En intégrant les instruments caractéristiques du jazz/rock (trombone, trompette, orgue Hammond, bandes analogiques et même un peu d'électronique), il oriente son style du côté des Miles Davis et Herbie Hancock de la période des seventies débutantes.

Les 16 titres qui constituent l'album nous plongent dans un univers oppressant, asphyxiant, zébré de percussions diverses (certaines semble-t-il provoquées par des frottements et entrechocs d'ustensiles métalliques), parcouru d'accords d'orgue effrayants et d'effets de trompette wah-wah à forte teneur en adrénaline. Par-dessus ce capharnaum déstabilisant, se greffent quelques claviers électroniques. Si vous aimez le Bitches Brew de Miles Davis, sorti un an plus tôt, alors vous ne devriez pas rester indifférent à cette BO où fusionnent jazz expérimental et jazz-rock mâtinés d'effets horrifiques qui rappellent l'origine thrillesque du film représenté.
Pas une once ni l'amorce de la moindre mélodie ici. C'est le règne de l'improvisation. Les musiciens se chargent de remplir l'espace sonore avec une conviction proche de la transe. Les percussions de Franco Evangelisti, toujours surprenantes, agressent l'espace, évoquant la plupart du temps les barreaux de grillages contre lesquels une scie viendrait couiner. La trompette d'Ennio Morricone injecte une violence sèche, grinçante, en accord avec le suspens effilé des gialli* de l'époque. Si l'album n'était que du bruit, il ne mériterait pas cette chronique. Ce qui fait sa force, c'est l'agencement des sources sonores, l'entrelacement des instruments qui crée un univers cauchemardesque particulièrement tangible, cohérent et habité.

John ZORN a dû puiser dans cette musique le suc constituant celle qu'il développerait dès la fin des années 70. Il n'est pas étonnant d'ailleurs que ZORN ait consacré un album de reprises aux oeuvres du grand MORRICONE, dans un style avant-gardiste assez proche de Gli Occhi freddi della paura.

Aujourd'hui, une musique de ce genre serait impensable dans le domaine cinématographique. Et c'est bien dommage car rien n'est plus visuel que ce jazz psychédélique aux relents horrifiques, bien plus en tout cas que cette soupe symphonique dont les compositeurs abreuvent nos écrans sans aucune originalité ni feeling.

BOF* : Bande Originale de Film.
Gialli* : Les Italiens emploient le terme "Giallo" pour désigner ce que nous appelons des thrillers.

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   AIGLE BLANC

 
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- Ennio Morricone (trompette, flûte)
- Franco Evangelisti (percussions et piano)
- Egisto Macchi (percussions, celesta et cordes)
- Walter Branchi (double basse)
- Roland Kayne (orgue électrique et vibraphone)


1. Seguita
2. Gli Occhi Freddi Della Paura
3. Evaporazione
4. Notte E Misteri
5. Urla Nel Nulla
6. Folle Folle
7. Evanescente
8. Dal Sogno E Ritorno
9. Ritorno All'inizio
10. Medley In 8 Parts 'gli Occhi Freddi Della Paura'



             



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