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- Style : Miles Davis
- Membre : Bande Originale De Film
- Style + Membre : Edda Dell'orso

Ennio MORRICONE - Veruschka (1971)
Par AIGLE BLANC le 1er Juillet 2018          Consultée 659 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Derrière le pseudonyme Veruschka, se cache Vera Gottliebe Anna von Lehndorff dont le parcours bicéphale réconcilie à la fois le destin des héroïnes tolstoïennes et le caractère chic d'un roman-photos arty.

Fille du comte Heinrich von Lehndorff, elle naquit en 1939 à Königsberg en Prusse-Orientale et vécut ses premières années au château de Steinort, propriété depuis des siècles de sa noble famille. Or, le domaine fut réquisitionné dès 1941 par l'armée allemande qui ne laissa comme espace de vie aux Lehndorff qu'une aile du château. Son père Heinrich, témoin du meurtre par les Nazis d'un groupe d'enfants juifs, n'eut de cesse dès lors de résister contre le régime d'Hitler jusqu'à participer à un complot débouchant sur une tentative d'assassinat du Fuhrer le 20 juillet 1944. Il fut pour cet attentat condamné à mort, ce qui entraîna la persécution de toute la famille von Lehndorff, que les Nazis envoyèrent, Vera y compris, aux camps de concentration. A la Libération, les membres survivants de sa famille se retrouvèrent sans domicile.

Après des études d'art à Hambourg, qu'elle poursuivit à Florence, Vera se lança à 20 ans, au début des années 60, dans le mannequina mais, malgré la protection de Denise Serrault, une des muses du photographe Helmut Newton, sa carrière de top model à Paris, au sein de la prestigieuse agence Ford, fut entravée par ses mensurations hors-norme, notamment sa grande taille peu appréciée dans la capitale hexagonale.
De retour en Italie, loin de se décourager, elle adopta le pseudonyme "Veruschka" afin de s'inventer des origines russes, auréolant ainsi de mystère toute sa personne. A partir de là, cultivant sa singularité, elle devint un modèle très célèbre pour sa démarche et ses tenues vestimentaires délibérément drapées de noir, aux antipodes de la mode alors en vigueur. Dès 1966, elle se spécialisa dans la peinture corporelle, le "body painting", technique artistique qui consiste à remplacer la toile du peintre par le corps du modèle. Cela lui permit d'innover dans le statut du mannequin, qui ne se contentait plus de se laisser façonner par le photographe, mais devenait au contraire partie prenante dans la création. C'est ainsi qu'avec l'aide de Peter Beard, elle créa au cours de séances-photos au Kenya une série de clichés étonnants où, le corps enduit de cirage noir, jaune ou vert elle se fondait dans le décor naturel en devenant un serpent, une feuille, une panthère, et même un galet, autant de silhouettes étranges et fantasmagoriques.

Elle se retira de la Mode en 1975, sans doute en partie déçue de n'avoir pu embrasser la grande carrière d'actrice au cinéma dont elle rêvait, malgré une apparition en 1966 dans le fameux Blow Up de Michelangelo Antonioni où elle jouait son propre rôle, en 1985 dans The Bride de Franc Roddam, belle variation autour du Frankenstein de Mary Shelley où elle incarnait une comtesse, et récemment dans le Casino Royale de James Bond aux côtés de Daniel Craig où elle incarnait Grafin von Wallenstein.

En 1971, "Veruschka", le film de Franco Rubartelli, retrace la relation passionnelle d'un top model (incarné par Vera von Lehndorff) et de son photographe attitré. Le cinéaste, lui-même photographe, dresse ainsi une sorte de journal intime de sa relation avec Vera "Veruschka", leur rupture ayant précédé le tournage du film. Ce projet hybride, entre fiction et documentaire, demeure en même temps un témoignage de l'ère psychédélique, les peintures sur corps de Veruschka donnant lieu à des séquences artistiques hautement hallucinogènes.
L'échec du film explique peut-être le fait que sa bande originale, pourtant signée Ennio MORRICONE, n'a jamais été publiée à son époque. Il a fallu attendre 1995 pour que le label italien Point Records nous en offre une première édition mondiale, corrigeant in extremis une cruelle injustice. En effet, la musique composée pour le film Veruschka compte parmi les 4 ou 5 chefs-d'oeuvre d'Ennio MORRICONE, ni plus ni moins, tous datant des années 70, sa décennie la plus audacieuse et la plus inspirée, avant que les sirènes d'Hollywood dans les années 80 ne viennent ternir l'audace et l'inventivité de sa musique, mais non son talent fort heureusement.

La partition de Veruschka réconcilie la pop easy listening et le jazz avant-gardiste, de sorte que l'un et l'autre genres s'enrichissent mutuellement. De sublimes mélodies alternent avec des passages plus expérimentaux, purement percussifs ou atonaux dans le style de la musique contemporaine, mais transcendés par un goût musical sans faille et une inspiration exceptionnelle qui lui confèrent une élégance incomparable, une poésie à nulle autre pareille.
La perle diaphane qui traverse le disque au-delà de tout entendement n'est autre que la voix anonyme la plus célèbre du cinéma, j'ai nommé la sublime et envoûtante Edda dell'Orso, chanteuse à la tessiture de soprano qui a illustré tant de films italiens de sa voix magique, sans jamais avoir été happée par les mirages de la célébrité. Edda dell'Orso intervient dans les deux thèmes principaux de cette B.O, "Veruschka" et "La bambola", deux superbes compositions où le Maestro, comme transcendé par la grâce de sa chanteuse préférée, atteint des sommets de délicatesse et d'onirisme. Existe-t-il musique plus sensuelle que celle déployée ici ? Franchement, je n'en suis pas sûr. Les amoureux de Liz Fraser, l'inoubliable chanteuse des COCTEAU TWINS, devraient s'y précipiter pour découvrir sans doute l'une de ses principales sources d'inspiration. Les vocalises d'Edda dell'Orso s'écoulent comme l'hydromel au fond du palais et, ô miracle !, jamais ne versent dans la mièvrerie, maintenant un équilibre rare entre des envolées lyriques à l'octave surélevé et un maintien, une tenue d'une sobriété constante. Une prestation renversante. Relayant ces deux titres sublimes dans des versions alternatives, "Poesia di une donna", "La spaggia" et "Magia" prolongent divinement le plaisir de leur écoute tout en distillant de subtiles variations qui révèlent si besoin était la beauté inaltérable de ces deux compositions quel que soit l'angle par lequel elles sont abordées, qu'Ennio MORRICONE en ralentisse le rythme ou qu'il mette l'accent sur tel ou tel instrument.
Le Maestro dévoile ici sa science d'orchestrateur : les arrangements sont un régal à l'oreille, que ce soit les interventions du clavecin, toujours élégantes, les pluies de notes métalliques que délivrent les claviers électriques, la douceur des cordes, le chant attendrissant du hautbois. Les séquences en Afrique lui insufflent dans les diverses versions d'"Astratto" et dans "Doppo l'intervista" un jeu de percussions tribales dans un style jazzy original. Il excelle de même dans la série des "Intervallo" lorsqu'il s'agit de laisser s'écouler des cordes en suspension sur lesquelles se plaquent des accords de clavecin pour créer des moments d'attente sans que jamais pourtant l'ennui ne pointe son nez.

Veruschka demeure un must pour tout fan de l'oeuvre discographique d'Ennio MORRICONE, aux côtés du "Bon, la brute et le truand", d' "Il était une fois dans l'Ouest", d' "Il était une fois l'Amérique" et d' "Il sorriso del grande tentatore".

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   AIGLE BLANC

 
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- Ennio Morricone (compositions, orchestration, direction)
- Edda Dell'orso (vocalises)


1. Verushka
2. Le Fotografie
3. Intervallo 1
4. Poesia Di Una Donna
5. Astratto 1
6. La Bambola
7. Astratto 3
8. Intervallo 2
9. Doppo L'intervista
10. La Spaggia
11. Magia



             



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