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ROMANCE SMOOTH  |  B.O FILM

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- Style : Miles Davis
- Membre : Bande Originale De Film
- Style + Membre : Edda Dell'orso

Ennio MORRICONE - Butterfly (1982)
Par AIGLE BLANC le 20 Septembre 2019          Consultée 310 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Dans sa monumentale production musicale, Ennio MORRICONE a honoré de son génie quelques chefs-d'oeuvre ou classiques du septième art comme Il était une fois dans l'ouest et Il était une fois l'Amérique de Sergio Leone, Les moissons du ciel de Terrence Malik, Mission de Roland Joffé, Théorème de Pasolini, 1900 de Bernardo Bertolucci, Le désert des Tartares de Valerio Zurlini, quelques très bons voire excellents films comme I comme Icare d'Henri Verneuil, Les Incorruptibles de Brian de Palma ou Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon de Elio Petri. Mais le Maestro a aussi servi un nombre incalculable de films médiocres dont la mémoire se perd aujourd'hui dans les limbes de l'oubli. Au final pourtant, ce sont ces derniers qui justifieraient le mieux les éloges habituels que lui délivrent cinéastes et critiques admiratifs de son art. En effet, ce qui frappe d'emblée quand on explore ses travaux les plus obscurs, c'est la constance avec laquelle il a su magnifier chaque projet auquel il a été associé, ciblant par sa musique le coeur spirituel du film avec la précision chirurgicale d'un grand amateur de cinéma, nourrie d'une compréhension profonde des scénarii qui lui ont été confiés.

A priori, rien ne prédispose Butterfly, obscur film de Matt Cimber avec Stacy Keach, Orson Wells et Pia Zadora (Brigitte Bardot dans sa version américaine), d'après la nouvelle éponyme de Ed M. Cain, à entrer dans le lot estimable des bonnes Bandes Originales d'Ennio MORRICONE. Non seulement le film jouit d'une réputation peu flatteuse inversement proportionnelle à l'aura de ses interprètes, mais de plus quand le compositeur italien s'attèle à la tache en 1982, sa carrière est déjà riche de près de cent cinquante musiques de films, tous genres confondus, parmi lesquels brillent les westerns spaghetti auxquels il a apposé sa patte la plus identifiable, à l'origine de son succès populaire, ainsi que les gialli de Dario Argento (L'oiseau au plumage de cristal), d'Umberto Lenzi (Spasmo), de Damiano Damiani (Il Sorriso del Grande Tentatore) ou de Massimo Dallamano (Mais qu'avez-vous fait à Solange?) pour lesquels il a signé ses partitions les plus avant-gardistes gravées au fer d'un jazz expérimental fortement mâtiné de psychédélisme que n'aurait sans nul doute pas renié le grand Miles DAVIS. Il a démontré de même un solide savoir-faire dans la comédie italo-française (la trilogie de La cage aux folles) grâce à la souplesse d'un talent protéiforme assez unique dans la sphère des compositeurs de musiques de films.
Malgré tous ces obstacles, il signe avec Butterfly une musique élégante et racée, proche dans sa démarche du lyrisme de John BARRY (Un été 42, Quelque part dans le temps et Out of Africa) où la douceur romantique d'un thème principal fournit l'ossature d'une partition obsessionnelle au départ plutôt agréable mais gagnant au fil des écoutes une grâce ensorcelante d'une force insoupçonnée. Butterfly s'inscrit dans sa veine classico-romantico-smooth initiée par La Califfa (1970), L'immoralità (1978), La dame aux Camélias (1982) et poursuivie jusqu'à l'orée de l'an 2000 par la deuxième version cinématographique du Lolita de Nabokov signée Adrian Lyne. Si ces films romanesques et plutôt mélodramatiques ne nourrissent pas son inspiration la plus audacieuse, ils lui offrent l'occasion de dévoiler peut-être sa part la plus intime : Ennio MORRICONE demeure au-delà de son caractère irascible un homme sentimental et sensuel.

Le theme principal de Butterfly, décliné dans plusieurs versions alternatives, n'a aucune peine à séduire grâce à la chaleur du hautbois, aux arpèges de la harpe et aux vocalises féminines dans le style d'Edda Dell'Orso (Malheureusement, le livret ne mentionne pas l'artiste qui vocalise ici). Si l'on met de côté l'originalité, il n'est pas interdit de succomber à cette douce et langoureuse composition qui bénéficie d'une version chantée par l'actrice débutante Pia Zadora sur des paroles de Carol Connors, "It's Wrong For Me To Love You" a rapporté au film en 1982 l'une de ses rares récompenses en raflant le Golden Globe de la meilleure chanson originale. Ce n'est pas transcendant, mais dans le registre smooth et sentimental, il s'agit d'une réussite mineure. Sa mélodie sert de leitmotiv à l'album qui en distille des bouts de-ci, de-là dans des arrangements variables pour harpe et voix, pour hautbois et flûte, pour guitare ou pour trompette dont Ennio MORRICONE demeure un fin connaisseur, et sous les titres suivants : "Discipline", "She's Not Your kid", "Chippings", "The Trial" et "Sunburst".
Une fois n'est pas coutume, le film se voit enrichi de deux autres thèmes supplémentaires qui prolongent agréablement l'humeur alanguie du premier, aussi langoureux et sensuels et tout aussi réussis que le précédent. Quel que soit le titre qu'on leur a attribué, chacune de leur réitération donne lieu à des arrangements séduisants déclinés en formation pour flûte et harpe ("Hot Tin Tub"), pour hautbois ("Girl On My Porch"), ou dans leur meilleure version pour cordes et vocalises ("Here For the Wedding"). Avec un art du morphing avant la lettre, MORRICONE entremêle ces trois thèmes et les confond littéralement jusqu'à l'ensorcellement. Si les thèmes en question peuvent ne sembler que jolis au départ, leur agencement et leurs variations raffinées confinent à l'envoûtement, rappelant combien le compositeur excelle dans la création d'ambiances cinématographiques au point que le cinéaste Adrian Lyne (Flashdance, 9 semaines et 1/2, Liaison fatale, L'échelle de Jacob et Lolita) le considère comme un pur metteur en scène musical.

Il existe deux versions de cette belle B.O : la première parue aux Etats-Unis en 1982 chez Applause Records dans son format 33-Tours et la seconde éditée en 1997 chez Laserlight. Pour pleinement apprécier l'expérience sensuelle à laquelle nous convie l'album, il est préférable de privilégier l'édition de 1997 qui se voit augmentée de 11 pistes et présente l'avantage d'avoir supprimé deux chansons de Ranger Robbin ("Silver On the Sage") et de D. Parker ("Back In the Hills"), pas désagréables en elles-mêmes, mais brisant quelque peu l'atmosphère si subtilement travaillée par Ennio MORRICONE. Je n'ai jamais compris pourquoi une B.O devait intégrer les musiques intra-diégétiques qui n'ont aucun rapport avec l'originale du compositeur choisi par le cinéaste. Ces deux chansons du film, que l'on doit entendre soit à la radio, soit délivrée en direct à l'intérieur d'un bar, ne présentent guère d'intérêt dans l'économie de l'album. Laserlight a eu la bonne idée donc de les supprimer pour ne conserver que les compositions du Maestro.
Parmi les onze pistes inédites qu'offre l'édition de 1997, la plupart sont effectivement des variations autour des trois jolis thèmes présentés précédemment. Mais elles offrent aussi l'opportunité de découvrir d'autres compositions ("Make a Shot", "It's Belle", "Silver Mine", ) non retenues peut-être par le montage final du film et qui diversifient pourtant judicieusement ses ambiances en créant des moments de tension où les cordes reprennent leur droit, autant de passages dramatiques intéressants auxquels MORRICONE confère le surplus d'âme qui fait la différence avec un tacheron trop servile délivrant au kilomètre une musique mécanique, défaut récurrent parmi les B.O d'aujourd'hui.

Pour les vrais amateurs d'Ennio MORRICONE, ce disque offre un visage doux, mélancolique et sensuel du compositeur italien qui gagne à être apprécié des mélomanes.

P.S 1 : Cette chronique s'appuie sur le programme augmenté de l'édition Laserlight.
P.S 2 : La pochette de l'édition originelle (1982) est si belle que c'eût été un crime de ne pas la sélectionner.

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   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Ennio Morricone (compositions et direction orchestrale)
- Pia Zadora (chant)


1. Main Title
2. Hot Tin Tub
3. Discipline
4. Make A Shot
5. Pokin'moke
6. Girl On My Porch
7. It's Belle
8. I'm Your Daughter
9. Silver Mine
10. Daddy Agrees
11. Here For The Wedding
12. She's Not Your Kid
13. Chippings
14. The Trial
15. A Son In-law
16. Sunburst
17. Kaddy
18. Main Title
19. It's Wrong For Me To Love You



             



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