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MUSIQUE CONTEMPORAINE  |  COMPILATION

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Ennio MORRICONE - Morricone Secret (2020)
Par AIGLE BLANC le 31 Décembre 2020          Consultée 740 fois

Au-delà de la situation sanitaire ayant ébranlé le monde, l'année 2020 est celle du compositeur Ennio MORRICONE, décédé en juillet, avec la sortie de 7 compilations posthumes lui rendant un hommage contre lequel nulle voix ne saurait s'élever. Rares en effet sont les musiciens suscitant une telle unanimité. Le Romain de coeur et d'esprit rejoint le cercle restreint des Michael JACKSON, PRINCE, Freddy MERCURY et David BOWIE dont l'aura brille dans les flammes éternelles du panthéon populaire comme dans celui de leur milieu musical.
Justement, dans les années suivant leurs décès respectifs, ces stars de la sphère pop-rock n'ont-elles pas elles aussi contre leur gré asphyxié le marché discographique à coups de compilations conçues dans la plus ultra-libérale des vénalités ? Rappelons-nous ces fameux albums inédits* sur lesquels étaient censé travailler QUEEN et Michael JACKSON avant que la mort ne les emporte et que les chères maisons de disques, toujours à l'affut d'offrir à leurs ouailles le cadeau inespéré de l'album venu d'outre-tombe, se sont empressé de produire, quitte à recourir à la magie des techniques d'enregistrement numériques pour intégrer le chant du défunt.
De telles occasions pourraient se présenter avec Ennio MORRICONE : n'aurait-il pas gardé dans ses tiroirs "secrets" des musiques de films non retenues par les réalisateurs ? Si cela demeure peu probable, quoique possible quand on songe que l'immense Lalo SCHIFFRIN lui-même a subi cet affront avec sa B.O de L'Exorciste rejetée par l'intransigeant William Friedkin au profit de compositions déjà existantes de Mike OLDFIELD et Krzysztof PENDERECKI (à la manière du Stanley KUBRICK de 2001, A Space Odyssey ?). On sait que le Maestro gardait un souvenir désagréable de sa collaboration avec John Carpenter, le cinéaste américain, après avoir rejeté sa partition symphonique, lui ayant demandé de récrire la musique de The Thing en suivant ses directives afin que le résultat soit plus proche de ses travaux électro popularisés par Halloween. Il se pourrait que la B.O initiale de ce chef-d'oeuvre de l'épouvante soit gravée un jour sur microsillons ; cela déboucherait sur un collector qui se vendrait très rapidement à prix d'or.
Qu'en est-il donc des 7 compilations parues sur le marché au cours des 6 derniers mois ? Relèvent-elles aussi de l'exploitation éhontée d'un grand nom de la musique populaire ? Franchement, je n'en ai pas vraiment l'impression : Music On Vinyl a livré un formidable travail de synthèse avec sa rétrospective (The Morricone Themes Collection) en cinq volumes qui répertorient les oeuvres de MORRICONE en fonction du genre de film représenté. De plus, ce projet initié en amont de février 2020 échappe de justesse à la mode des compilations posthumes, même si les volumes 2 à 4 sont sortis après le décès du compositeur. Quant à la monumentale rétrospective de Decca (Ennio Morricone, Musiques de films 1964-2015) parue en 2019 et chroniquée dans nos colonnes, elle ne ressemble à un hommage posthume que par le fait qu'elle couronne une carrière à l'orée de sa fin.
La compilation Ennio Morricone : De Sergio Leone à Quentin Tarantino chez Decca Records France, bien qu'elle paraisse opportunément suspecte (car sortie le 6 juillet 2020, soit exactement le jour de la mort du Maestro), elle a le mérite de rassembler les versions intégrales de la première trilogie de Sergio Leone, celle du Dollar (cd 1 et 2), à laquelle s'ajoutent la B.O intégrale d'Il était une fois dans l'ouest (cd 3) et les titres utilisés par Quentin Tarantino dans ses différents films (cd 4). Le fan désireux de posséder en un coffret au prix raisonnable les B.O des western mythiques de Leone tout en savourant d'autres musiques extraordinaires de western retenues par Tarantino dans ses films aurait tort de s'en priver. Pour cela, il doit cependant privilégier la version CD, celle sortie au format vinyl simple n'affichant par conséquent qu'un condensé du projet initial. Il n'y a guère que la compilation Giallo Criminale chez le label italien Rustblade spécialiste des musiques alternatives qui fasse doublon avec le volume 4 de The Morricone Themes Collection, lui aussi consacré aux B.O des thrillers et autres films criminels.

Après ce tour d'horizon, il est temps de passer à la dernière compilation en date, Morricone Secret (Decca/ Cam Sugar Music, novembre 2020) qui pouvait à juste titre susciter quelques craintes. Peine perdue, il s'agit non seulement d'une compilation composée de titres rares voire inédits d'Ennio MORRICONE, mais de plus d'un projet audacieux faisant honneur à la diversité de ses talents, le compositeur n'ayant eu de cesse au long de sa carrière de varier les styles musicaux sans chercher obligatoirement le consensus populaire. Cette sélection alternative se concentre sur le visage le plus authentique (le plus secret ?) du compositeur qui n'a jamais abandonné, même au sein de l'industrie du spectacle, son ambition initiale d'une musique absolue, c'est-à-dire dénuée de la moindre contingence commerciale. C'est ainsi que son travail pour le cinéma, normalement soumis aux impératifs des metteurs en scène, des producteurs et du montage, a servi de champ d'expérimentation à ses projets personnels, le plus fascinant demeurant le fait que cette musique aux considérations avant-gardistes conserve suffisamment d'attraits pour intéresser l'auditeur un tant soit peu aventureux et à l'oreille altruiste un peu exercée. Ceux qui ne jurent donc que sur ses musiques les plus célèbres peuvent passer leur chemin, ils ne trouveraient guère ici de quoi sustenter leur fringale sur l'air de j'ai-vu-la-publicité-à-la-tv-donc-j'achète-ce-disque. Les autres, qui ont commencé à sillonner les chemins de traverse de l'oeuvre du compositeur, gagneraient à y consacrer une halte bienvenue.
N'allez pas croire cependant que les films représentés ici relèvent exclusivement du champ de "l'art et de l'essai" ni que ce sont des oeuvres expérimentales des plus élitistes. On y rencontre même des films commerciaux tels Peur sur la Ville (1975) ou René la Canne (1977), des thrillers issus du cinéma d'exploitation comme La Tarentule au Ventre Noir (1971) ou Macchie Solari (1974), sans oublier un inédit du Clan des Siciliens (1969). Certes, d'autres films sont beaucoup moins connus : Il Bandito Dagli Occhi Azzurri (1980), L'Automobile (1971), Un Uomo Da Rispettare (1972). La diversité des genres représentés (comédie, thriller, policier, drame) reflète également la variété musicale dominée toutefois par le psychédélisme, le jazz, l'easy-listening et l'expérimental.

Dans cette veine avant-gardiste ou expérimentale, Ennio MORRICONE recourt assez peu à l'orchestre classique, privilégiant les instruments de base de la culture pop-rock, à savoir la guitare électrique jouée entre autres par l'immense Bruno Battisti d'Amario dont le talent n'est plus à démontrer depuis qu'il s'est illustré dans les westerns iconiques de Sergio Leone, et en particulier dans le thème de "L'Homme à l'Armonica" d'Il était une fois dans l'ouest. Les deux titres qu'il interprète "Fuggire Lontano" et "Eat It" démontrent ses indéniables prédispositions aux sons psychédéliques fleurissant entre la fin des années 60 et le début des années 70. "Eat It", composition hallucinante convoquant des choeurs déments, une guitare morbide et la trompette très Miles Davisienne d'Ennio MORRICONE (son instrument d'étude) s'avère une étonnante et géniale découverte dont la modernité n'a pas pris une ride. Alessandro Alessandroni, le célèbre siffleur de MORRICONE, mais aussi le chef du choeur émérite d'I Cantori Moderni, apporte à sa guitare un beau feeling dans les titres "Patrizia" et "Beat Per Quattro Ruote", le second appartenant à la veine easy-listening du Maestro. Dans ce son psychédélique, brille également l'orgue électrique de Giorgio Carnini ("Patrizia", "Psychedelic Mood", "Eat It", "Beat Per Qiattro Ruote").
La grande force du compositeur romain, au-delà de son sens exceptionnel des arrangements, réside dans un flair infaillible lui permettant de s'entourer des meilleurs musiciens, capables de se couler aussi bien dans des atmosphères smooth que dans ses incursions audacieuses dans les territoires moins balisés du délire iconoclaste où éclate son génie dans l'utilisation à contre-courant d'instruments par ailleurs traditionnels. C'est ainsi que les choeurs se chargent de dissonances sataniques ("Vie-Ni"), que l'orgue de barbarie strie les oreilles alors que le basson lui répond ironiquement ("René la Canne"), que le sifflet de l'entraîneur sert de leitmotiv roboratif à "Ore 22" quand les accords martelés du piano rythment les festivités d'une fanfare dévastatrice. Et quand l'orchestre est employé, il se métamorphose en un délire où se mêlent enthousiasme de fanfare et rythmes sautillants à l'ironie mordante proche de la musique des Looney Toons de Chuck Jones. "Vita e Malavita" apporte la preuve du tour-de-force dont est capable MORRICONE, réussissant à rendre cohérente voire passionnante une composition par ailleurs interprétée de façon iconoclaste, sans sacrifier à sa liberté de créateur avant-gardiste.
Tout ne respire pas ici dissonances et étrangetés, d'autres titres rappelant combien l'artiste excelle dans les ballades langoureuses fleurant l'innocence et la liberté sexuelle des années 70 ("Tette e Antenne, Tetti e Gonne"), dans le jazz smooth de "Incarico" où la plainte des trompettes creuse des abîmes de mélancolie, réminiscence de l'improvisation solo du Miles DAVIS de L'Ascenseur pour l'Echafaud.

Jamais le Maestro ne se départit de son sens inépuisable de l'accroche qui cueille l'auditeur, même au coeur de compositions déglinguées où les instruments déconstruisent ses repères auditifs.
Voici, encore une fois, une compilation que tout fan d'Ennio MORRICONE se doit d'ajouter à sa collection personnelle.


* Il s'agit évidemment de l'opportuniste Made In Heaven (QUEEN, 1995) et du suspect Michael (Michael JACKSON, 2010).

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   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Ennio Morricone (compositions et trompette)
- Edda Dell'orso (voix)
- Enrico Pieranunzi (piano électrique)
- I Cantori Moderni Di Alessandroni (chorale)
- Alessandro Alessandroni (chef de choeur, guitare électrique)
- Bruno Battisti D'amario (guitare électrique)
- Silvano Chimenti (guitare électrique)
- Enzo Restuccia (batterie)
- Roberto Gatto (batterie)
- Riccardo Del Fra (double basse)
- Giorgio Carnini (orgue électrique)
- Dino Asciolla (viole)


1. Vie-ni
2. Fantasmi Grotteschi
3. Vita E Malavita
4. Tette E Antenne, Tetti E Gonne
5. Patrizia
6. Per Dalila
7. 18 Pari
8. Psychedelic Mood
9. Fuggire Lontano
10. Jukebox Psychédélique
11. Fondati Timori
12. Edda Bocca Chiusa
13. Non Puo Essere Vero
14. Eat It
15. Niascota Nell'ombra
16. Dramma Su Di Noi
17. Lui Per Lei
18. Beat Per Quattro Ruote
19. Stark System
20. Il Clan Dei Siciliani (theme 5)
21. René La Canne
22. Ore 22
23. Sinfonia Di Una Città -seq 4
24. L'incarico
25. L'immoralità
26. Inseguimento Mortale
27. Macchie Solari



             



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