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MUSIQUE CONTEMPORA / JAZZ  |  B.O FILM

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- Style : Miles Davis
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- Style + Membre : Edda Dell'orso

Ennio MORRICONE - Il Etait Une Fois En Amerique (1984)
Par AIGLE BLANC le 22 Novembre 2019          Consultée 420 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Après avoir partagé les bancs de l'école romaine, Sergio Leone et Ennio MORRICONE ont développé une collaboration artistique parmi les plus réussies de l'histoire du cinéma. La corrélation entre la mise en scène puissante et lyrique du cinéaste (qui renouvelle fondamentalement les codes plastiques du western) et la musique hyperbolique du second (qui exacerbe avec une justesse chirurgicale les émotions induites par les enjeux dramatiques) a produit en effet la plus vive fusion du talent conjugué des deux artistes, de sorte que le cinéaste doit autant son succès populaire à son ami musicien que l'inverse, la musique du second n'ayant peut-être pas suivi les traces du succès phénoménal qu'on lui connaît sans l'opportunité que lui a offerte S. Leone d'explorer de nouveaux territoires musicaux où se sont révélés à lui son style et sa musique intrinsèques.

Leur collaboration a donné naissance à deux trilogies : la première (intitulée la trilogie du dollar) constituée des films Pour une poignée de dollars (1964), Pour quelques dollars de plus (1965) et Le bon, la brute et le truand (1966) ; la seconde (surnommée la trilogie des Il était une fois) formée des films Il était une fois dans l'ouest (1969), Il était une fois la révolution (1971) et Il était une fois en Amérique (1984), ce dernier clôturant non seulement la seconde trilogie mais aussi la symbiotique collaboration des deux hommes, la mort du cinéaste en 1989 ne lui ayant pas permis de mener à son terme son projet de film relatant la révolution russe, laissant Ennio MORRICONE orphelin.

Il était une fois en Amérique ne ressemble à aucun autre film de Sergio Leone : l'action se voyant ralentie par la prégnante mélancolie qui le parcourt 250 minutes durant. Pour un testament, c'est un coup de maître comme en rêve tout artiste en fin de carrière et de vie, David BOWIE ayant lui-même connu avec Black Star le coup de grâce final d'une carrière pourtant bien remplie et adulée.
Des six partitions de MORRICONE, Il était une fois en Amérique se pose elle-même en pic artistique de ses travaux pour S. Leone. La seconde trilogie, dont chaque volet raconte la fin d'un monde (la fin de l'ouest avec le développement des voies de chemin de fer dans le cas d'Il était une fois dans l'ouest, la fin du banditisme "artisanal" de l'époque de la prohibition, avec tous ses codes de l'honneur, remplacé par l'avènement du gangstérisme organisé avec la sauvagerie de ses codes crapuleux dans le cas d'Il était une fois en Amérique), est empreinte de désillusion que MORICONE traduit par une musique beaucoup plus intériorisée que celles de la trilogie du dollar, plus lyrique aussi dans la peinture des sentiments. Il était une fois la révolution respectait le cahier des charges avec une puissance émotionnelle que l'on était en droit alors de penser indépassable. Bien mal nous en prit car le dernier volet de cette trilogie surpasse les qualités précitées. Il est même incroyable que le compositeur n'ait pas été récompensé pour cette magnifique B.O, de même qu'il ne l'a pas été non plus en 1986 pour la musique du film palmé d'or Mission de Roland Joffé.

Comme à son habitude, Ennio MORRICONE organise sa partition selon deux axes qu'il maîtrise ici à la perfection : le premier concerne l'apport de thèmes mémorables propres à imprégner à vie l'imaginaire du spectateur au point de constituer pour lui sa madeleine proustienne. Cet axe, "Once Upon a Time In America" et "Poverty", les deux titres d'ouverture du disque, le glorifient à un degré rare avec leur plainte orchestrale d'autant plus bouleversante qu'elle est dirigée par le Maestro avec un sens de la retenue remarquable. "Poverty" déploie la ligne dorsale de sa sublime mélodie que magnifie un piano de type bastringue avant de laisser la place à une flûte séminale bientôt amplifiée par le lyrisme saisissant de l'orchestre tout entier acquis à la douleur générale. Et pourtant, ces deux pistes ne servent que de tremplin au sublime "Deborah Theme", composition la plus déchirante de MORRICONE, où s'élève la voix familière de la soprano Edda Dell'Orso, qui a illuminé de son chant éthéré tant de beaux thèmes dans les autres films de Leone, et notamment le thème principal d'Il était une fois dans l'ouest. "Childhood Memories" voit l'entrée en scène, dans l'univers du compositeur, de la flûte de pan, idée de génie s'il en est, même si la primeur de l'emploi de cet instrument mythologique ne lui revient pas (il a été précédé en 1975 de Peter Weir qui en donne une interprétation magistrale dans son chef d'oeuvre Picnic At Hanging Rock et de Vladimir Cosma dans son générique ultra-célèbre du Grand blond avec une chaussure noire en 1974. Logiquement, c'est au grand flutiste de pan roumain Georghe Zamfir que MORRICONE confie la partition et c'est une déflagration émotionnelle qui saisit l'auditeur dès l'introduction du titre, ZAMFIR soufflant dans ses roseaux toute la sensibilité coutumière de son jeu à nul autre pareil, cette façon irrésistible d'enchaîner deux notes répétées à une vitesse étourdissante. Après une ouverture aussi bouleversante, intervient l'orchestre officiant dans un registre jazzi beaucoup plus sautillant mais que colore d'une notation mélancolique le souvenir de l'ouverture précédente. "Amapola", valse mélancolique si tant est que l'on puisse accoler ces deux termes oxymoriques, est la seule composition qui ne soit pas signée du maestro. Pourtant, l'intégration de ce titre ne pose aucun souci de cohérence musicale tant il sonne comme du MORRICONE s'essayant à la valse. Quant au dernier titre de l'ancienne face A, "Prohibition Dirge", il s'agit d'un morceau de jazz du style de la Nouvelle Orléans qui donne l'occasion au compositeur d'un pastiche des plus réussis quoique d'un intérêt fort anecdotique. On peut se demander pourquoi le cinéaste n'a pas opté plutôt pour un authentique standard de jazz.
Si la face B n'introduit aucun nouveau thème, elle synthétise le deuxième axe de MORRICONE, commun à pas mal de ses B.O : la réitération des thèmes précédemment introduits enrichis de nouveaux arrangements qui en décuplent toute la force émotionnelle. Ainsi "Cockeyes's Song" reprend "Childhood Memories" en couplant la flûte de pan de ZAMFIR, un ton au-dessus de la précédente version, et le chant d'Edda Dell'Orso, ce qui conduit ni plus ni moins qu'à une extase proprement bluffante. La soprano intervient de même aussi sporadiquement dans "Friendship and Love", sur la mélodie de "Friends", déposant le temps de quelques secondes parcimonieuses une touche émotionnelle à laquelle on ne saurait résister. "Childhood Poverty", autre version de "Poverty", ajoute dans ses arrangements un banjo d'une justesse bouleversante, tandis que sur un tempo légèrement plus ralenti, la deuxième partie d' "Amapola" remplace l'orchestre par une clarinette des plus introspectives. La trompette racoleuse de "Photographic Memories" teinte "Childhood Memories" d'une touche libidineuse renforçant le sentiment du temps qui passe et éloigne proportionnellement de la pureté originelle de l'enfance depuis pervertie. "Speakeasy", qui rappelle le style jazzy de "Prohibition Dirge" sans en être pour autant un décalque, dépeint la liesse des gangsters dont la nouvelle association nettement plus organisée a élevé leur niveau de vie exploitant dès lors et gérant un dancing où sexe et divertissements coulent à flot au gré des verres d'alcool qui ne sont même plus prohibés. Pour conclure, le retour du thème de Deborah signe l'irrémédiable amertume de la désillusion qui détruit les meilleures amitiés gangrenées par les trahisons et dévastées par les raffales de munitions des règlements de compte.

La construction du disque épouse celle du film dont les nombreux flash-back reflètent la durée d'une vie humaine à proportion de l'impact surdéveloppé de la mémoire qui teinte d'anciennes émotions d'une irréversible malancolie. Sergio Leone a dit de son compositeur qu'il n'était pas uniquement son musicien mais aussi son scénariste. C'est dans Il était une fois en Amérique que cette assertion prend toute son ampleur et sa légitimité, l'agencement des pistes relevant incontestablement de la responsablité de MORRICONE qui transforme sa partition en authentique média cinématographique ou littéraire, la transcription musicale du long et douloureux écoulement du temps rejoignant celui de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.

Un must dans l'oeuvre multi-directionnelle d'Ennio MORRICONE autant que de l'histoire de la B.O de film.

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   AIGLE BLANC

 
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- Ennio Morricone (composition, direction orchestrale)
- Edda Dell'orso (chant)
- Georghe Zamfir (flûte de pan)


1. Once Upon A Time In America
2. Poverty
3. Deborah's Theme
4. Childhood Memories
5. Amapola
6. Friends
7. Prohibition Dirge
8. Cockeye's Song
9. Amapola -2°partie
10. Childhood Poverty
11. Photographic Memories
12. Friends
13. Friendship And Love
14. Speakeasy
15. Deborah's Theme -amapola



             



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