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- Style : Dick Rivers , Johnny Hallyday , Jacques Dutronc

Eddy MITCHELL - Sur La Route De Memphis (1976)
Par BAKER le 27 Avril 2018          Consultée 405 fois

Sur La Route De Memphis est peut-être, probablement même, à la fois la chanson et l'album les plus icôniques d'Eddy Mitchell. Une sorte de quintessence. Les paroles, l'ambiance, la pochette, tout y est : l'Amérique, celle des grands espaces, celle des cow-boys, mais par le petit bout de la lorgnette. Ce disque est un monstre sacré de l'histoire du rock français. Est-il le meilleur album d'Eddy ? Pas certain ; mais il a ses arguments, le bougre. Il n'a pourtant pas, sur le papier, beaucoup de différences avec ses deux frères aînés : l'équipe artistique est strictement la même, les conditions d'enregistrement itou. On pourra juste remarquer lors d'une première écoute distraite une sorte de schéma : Rocking avait une bonne face A et une B inférieure, Made était très équilibré, Memphis lui propose une face A sympa et une B bien supérieure. Comme une courbe sinusoïdale. A priori ce serait donc un Rocking in Nashville III, juste différemment balancé. Mais un détail viendra tout bousculer, pour l'auditeur et pour l'avenir de Schmoll.

La face A donc se balance entre reprises et chansons inédites. Et si la réalisation est parfaite, le groupe au diapason, on peut sentir un léger essoufflement de la formule magique. Léger car Eddy en a toujours sous le pied : "Sirop Rock'n'Roll" débute fort par un constat amer mais lucide sur l'état du rock, et clairement le père Moine n'est pas là pour se faire des copains. Cocasse et décalé, "Je Me Fais Mon Western" prolonge cette volonté d'Eddy de se créer un personnage d'amoureux de l'American way of life tout en restant bien au chaud dans un HLM de Melun. Une chanson country rock tout à fait normale et dans le moule, on sera donc stupéfaits d'apprendre qu'elle a été composée par... Christophe. L'apôtre des synthés vaporeux a su parfaitement épouser le style musical de son pote. "Comment Finir la Semaine" marque le retour provisoire aux affaires de Pierre Papadiamandis, qui tente de donner un petit frère à "Je vais craquer" sans y arriver totalement, mais pour un résultat très honorable.

Le reste de la face A est gentil mais clairement un cran en-dessous. Notamment, "Le Maître du Monde" est une reprise de Jimmy CLIFF qui voit Eddy s'aventurer vers un rythme plus reggae, avec les musiciens au top, mais le résultat n'arrive pas à convaincre. Pas musicalement, ça va, mais quelque chose sonne faux, forcé dans ce titre, qui par ailleurs montre un aspect méconnu de Mitchell : la parano (nous sommes en 76 et déjà le scandale de la NSA est dans l'air. Edward Snowden ne naîtra que 7 ans plus tard). A noter que c'est l'une des très rares fois où Eddy utilisera un gros mot : putain, ce qui est fort peu habituel chez lui (NDLR : Alors que toi...). Serait-ce un début de réponse pour comprendre cette déconvenue ? Toujours est-il qu'après six chansons entre chèvre et chou, un Eddy rigolard nous annonce qu'on peut retourner le disque (n'essayez pas avec votre MP3) et qu'il y a une face B. Alors on retourne le disque. Et on la met.

Et on se prend dans le faciès une magistrale enquillade de bijoux. Rocking, on l'avait vu (si vous suivez les aventures de Baker, d'après Hergé, depuis le début), avait été un tournant dans la carrière d'Eddy. Le début de notre face B sera bien plus important encore. Sublime, d'une classe folle, mélodique à en crever, retenu mais plein d'idées, dôté d'un texte accessible mais divinement imagé, "La Fille Du Motel" est l'un des sommets de Pierre Papadiamandis et le véritable départ, le point zéro, d'une collaboration hors-norme qui continue encore de nos jours. Ces quelques notes de pedal steel qui débutent la chanson, et la face B, vous transportent en une poignée de secondes au bord de la route puante d'un motel miteux de la route 66. Une perfection, et attendez, elle n'arrive pas seule !

"Le Bon Temps Qui Passe" aurait pu figurer sur Made In USA tant il possède la même capacité à faire sourire l'auditeur. "La Marie-Jeanne" finit l'album - une VRAIE fin - avec une ambiance poisseuse, qui sort carrément Eddy de sa zone de confort, d'autant qu'elle possède une montée en puissance, chose que notre rockeur n'a quasiment jamais fait et ne refera presque jamais. Le chant est impressionnant, le texte intriguant. Petit favori personnel, "J'Aime J'Aime Pas" est une irrésistible comptine pop rock qui vous rentre sous la caboche comme un scalpel pendant une lobotomie.

Et puis, perdu au milieu de cette charmante compagnie, "Sur La Route De Memphis" résonne comme un sommet de carrière. Le son est enveloppant, l'ambiance plantée en dix notes, et le texte, bon sang, je suis pas du genre à m'intéresser aux textes, j'ai un problème de mo... ca... lisation, mais que c'est bien écrit, bien construit ! Un incontestable chef-d'oeuvre. Oui, l'air de rien, l'ex-CHAUSSETTES NOIRES en a livré deux pratiquement à la suite. Le disque se vendra évidemment par pelletées, "Sur La Route" deviendra l'hymne quasi-officiel d'Eddy, dont le soudain succès semble amplement mérité. Mais attendez, nous n'en avons pas fini avec les surprises.

Pour accompagner ce qui est indubitablement l'un de ses meilleurs albums, Eddy propose par la suite un single-only, qu'on retrouve ici dans la version CD remaster. La face B, "C'Est OK", mélange le son un peu hardos de l'album Rock & Roll avec une compo de Pierre plutôt solide dans son genre. Une face B vraiment chouette, et qui servira de canevas à Eddy pour l'année d'après sur le même sujet. Et en face A ? Une adaptation d'un boogie rock endiablé, "Pas De Boogie Woogie". Une tuerie. Grand incontournable du live, drôle, irrévérenceux, aux délicieux accents gospel, dôté d'un piano bastringue génial, ce single connaîtra un succès disquaire et radiophonique colossal, et sera, oui, LUI AUSSI, un titre phare, un titre mythique d'Eddy. Ca fait trois en vingt minutes de CD. Et s'il ne devait en rester qu'un ?

...Attendez, les feuilletons les plus haletants n'ont pas qu'un épisode.

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   (2 chroniques)



- Eddy Mitchell (chant)
- David Briggs (piano)
- Pig Robbins (piano)
- Kenny Buttrey (batterie)
- Wayne Moss (basse)
- Pig Robbins (orgue)
- Reggie Young (guitare)
- Graddy Martin (guitare)
- Jim Colvard (guitare)
- Dale Sellers (guitare)
- Billy Sandford (guitare)
- Graddy Martin (dobro)
- Russ Hicks (pedal steel guitar)
- Buddy Spicher (violon)
- Charlie Mccoy (harmonica, saxophone)
- Jim Isbel (percussions)
- Les Jordanaires (choeurs)


1. Sirop Rock & Roller
2. Je Me Fais Mon Western
3. Comment Finir La Semaine ?
4. Le Maître Du Monde (
5. Je Suis Parti De Rien (pour Arriver à Pas Grand-ch
6. Hey ! Miss Ann
7. La Fille Du Motel
8. J'aime... J'aime Pas
9. Sur La Route De Memphis
10. Le Bon Temps Qui Passe
11. La Marie-jeanne



             



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