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- Style : Mostly Autumn, Eloy, The United States Of America , Deconstruction
- Membre : David Gilmour , Roger Waters , Syd Barrett , Rick Wright

PINK FLOYD - The Final Cut (1983)
Par ONCLE VIANDE le 5 Décembre 2006          Consultée 26468 fois

Pink Floyd est tombé dans le domaine public. Tous les chroniqueurs de FP ou presque ont picoré dans sa discographie comme on tape dans une boîte de chocolats. « The Final Cut », c’est celui à la liqueur de poire dont personne n’a voulu, par politesse, par soucis de poids ou, plus lucidement, par goût.
J’ai un peu hésité, et puis, dans un grand moment de dévouement, je me suis dis que je pouvais sans manières m’approprier ma petite part du butin. J’aurais ainsi fait œuvre d’utilité public en finissant la boîte, et conforté mon appartenance au cercle très fermé des chroniqueurs « haut de gamme » de Nightfall. (je voulais dire aussi que le webmaster était un type extraordinaire).

Chroniquer Pink Floyd procède du rite initiatique, de l’examen de passage ; un sacrement pour tout chroniqueur digne de ce nom. C’est aussi un acte engagé qui, selon qu’on en dise du bien ou du mal, nous catalogue comme snob ou populaire. Assurément, snob je serai.
Si tout est bon dans le cochon (rose lui aussi), tout ne l’est pas dans le Floyd, et « The finale chute » s’apparente plus aux abats qu’aux morceaux nobles. Reconnaissons tout de même à cet animal la faculté de « diviser dans le rassemblement », particularité propre aux groupes cultes, et ma foi, s’il est un qualificatif qu’on ne peut refuser à Pink Floyd, c’est bien celui là : culte.
Du jeune bambin à la grand-mère, en passant par le vieux soixante-huitard et peut-être même par le mélomane, tout le monde trouve ici son contentement : Pink Floyd, c’est le garde-manger universel, tour à tour cinq étoiles ou restauration rapide.

Me voici donc, tel le vautour de service, en charge de clore le chapitre rose (j’ai longtemps hésité à me rebaptiser « tonton charogne » pour l’occasion). « The final cut » est un peu le « Let it be » du Floyd : on sait qu’il existe mais on l’occulte, et si on en parle, c’est du bout des lèvres. Les plus acquis à la cause Floydienne lui trouveront foule de qualités, et je gage qu’il y ait sur cette terre quelques irréductibles pour le qualifier de… de ce que vous savez. Pour qui a le Floyd chevillé au corps, la voix de Waters et la guitare de Gilmour ne peuvent laisser insensible, j’en suis bien conscient, mais ces deux éléments ne sont ni nécessaires ni suffisants à garantir la qualité d’un disque et l’album qui nous occupe ici nous en fournit la triste démonstration.

L’exercice auquel je me livre est assez facile ; descendre un disque qui, pour des raisons diverses, ne jouit pas de la réputation un tantinet surfaite dont bénéficient les quatre précédents. C’est peut être ce qui le rend si attachant, et si mal connu par les fans eux-mêmes. Touchant, parce qu’authentique à sa façon : un discours sombre et torturé, anti-commercial au possible et servi par un groupe alors au firmament de sa décrépitude. Un chef d’œuvre pathétique.
Si le Floyd du mur usurpait déjà grandement son statut de groupe, celui qui officie sur l’improbable « The Final Cut » est désormais réduit à la seule personnalité d’un homme ; sieur (monseigneur ?) Roger Waters. Oui, « The Final Cut » est un disque de Roger Waters, pur jus, et ceux qui connaissent sa laborieuse discographie solo me comprendront : exception faite de « The Boby », qui a toujours son petit charme 36 ans plus tard, les qualités de compositeur de Waters semblent usées depuis de nombreuses années. Quand le travail d’un prétendu groupe ne repose plus que sur les épaules (chevilles) d’un seul individu, et qui plus est incapable de se renouveler, les chances de fulgurances, vous en conviendrez, sont plutôt minces. Incapable de la moindre accroche mélodique, de la moindre surprise sonore, du moindre sursaut rythmique, « The Final cut » a tout de l’œuvre austère, mais cette austérité n’est pas le fait d’un dépouillement extrême, mais celui d’un manque d’inspiration flagrant et sans appel ; une aridité qui tient au néant et non à l’épure.

Et le concept me direz vous ? Un homme qui parle de lui ; une constante pour un artiste, même quand il parle des autres (surtout quand il parle des autres). Prétextant un père manquant, un discours politique ou philosophique affirmé (convictions dont je ne peux remettre en cause ni la sincérité ni le bien fondé), Waters nous livre son mal être, et au sempiternel « la vie est horrible », préfère nous livrer un « j’ai mal ». 45 minutes d’auto-psychanalyse payante (18 euro pour qui veut y assister)… une thérapie par le son, et de ce point de vue, oui, peut être, « The final cut » est un disque utile, et donc un bon disque.

Les qualités de Pink Floyd furent multiples. Groupe au potentiel moyen, il expérimenta les choses les plus folles en dépit de ses limites, mettant la tête là où les plus compétents n’osaient mettre les doigts. Un sens inné (et unique) du climat, un collectif efficace, résultat d’une complémentarité miraculeuse, l’imperméabilité envers les modes, qu’elles soient éphémères ou non… tout ceci en fit un orchestre passionnant. Puis l’expérimentation disparut, et avec elle, l’humour et le goût pour l’étrangeté, puis ce fut au tour des climats oniriques, et enfin de l’amour du son. Pink Floyd s’est lui-même délesté de toute sa chair, de tout son suc, de cet habillage qui certes l’aidait à cacher ses faiblesses, mais en faisait aussi un groupe à part.
Si beaucoup d’artistes gagnent en force et en authenticité en épurant leur langage, le Floyd lui, a amenuisé son potentiel à mesure qu’il menait ses opérations de dégraissage. « The Final Cut » est l’os rongé au stade ultime, et pour en finir avec ma « néchronique » d’ostéopathe, je n’ai pas trouvé mieux que de citer Léo Ferré : « il n’y a plus rien, et ce rien, je vous le laisse ».

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- David Gilmour (guitare)
- Roger Waters (chant, basse)
- Nick Mason (batterie)
- Avec :
- Michael Kamen (piano, harmonium)
- Andy Bown (orgue hammond)
- Ray Cooper (percussion)
- Andy Newmark (batterie sur “two suns”)
- Raphael Ravenscroft (saxophone tenor)
- Avec L’orchestre Philharmonique National


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