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- Style : Mostly Autumn, Eloy, The United States Of America , Deconstruction
- Membre : David Gilmour , Roger Waters , Syd Barrett , Rick Wright

PINK FLOYD - Animals (1977)
Par A.T.N. le 30 Novembre 2009          Consultée 20895 fois

« Dans quelques minutes, nous arriverons à London Waterloo, terminus de ce train. Nous vous remercions d’avoir voyagé avec Eurostar et vous souhaitons un agréable séjour au pays de PURCELL et LED ZEPPELIN… » Immuablement, à ce moment du trajet, je tourne la tête vers la gauche, et soudain elle apparaît. Immense. La Battersea Power Station. Usine de brique brune qui aurait pu servir de décor au Metropolis de Fritz LANG, et qui, étrangement, est passée à la postérité grâce au studio Hipgnosis (qui avait réalisé les illustres pochettes de Dark Side of the Moon ou Atom Heart Mother, entre autres). Les graphistes attitrés du Floyd, sous les directives de Roger WATERS, l’ont utilisée en pochette de ce nouvel album sorti début 1977, plaçant un détail cocasse : un cochon rose qui lévite entre deux cheminées. Les séances photos impliquant la grosse baudruche furent épiques.

Animals, c’est d’abord cette pochette. Le chroniqueur ne résistera pas au passéisme ni au lieu commun en vous disant qu’en 33 tours, ça a une autre gueule qu’en CD.

1976. PINK FLOYD est passé au statut de mastodonte du rock après le succès planétaire de Dark Side et le chef d’œuvre Wish you Were Here, qui s’est moins vendu mais qui a renforcé l’estime des mélomanes pour le quatuor londonien. Parallèlement, le punk naissant les a pris pour cibles – anecdote de l’époque : le futur producteur des SEX PISTOLS a remarqué Johnny ROTTEN parce qu’il portait un T-shirt « I hate PINK FLOYD ». Les longs morceaux complexes et planants mettaient à mal, d’après eux, l’esprit même du rock, fruit de la spontanéité, de la simplicité, de l’énergie et de l’autodidactisme. Pour ces braves illettrés, connaître le solfège était un crime – et PINK FLOYD en est devenu le symbole, même si aucun de ses membres n’est issu d’une quelconque école de musique.

Ces critiques ont une conséquence : elles orientent le nouveau travail du groupe. Le son sera plus froid, plus direct. Tranchant. Et le résultat sera assez extraordinaire, avec deux morceaux totalement magistraux ("Dogs" et "Sheep"), un morceau intéressant mais un peu raté ("Pigs"), et deux comptines jumelles pour entrer et sortir de l’œuvre.

Les musiciens ont utilisé des idées nées lors de l’enregistrement ou lors des concerts précédant Wish you Were Here, les ont retravaillées, pour les faire rentrer dans un concept inspiré par George ORWELL, "la Ferme des Animaux". La caricature cinglante de l'URSS est transformée en sombre vision du capitalisme et de ses Dogs (hommes d’affaires), ses Pigs (hommes politiques) et ses Sheep (nous)(enfin, surtout vous).

WATERS a imposé l’idée de la pochette, il est à l’origine du concept, et a écrit tout l’album à l’exception de Dogs (musique de GILMOUR). Cette mainmise du bassiste sur le groupe trouve sa légitimité dans sa foisonnante créativité, mais va signer la fin de l’entente cordiale. WRIGHT est cantonné au rôle d’exécutant (rôle dont il s’acquitte tout de même à merveille : immortelle intro de "Sheep"…), GILMOUR est frustré. La fissure continuera à se creuser jusqu'à The Wall, qui finira d’isoler WATERS de ses comparses.

GILMOUR est frustré, mais il reste le « directeur musical » de la bande. "Dogs" est d’un froid mordant, une route de 17 minutes aux nombreux virages, un parcours haletant. Les accords de l’intro portent la signature du guitariste, qui continue d’éclabousser les seventies de sa palette : que ce soit sur folk ou électrique, en son clair ou saturé, ses textures sont inimitables. Rythmique ou soliste, il est l’ossature sonore de ce morceau, d’autant qu’il n’a probablement jamais aussi bien chanté. WRIGHT poursuit l’élaboration de nappes qui ont porté Wish you Were Here au firmament, mais là aussi en plus froid, plus métallique. Superbe. Ces "Dogs" glacent le sang. « So that when they turn their backs on you, you’ll get the chance to put the knife in ».

"Pigs", je le disais, est décevant. C’est dommage. L’intro laissait entrevoir un nouvel eldorado : claviers inquiétants sur lesquels la basse (probablement jouée par GILMOUR) renforce le mystère, la tension monte. Hélas, le tempo moyen du morceau est une erreur. C’est mou, ça se veut plus rock que ça ne l’est vraiment, la batterie de MASON n’est pas du tout appropriée - WATERS prendra d'autres batteurs pour certains morceaux de The Wall. Il y a quelques passages réussis, quelques idées, mais le tout est indigeste et ces 11 minutes paraissent longues - rien d'indécent, toutefois, au regard de la qualité du reste.

Les 11 minutes de "Sheep", elles, sont parmi les plus fantastiques jamais enregistrées par PINK FLOYD. Tout y est : inspiration géniale de WATERS pour la mélodie et les variations de thèmes, intro basaltique de WRIGHT (frissons à chaque écoute), et riffs made in GILMOUR, surtout sur l’envolée finale. Ses accords lumineux qui s’évanouissent au milieu des moutons sont bibliques. "Sheep", écouté des dizaines de fois pour autant d’illuminations.

Les deux "Pigs on the Wing" qui lient l’ensemble sont moins pessimistes que les 3 morceaux phares, et avec le temps sont devenus plutôt attachants.

PINK FLOYD a répondu aux punks avec leurs armes : agressivité, rugosité, énergie, critique du capitalisme. Mais, pour le bonheur de nos oreilles, ils sont allés chercher un peu plus loin que le bout de leurs guitares. Eux.

Tout n’est pas parfait comme sur Wish you were Here, mais il n'en demeure pas moins qu’en 1977, Animals est un album qui plane loin au dessus de la concurrence.

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   (5 chroniques)



- Roger Waters (chant, basse)
- David Gilmour (chant, guitares)
- Richard Wright (claviers)
- Nick Mason (batterie)


1. Pigs On The Wing (part 1)
2. Dogs
3. Pigs (three Different Ones)
4. Sheep
5. Pigs On The Wing (part 2)



             



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