Recherche avancée       Liste groupes



      
ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

Commentaires (45)
Questions / Réponses (6 / 27)
Parallhit
L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

- Style : Mostly Autumn, Eloy, The United States Of America , Deconstruction
- Membre : David Gilmour , Roger Waters , Syd Barrett , Rick Wright

PINK FLOYD - The Dark Side Of The Moon (1973)
Par A.T.N. le 20 Janvier 2010          Consultée 21513 fois

Le problème avec ces albums cultes, c’est que lorsqu’on les écoute, le cerveau reçoit les ondes sonores mais il se prend aussi, logées dans l’inconscient, un lot d’informations polluantes. Mille millions de milliards de disques vendus. La pochette reconnaissable à 4 années-lumière. Le vinyle parfait pour tester sa nouvelle stéréo. Le disque préféré de nos parents. Et y a quoi au fait sur la face sombre de la lune ? Il y a un message caché si on le joue à l’envers ?

Il faut vite se débarrasser de ces pensées parasites. Le record de longévité au Billboard américain ? Il vient de la conjonction de plusieurs facteurs : un album au son travaillé, esthétisant ; l’essor des chaînes hi-fi en occident ; un marketing particulièrement soutenu aux Etats-Unis (bon flair de la maison de disques) ; et enfin, un album teinté d’universalisme (la mort, l’argent, le temps qui passe, les soucis du quotidien qui mènent à la folie - ‘the moon’ est ici à prendre au sens de ‘lunatic’) habilement équilibré entre innovation (bruitages, synthétiseurs) et simplicité (couplets/refrains à la papa). Sans parler du prisme de la couverture, symbolique, spectral, autorisant toutes les métaphores. Le bon album au bon moment avec le bon marketing d’un groupe qui transforme sa hype du moment en jackpot total.

Et la musique dans tout ça ?

Elle n’est pas mal du tout. PINK FLOYD a beaucoup travaillé, l’album a été conçu et joué en tournée pendant l’année 1972 (sous le nom « Eclipse »), une performance a eu lieu au Royal Albert Hall, le concept a été longuement éprouvé et retravaillé en studio avant d’arriver à la version finale. C’est une leçon importante de toute entreprise humaine : le travail paie. C’est un peu pétainiste mais ça se défend. On peut d’ailleurs faire le parallèle, en cette année marquée par le décès de MJ, avec Thriller : le record de ventes de l’histoire était également issu d’un boulot de stakhanoviste, épuisant musiciens de sessions, essayant sans relâche différentes rythmiques, et peaufinant le son comme un orfèvre frisant la maladie mentale. Sur Dark Side, tout est très pensé : les 2 faces s’écoutent en continu, les transitions (bruits de pas, réveils, bribes de conversations) donnent de la chair, du tangible, de l’humain. Le disque commence et termine par un battement de cœur. Un beat moelleux qui correspond au premier son que chacun d'entre nous a entendu. Cela rend l’œuvre plus proche, elle nous touche, et se laisse adopter facilement. Les envolées lyriques "All that you love, all that you hate, all you distrust, all you save" tutoient l’auditeur. Finis les paysages abstraits ou psychédéliques.

L’enregistrement et la production ont bénéficié d’un soin tout particulier (Alan Parsons est aux manettes). L’atmosphère est planante, les sons parfaitement superposés.

Esthétique, proximité, belles mélodies : Dark Side est très agréable, du début à la fin. C’est joli.

Et c’est un peu ce que je lui reproche : l’ensemble dégage un confort gentil. La folie, dont Waters parle en filigrane dans les paroles, semble absente des structures musicales. Le disque est traversé par quelques éclairs (l’impro vocale de Clare Torry dans le splendide « The Great Gig in the Sky », le solo tout en fuzz et delay de « Time »), mais j’avoue être capable d’écouter ces 43 minutes en faisant autre chose. Comme une musique d’ambiance de luxe. Du easy listening pour aristocrates, qui se gargariseront de « Money » car c’est un des rares hits mondiaux dont la rythmique est basée sur du 7/8, mais qui oublieront de reconnaître que ce saxophone est vraiment pompier. Ce sax s’avèrera bien plus touchant sur « Us and Them », morceau aux couplets magnifiques, mais dont le refrain alourdit péniblement l'ambiance. Je fais le difficile ?

Certes, mais on ne peut qu’être difficile avec un groupe aussi unique : après avoir été saisis d’effroi par la hache d’Eugene (« Careful with that Axe, Eugene »), après avoir assisté à la naissance de la nature (« Atom Heart Mother »), après avoir senti le vent des démons souffler sur le monde (« One of These Days ») ou observé le vol suspendu de l’albatros au-dessus des grottes labyrinthiques (« Echoes »), les couplets/refrains sur l’argent, le temps qui passe… font pauvres, même s’ils nous concernent et qu’ils sont bien foutus. Les 4 morceaux que je viens de citer font partie de ceux qui provoquent un arrêt de la respiration et une écoute religieuse, entre transe et frissons, alors que Dark Side, par comparaison, n’est qu’un beau produit. Moi qui apprécie énormément GILMOUR, sa capacité à faire de la guitare un élément mélodique ou d’accompagnement toujours juste, bien pensé, original (ses riffs joués de l’aigu au grave, ses open tunings, son feeling en slide, son travail de l’électricité), qui utilise au mieux sa technique somme toute limitée, ce n’est pas sur ce disque que je me régale. Ca me fait sourire de le voir rejouer les 2 accords de « Breathe » sur le documentaire Classic Albums, comme s’il avait découvert le Graal, alors que son boulot sur « Echoes », pour ne prendre que cet exemple, est mille fois plus époustouflant et riche.

Si vous n’avez jamais écouté de PINK FLOYD, ce fameux disque est probablement une excellente porte d’entrée. Inventif, mélodique, cohérent, accessible. Mais s’il s’agit de placer DSOTM dans la hiérarchie de leur imposante décennie 1969-1979 (je place la période Barrett à part), il est un cran en-dessous.

WATERS l’a dit des années plus tard : « Once you’ve cracked it, it’s over ». Après le succès de DSOTM, finies les grandes salles de concert remplies d’intellos et d’initiés, bonjour les stades. Plus possible de jouer de passages calmes ou surprenants en live. Tout change de dimension. Chaque membre du groupe s’offre non plus un deux-pièces, mais un manoir, des voitures de sport. Le capitalisme dévore ses critiques et les réduit au silence : c’est grâce au grinçant « Money » que le groupe va devenir millionnaire. Allez-y après pour faire des vers pamphlétaires sur les jet privés ou l’achat d’un club de football. Le rebelle est coincé. Il se coupe de la société, de ses proches. Cela forme un mur qui… mais ça c’est un autre album.

A lire aussi en ROCK PROGRESSIF par A.T.N. :


GENESIS
A Trick Of The Tail (1976)
Sans Gabriel, mais avec plein plein de talent !

(+ 3 kros-express)



GENESIS
The Lamb Lies Down On Broadway (1974)
Le sommet de Genesis avant implosion

(+ 3 kros-express)

Marquez et partagez





 
   A.T.N.

 
   JOVIAL
   JUAN
   KID66
   MARCO STIVELL
   WALTERSMOKE

 
   (6 chroniques)



- David Gilmour (chant, guitare, vcs3)
- Nick Mason (percussions, effets sonores)
- Richard Wright (claviers, chant, vcs3)
- Roger Waters (basse, chant, vcs3, effets sonores)
- Dick Parry (saxophone)
- Clare Torry (chant)
- Doris Troy (chœurs)
- Leslie Duncan (chœurs)
- Liza Strike (chœurs)
- Barry St John (chœurs)


1. Speak To Me
2. Breathe
3. On The Run
4. Time
5. The Great Gig In The Sky
6. Money
7. Us And Them
8. Any Colour You Like
9. Brain Damage
10. Eclipse



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod