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JAZZ éLECTRIQUE / FUNK  |  STUDIO

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- Style : Ennio Morricone
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 Guide Jazz (259)

Miles DAVIS - Live Evil (1971)
Par JUAN le 14 Janvier 2009          Consultée 3476 fois

Imaginons si vous le voulez bien ce Live Evil comme un grand repas auquel Miles Davis vous a invité, en compagnie de son groupe et de son fidèle producteur, Teo Macero (sujet qui tombe bien alors que j'écris ceci en pleine période de fêtes).

"Sivad" (anagramme de Davis) est une entrée. Une entrée très copieuse. Un bon foie gras musical par exemple. Un met parfumé de groove et de wah-wah, servi avec de délicieux toasts, que vous savourez avec plaisir, quand vient le moment inévitable où vous n'en avez plus. Et ce diable de Macero, occupé à parler bruyamment avec Miles, ne vous entend pas lancer l'appel désespéré du convive en manque, alors que lui-même trône fièrement près de la bannette si convoitée. N'est-ce pas cela qui arrive dans ce premier titre après trois minutes de funk intense, alors que la musique se coupe brutalement et glisse vers un univers radicalement différent? N'est-ce pas là l'oeuvre du diablotin Macero qui tranche dans le vif des bandes et nous offre ce regrettable découpage à plusieurs reprises sur ce disque? Enfin, passé ce moment de surprise, vous vous reprenez, saisissez la corbeille de pain devant vous. Pas de toasts, que du pain frais. Mais de toutes façon le foie gras est bon, l'ambiance est conviviale, et vous finissez par ne regretter que la brutalité du changement, et non la qualité de ce qui vous est offert.

On enlève ensuite les assiettes. Vous vous emparez alors de la bouteille de vin devant vous et remplissez votre verre. Tandis que vous goûtez le cru que Miles a sorti de sa cave pour l'occasion, vous en profitez pour observer vos convives. En face de vous se tient un grand bonhomme avec de longs cheveux blonds et une barbe imposante. Ses couverts en main, il tape sur la table en rythme tout en sifflotant d'un air absent. "Little Church" murmura-t-il à la fin avec un accent brésilien très prononcé. A ses côtés quelques personnes participent à une conversation animée. L'un est moustachu, assez discret, porte un bonnet et tapote sur son assiette comme sur un piano. Un autre, le visage fin, les yeux cernés de lunettes rondes, fait virevolter ses doigts autour de la table en riant. Un dernier enfin attire encore plus l'attention. Il est le seul à parler dans ce petit coin de table, mais peu de monde l'écoute. En fait ce n'est que lorsque le maître de la cérémonie arrive et discute avec lui que les autres s'intéressent à ce débat néanmoins fastidieux.

Mais voila le premier plat qui arrive. Un indescriptible plat de viande, copieux, fort en goût. Toutes les discussions cessent immédiatement. Chacun reçoit une belle part, beaucoup de sauce et de garniture. Ce plat, c'est "What I Say", un délice funky lancé sur un rythme de batterie bestial, bien plus rock que jazz. Les invités se régalent, reprennent de ce plat monumental et vantent les mérites du chef et du maître de maison. Seuls les plus énergiques finissent la sauce dans un festin rythmique pour batterie seule.

Passé ce moment d'extase gastronomique, on retire à nouveau les couverts ; les verres se remplissent encore une fois. Une douce ivresse s'empare de l'assistance. Les conversations se font moins animées. Puis un second plat arrive. Un poisson peut-être. Le souvenir est flou. Le même déluge de senteurs et de saveurs s'abat sur vous. Le même groove s'empare de vous. Le pilonnage de la batterie et de la basse, les ornements électriques du clavier, la verve enflammée de la trompette, l'essence même de cette musique organique s'empare de vous. Vous êtes comme fiévreux. En transe comme vous êtes, vous ne vous apercevez même pas que le dessert est servi. Il vous semble même entendre le célèbre thème de Mission Impossible par dessus ce groove élastique au début de "Inamorata", c'est dire votre état. Le reste de la soirée est obscurci par la digestion difficile de ce copieux repas.

Le lendemain vous essayez pourtant de comprendre et d'analyser ce festin. Vous vous rappelez vaguement que l'homme que vous aviez vu parler seul au milieu du repas jouait de la guitare. Pas très convaincant d'ailleurs. Vous trouviez surtout que sa prestation n'apportait pas grand chose. En revanche le maître de maison était excellent lui. Très présent, très énergique, cela faisait longtemps que vous ne l'aviez pas vu en si grande forme pour jouer de sa trompette.
Vous vous souvenez aussi que le repas était découpé en deux parties : l'une, très calme, presque méditative, s'intercalait entre les autres morceaux, d'une vivacité incroyable, comme les digestifs après un bon plat. L'une des meilleures soirées live de Miles Davis, vous en conviendrez. Seul bémol ou presque : le carton d'invitation, très beau recto rappelant Bitches Brew, immonde verso.

Un excellent festin, furieusement funk, flamboyant et d'un faste fascinant.

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   JUAN

 
  N/A



- Miles Davis (trompette)
- Gary Bartz (saxophone alto et soprano)
- Keith Jarrett (piano électrique, orgue)
- Michael Henderson (basse)
- John Mclaughlin (guitare)
- Jack Dejohnette (batterie)
- Airto Moreira (percussions)
- Invités (studio :)
- Wayne Shorter (saxophone soprano)
- Steve Grossman (saxophone ténor)
- Herbie Hancock (piano électrique)
- Chick Corea (piano électrique)
- Joe Zawinul (piano électrique)
- Ron Carter (contrebasse)
- Dave Holland (basse, contrebasse)
- Billy Cobham (batterie)
- Khalil Balakrishna (sitar)
- Hermeto Pascoal (batterie, percussions, piano électrique, voix)
- Conrad Roberts (narrateur)


1. Sivad
2. Little Church
3. Medley: Gemini/double Image
4. What I Say
5. Nem Um Talvez
6. Selim
7. Funky Tonk
8. Inamorata And Narration By Conrad Roberts



             



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