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 Guide Jazz (365)

Miles DAVIS - Siesta (1987)
Par AIGLE BLANC le 2 Novembre 2016          Consultée 619 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Siesta est un film paradoxal : alors que réunissant une distribution des plus prestigieuses comme peu de cinéastes peuvent se l'offrir (Jugez-en par vous-même : Helen Barkin, Gabriel Byrne, Julian Sands, Isabella Rosselini, Jody Foster, Martin Sheen, Grace Jones), il a rejoint aujourd'hui les limbes de l'oubli. Demandez autour de vous qui a vu ce film ou du moins en a entendu parler, la plupart des cinéphiles déclareront forfait. Seuls deux clans d'individus restent susceptibles de vous sourire avec malice : d'un côté, les fans de Mary Lambert (s'il en est), réalisatrice américaine de ce film obscur, dont les seuls titres de gloire semblent à ce jour les premiers clips de Madonna ("Like a virgin") ainsi que son adaptation cinématographique du célèbre Simetierre de Stephen King, film fantastique de 1989 nettement surestimé et très inférieur au roman ; de l'autre, les fans de Miles DAVIS qui officie à la trompette sur la BO. Seulement, il n'est pas certain que les admirateurs du trompettiste de jazz tiennent ce disque en grande estime. En effet, cette Bande Originale n'a pas la côte de celle, mythique, qu'avait improvisée Miles DAVIS pour le polar de Louis Malle, le célèbre Ascenseur pour l'échafaud. De plus, malgré la position primordiale de Miles DAVIS sur la pochette du disque, ce n'est pas lui qui en est le principal auteur, mais son acolyte bassiste Marcus MILLER qui signe et arrange tous les titres, à l'exception d'un seul qu'il co-écrit avec Miles, le très beau "Theme for Augustine".
Pour résumer, Siesta n'échappe à l'oubli définitif que grâce à sa musique, même si le disque reste mineur dans la carrière du trompettiste.

Ceux qui ont vu le film de Mary Lambert s'en souviennent peut-être comme d'un monument d'ennui sombrant dans le ridicule involontaire. Pour l'avoir découvert en DVD, je confirme le ratage intégral de ce thriller amnésique qui voudrait concurrencer David Lynch sur son propre terrain sans en avoir ne serait-ce que le dixième du talent. Le film d'Adrian Lyne, L'échelle de Jacob, sorti peu après, et qui aborde la même thématique, le surpasse littéralement.

La musique de Siesta m'a longtemps interloqué car elle ne ressemble à aucune de celles que j'écoutais à l'époque. Ses mélodies, riches et variées, se fondent dans un arrière-plan électronique que programme fort intelligemment Jason Miles. A coups de claviers métalliques grinçants ou scintillants, de nappes abstraites de synthétiseurs et de gimmicks percussifs étranges, le disque, parcouru de sonorités parasites liquides, s'imprègne d'une atmosphère mystérieuse et décalée par rapport à ce qu'on entendait habituellement à cette époque dans les musiques de films fantastiques.
Si l'électronique prédomine ici, il se voit confronté, dans un dialogue antithétique, à des instruments acoustiques qui réchauffent incroyablement l'atmosphère générale. C'est ainsi que la guitare de John Scofield confère à "Siesta" une belle couleur hispanique que parfont des claquements de castagnettes et les batteries syncopées, quoique tout en fluidité, de Omar Hakim. "Conchita" propose aussi une autre ambiance hispanique réussie, que ce soient par les claviers électroniques (très présents et actifs) ou les apartés au saxophone, exécutés par Marcus MILLER, auxquels se joignent les interventions à la trompette de Miles DAVIS. La basse de Marcus MILLER y fait résonner de même sa vélocité et son feeling. Les 5 variantes de "Lost in Madrid" qui ponctuent tout le disque, sa véritable épine dorsale en sorte, forment un leitmotiv séduisant contribuant à l'homogénéité de l'ensemble.
A ces thèmes aisément identifiables, se mêlent des passages ambient comme dans "Submission" où, sur des accords de synthétiseurs, évoluent les cuivres pré-cités, souvent langoureux, parfois égarés dans un no man's land déroutant.
La BO de Siesta s'affirme dans ses ruptures permanentes, que ce soit les passages incessants de l'électronique à l'acoustique, et vice-versa, de moments inquiétants à d'autres infiniment doux, quasi mélodramatiques, comme ce merveilleux thème final, "Loz feliz", où brillent la trompette de DAVIS et la flûte de James Walker.

Le disque est dédicacé à Gil EVANS "The Master" ("Le Maître"), célèbre pianiste et arrangeur, chef d'orchestre et compositeur, qui demeure une figure incontournable du jazz dont il a accompagné l'évolution au cours de sa longue carrière, souvent à l'avant-garde. Cette dédicace, alors que Gil EVANS n'est décédé qu'en 1988, peut s'expliquer par la reconnaissance de Miles DAVIS qui se souvient dans Siesta de l'époque de sa collaboration avec le célèbre pianiste.
De 1949 à 1963, ils avaient signé tous deux des albums aussi essentiels que Birth of the cool, Miles ahead, Porgy and Bess, Sketches of Spain et Quiet nights. En 1987, période au cours de laquelle Miles DAVIS pratiquait un jazz fusion, très fortement imprégné de rock et de soul, le voici pourtant qui retrouve avec sa trompette, l'espace d'une BO, la sonorité claire et classique qui l'avait rendu célèbre avec Sketches of Spain (1960). Ce n'est pas le moindre paradoxe de cette BO étrange et belle que de fusionner l'ancien et le moderne, l'acoustique et l'électronique, dans un geste libre autant qu'audacieux, porte ouverte à une rêverie sentimentale teintée d'inquiétude et de cauchemars.

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   AIGLE BLANC

 
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- Miles Davis (trompette)
- Marcus Miller (basse, tous les autres instruments)
- Sauf :
- John Scofield (guitare acoustique dans 'siesta')
- Earl Klugh (guitare classique dans 'claire')
- Omar Hakim (batteries dans 'siesta')
- James Walker (flûte dans 'los feliz')


1. Lost In Madrid I
2. Siesta - Kitt's Kiss - Lost In Madrid Ii
3. Theme For Augustine - Wind - Seduction -kiss
4. Submission
5. Lost In Madrid Iii
6. Conchita - Lament
7. Lost In Madrid Iv - Rat Dance - The Call
8. Claire - Lost In Madrid V
9. Afterglow
10. Los Feliz



             



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