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Miles DAVIS - Agharta (1975)
Par DERWIJES le 24 Mars 2021          Consultée 445 fois

En 1975, Miles DAVIS est dans un sale état. Cela fait des années qu’il tourne sans cesse alors que tous les membres de son corps lui disent de s’arrêter : un accident de voiture en 1972 lui a méchamment abîmé les chevilles, il souffre de drépanocytose dans les jointures, de l’ostéoporose au niveau de la hanche gauche et, cerise sur le gâteau, de nodules dans les cordes vocales qui l’empêchent de jouer correctement de la trompette à cause d’un souffle court. Ajoutez à cela un abus de drogues, d’alcool, de médicaments et c’est un miracle qu’il tienne debout.

Coincé dans le cercle infernal de souffrir en jouant et de jouer pour oublier sa souffrance, il ne se laisse pas distraire par le manque d’intérêt décroissant du public à son égard et continue de tourner. Pour cela, il peut toujours compter sur le septet qui l’accompagne depuis On the Corner en 1972 : Peter Casey à la guitare, aux percussions et au synthétiseur. Sonny Fortune au saxophone et à la flûte. Al Foster à la batterie, Michael Henderson à la basse, Reggie Lucas à la guitare, James Mtume aux percussions et, évidemment, Miles Davis à la trompette et à l’orgue. Ensemble, ils ont développé une technique de jeu qu’ils surnomment « Through the Wall ». Pas besoin d’être un grand musicologue pour l’expliquer, cela consiste simplement à donner le meilleur de soi-même chaque soir et de bien mouiller la chemise.
Contrairement à ce qui a pu être écrit (surtout par ses détracteurs), le groupe ne jouait pas tout le concert en improvisant. Chaque concert était soigneusement préparé en travaillant sur la base des morceaux qu’ils suivaient strictement avant d’en dévier. Miles DAVIS ne laissait rien au hasard et ce jusqu’à la pochette, réalisée par l’artiste japonais Tadanori YOKOO s’inspirant de la mythique cité orientale Agharta à laquelle il fuse les éléments afro-futuristes chers à Miles et que l’on retrouve Bitches Brew. Non pas que les critiques jazz de l’époque y prêtèrent attention, trop occupés qu’ils étaient à critiquer la musique. Bien sûr que ce n’était pas du jazz traditionnel ! Cela faisait déjà bien longtemps que Miles s’en était éloigné pour faire sa propre musique. Ce n’est pas étonnant au vu d’une réception aussi snob qu’il soit parti passer plus de temps dans les clubs de rock où on le laissait tranquille. Cette frustration ressort dans le jeu du groupe qui joue pour se défouler de la manière la plus cathartique possible. Punk, le Miles ? Et pourquoi pas, après tout ?

C’est un déluge d’effets qui nous inonde dès la première piste, une attaque à la guitare telle que nous n’en avons plus connue depuis Jimi HENDRIX. Parce qu’il n’aimait pas que l’on compare les différentes versions live aux originales, Miles préférait les répartir sur de longs medleys qui n’en étaient pas vraiment. Selon lui, mieux valait se laisser porter par la musique que l’analyser, un bon conseil que nous allons pour l’instant ignorer pour nous concentrer sur le lieu et l’action : Agharta est un concert donné dans le cadre d’une tournée de trois semaines au Japon. L’enregistrement s’est fait au Festival Hall d’Osaka le 1er Février 1975. Le groupe livrait un concert par jour, un en fin d’après-midi et l’autre en fin de soirée ( !). C’est Teo Macero, son fidèle producteur, qui s’occupa de la production du disque, faisant comme toujours un travail excellent. Aujourd'hui encore, il sourit en se souvenant des spectateurs japonais qui arrivaient du concert en sortant du travail, en costume et cravate, complètement abrutis par la puissance des décibels que crachaient les speakers.
Agharta est le concert de l’après-midi. A ce moment-là, le groupe est reposé, Miles ne doit en être qu’à son deuxième paquet d’Heineken, et ils peuvent tout miser sur la puissance (son jumeau Pangaea sera plus calme, mais c’est une histoire pour une autre jour). La pression ne retombe pas un seul moment, nous sommes constamment soumis à une fureur rock et funk où l’on retrouve pêle-mêle, jetés au visage, "Maiysha" de Get Up With It, "Right Off" de Jack Johnson, "Ife" de Big Fun ou encore une version discrète de "So What". En retrait à cause de ses problèmes de santé, Miles est très discret, mais prêtez attention à ses interventions à la trompette : c’est le signe que le groupe doit passer à un autre segment.

A le comparer à Bitches Brew, ou au plus récent Live-Evil, l’évolution de Miles entre-temps est assez incroyable. Ses deux albums étaient encore peints dans un cadre jazz, mais ici il s’en est allègrement affranchi pour voler vers d’autres cieux. Si Pangaea est moins convaincant, Agharta mériterait d'être plus connu, c’est l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre.

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   DERWIJES

 
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- Miles Davis (trompette, orgue)
- Pete Cosey (guitare, percussions, synthétiseur)
- Sonny Fortune (saxophone alto, flûte, saxophone soprano)
- Al Foster (batterie)
- Michael Henderson (basse)
- Reggie Lucas (guitare)
- James Mtume (congas, percussions, boite à rythme)


1. Prelude (part One)
2. Prelude (part Two)
3. Maiysha
4. Interlude
5. Theme From Jack Johnson



             



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