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Miles DAVIS - Birth Of The Cool (1957)
Par DERWIJES le 28 Décembre 2019          Consultée 330 fois

Ouvrez n'importe quel livre sur « les meilleurs albums de jazz » ou n'importe quel ouvrage dans le style de « 1001 albums à écouter avant de mourir », et vous y trouverez Birth of the Cool. Rendez-vous sur n'importe quel forum de jazz, de musique, vous trouverez une liste des « meilleurs albums de Miles DAVIS » avec Birth of the Cool dedans. Lisez un ouvrage sur le jazz, n'importe lequel, et il y a de bonnes chances pour que Birth of the Cool y soit cité comme étant une référence. Allumez votre TV, calez-vous devant les Simpson : l'album préféré de Lisa est Birth of the Cool.
Mais c'est quoi Birth of the Cool ? Qu'est-ce qu'il a de si spécial cet album, pour être aussi important ?

Pour le savoir, montons dans notre TARDIS (il y a plus de place que dans la DeLorean) et rendons-nous en 1948. Le monde du jazz ne jure par que le be-bop : inventé par le grand Charlie PARKER c'est une réponse ou plutôt un doigt dressé contre les excès des big band à la Duke ELLINGTON. L'effectif est réduit au strict minimum, l'improvisation reine, la musique se veut sèche et nerveuse. C'est une musique de musiciens pour musiciens. Miles DAVIS connaît bien le be-bop, il a fait ses dents chez Bird après tout. Mais en cette fin de décennie, alors que l'Amérique se lance vers les fabuleuses fifties, le trompettiste a des envies d'indépendance.
Une idée lui trotte dans la tête, et il en parle à son bon ami Gil EVANS, un compositeur et chef d'orchestre. Et si on mélangeait le be-bop et le big band ? L'idée est osée, mélangez l'ancien et le nouveau ? Il fallait être Miles DAVIS. Evans n'est pas du genre à dire non à un défi. Il accepte, aide son ami à embaucher ses musiciens et l'accompagne en studio pour trois sessions d'enregistrements, deux en 1949 et une en 1950. Le groupe enregistre une douzaine de morceaux, seulement six sortiront en 78 tours... qui ne feront pas grand bruit.

Inconcevable, n'est-ce pas ? Mais c'était trop tôt et trop peu. Le grand public ne s'est pas encore remis de la découverte du bop, et les critiques restent insensibles à ces premières sorties.Le distributeur Capitol faisant son timide préfère attendre 1957, jusqu'à ce que le nom de Miles DAVIS soit bien établi, pour réunir enfin tous ces morceaux ensemble sur un seul et même disque : l'accouchement fut long, mais The Birth of the Cool est là. Et le temps fait son œuvre, le disque devient une sensation, on se l'arrache. Finalement, il est sorti au bon moment et son impact est maximal. Le be-bop est en fin de course, ses enfants sont prêts à prendre la relève. Dans ce contexte, le nonet (neuf musiciens) réuni par DAVIS et Evans ramasse les fruits de son labeur. Principalement des instruments à vent : trompette, saxophone alto et baryton, trombone, cor d'harmonie, tuba, contrebasse, piano et batterie. Miles à dans l'idée que chaque instrument doit représenter un registre de la voix humaine -une idée ambitieuse qui ne transparaît pas vraiment dans le produit final-.
Les chansons sont aux antipodes de l'improvisation tortueuse du be-bop? les arrangements recherchés et riches, le rythme plus lent. Certains critiques refusent d'ailleurs d'y voir du jazz, mais plutôt de la musique classique, le New-Yorker allant jusqu'à dire qu'il s'agit plus d'un disque de Maurice RAVEL que de Miles DAVIS. Une idée pas si farfelue que ça : en inventant le cool jazz, Miles DAVIS invente surtout la rencontre parfaite entre la sophistication du classique et la technicité du jazz, et avec lui son étendard : « Moon Dreams ». Le genre de morceau qui vous fait dire qu'on peut mourir une fois qu'on l'a écouté, pour rester dans la sobriété. Commencez par celui-là pour vous mouiller et, si vous accrochez, plongez directement dans le grand bain. Sinon, écoutez-le encore une ou deux fois en plus, il faut parfois plusieurs tentatives pour s'y faire mais, une fois le stage de la découverte passé, on ne s'en lasse plus.

C'est une musique à la fois rétro et intemporelle. Rétro parce qu'on y sent bien l'influence de Duke Ellington, tombé en désuétude de nos jours, influence ressentie particulièrement sur la conclusion « Darn That Dream » où on trouve du chant, courtoisie de Kenny HAGOOD, mais intemporelle parce que des décennies après il y a toujours des choses à dire sur cette musique. On y entend du swing (« Move »), du beau (« Israel »), du très beau (« Venus de Milo »), du magnifique (« Moon Dreams »), quelque chose pour ambiancer un noir enfumé du Bronx (« Boplicity »), pour vous promener en ville au gré des néons illuminant la nuit (« Deception ») ou pour ambiancer une soirée mondaine (« Godchild »). Miles DAVIS n'a oublié personne, chacun y trouve son compte.

Et me voici confronté à l'impression que ces quelques lignes n'apporteront rien de plus à ce monument. Que dire qui n'ait déjà été dit, mais surtout qui puisse lui rendre justice ? De cet Everest musical, le cool continuera sa vie, lançant ses héros -Chet BAKER le plus célèbre de tous- et inspirant d'autres courants, aussi bien en réaction contre lui -le hard bop- qu'en successeurs spirituels -la bossa nova, le jazz modal, l'acid jazz...-. Certains vous diront que le cool existait déjà avant, mais cette naissance est la seule qui compte. Indispensable et immanquable.

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   DERWIJES

 
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- Miles Davis (trompette)
- Lee Konitz (saxophone alto)
- Gerry Mulligan (saxophone baryton)
- Junior Collins, Sandy Siegelstein (cor d'harmonie)
- Bill Barber (tuba)
- J. J. Johnson, Kai Winding, Mike Zwerin (trombone)
- Al Haig, John Lewis (piano)
- Joe Shulman, Nelson Boyd, Al Mckibbon (contrebasse)
- Max Roach, Kenny Clarke (batterie)


1. Move
2. Jeru
3. Moon Dreams
4. Venus De Milo
5. Budo
6. Deception
7. Godchild
8. Boplicity
9. Rocker
10. Israel
11. Rouge
12. Darn That Dream



             



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