Recherche avancée       Liste groupes



      
JAZZ  |  STUDIO

Commentaires (7)
L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

- Style : Ennio Morricone
- Membre : The Mahavishnu Orchestra , Keith Jarrett , John Mclaughlin , John Scofield
- Style + Membre : John Coltrane , Ornette Coleman , Thelonious Monk, Marcus Miller , Weather Report, Dizzy Gillespie
 

 Guide Jazz (264)

Miles DAVIS - In A Silent Way (1969)
Par ONCLE VIANDE le 6 Février 2007          Consultée 7029 fois

Le jazz est un long fleuve tranquille, c’est en tout cas ce qu’on serait tenté de penser à l’écoute d’« In a silent way » : le flux imperturbable d’un cours d’eau, paisible et régulier. Méfions nous néanmoins des eaux trop calmes ; elles semblent porter en elles toute la monotonie du monde et pourtant, il nous est impossible d’en détourner notre attention. Quelque chose captive, mais on ne saurait dire quoi.
Une charleston et deux notes de basse impriment le mouvement : une enveloppe rythmique parfaite, qui n’est pas sans évoquer celle d’ « A love supreme » quatre ans plus tôt, et dans laquelle il y a tout avec rien. La même transe sensuelle, la même évidence, le même appel à la répétition. « In a silent way » retrouve le mouvement naturel du corps, on s’y sent bien immédiatement, sans effort, et cette répétition ne conduit plus alors qu’à un seul désir : que ceci ne s’arrête jamais. Au dessus de la surface planent les brumes trompettistes, longues et effilées, nappes majestueuses et nocturnes. Evidemment, le maître a laissé son empreinte indélébile sur cette œuvre, mais ces découvertes ne suffisent pas à élucider le pouvoir d’attraction. La transparence de l’eau finira par livrer quelques secrets : le courant charrie toutes sortes de petits objets, tour à tour sombres ou brillants, pierres précieuses ou ternes cailloux, agates à l’éclat varié ou limon sablonneux. Trois pianos aqueux et une guitare se chargent d’animer ces mondes subaquatiques. Si la trompette en est l’âme, les claviers et la guitare en constituent la trame, la vie intérieure ; une vie grouillante, faite de mouvements imperceptibles, toujours changeants et faussement chaotiques.
La première partie exploite cette conception stratifiée et alterne les prestations des instrumentistes, toutes de retenue. La seconde s’ouvre et se conclut sur une séquence climatique signée Joe Zawinul et s’applique à faire et à défaire deux thèmes complémentaires. Un jeu d’approches successives qui se conclut finalement par leur imbrication.
Rarement musique aura été aussi picturale : le mouvement, les formes, les plans et surtout les couleurs ; un camaïeu, quelque part entre le violet, le mauve et une sorte de bleu. Certains voient en « In a silent way » l’œuvre la plus aérienne de Miles Davis, d’autres une jungle grouillante, d’autres encore une faune, une flore ou la liquidité parfaite ; preuve que cette œuvre ambiante reste avant tout une page bleue sur laquelle chacun recrée ses propres motifs imaginaires. « In a silent way » procure les mêmes rêveries qu’un regard perdu au fond d’une rivière, une certaine nonchalance contemplative. Sensualité, tiédeur et retenue : déjà la parfaite anti-thèse de l’œuvre suivante.
Comment ne pas évoquer le personnel convoqué ici. Miles Davis s’entoure des futures seigneurs du jazz-rock, qu’ils soient électriques ou métissés, de « Lifetime » au « Mahavishnu Orchestra » en passant par « Weather Report » : Herbie Hancock, Chick Corea, Wayne Shorter, Dave Holland, Josef Zawinul, John McLaughlin et Tony Williams. Ce n’est plus un line up, c’est le dictionnaire du jazz.
« In a silent way » enfin, reste un acte de transgression : une semence électrique, une souillure de plus dans la déjà très longue histoire du jazz qui en élargira encore les horizons, en changera le visage pour les années à venir, et imposera le principe de fusion comme principale voie d’évolution.
Une rupture dans la douceur donc, profonde et féconde, aux antipodes de l’extrémisme du free jazz. Une révolution de velours ; c’est peut être ça, la manière silencieuse.

A lire aussi en JAZZ par ONCLE VIANDE :


John COLTRANE
Interstellar Space (1974)
Free jazz




John COLTRANE
Olé (1961)
Jazz modal

(+ 1 kro-express)

Marquez et partagez





 
   ONCLE VIANDE

 
  N/A



- Miles Davis (trompette)
- Herbie Hancock (piano électrique)
- Chick Corea (piano électrique)
- Wayne Shorter (saxophone ténor)
- Dave Holland (basse)
- Josef Zawinul (piano électrique, orgue)
- John Mclaughlin (guitare)
- Tony Williams (batterie)


1. Shhh / Peaceful
2. In A Silent Way / It’s About That Time



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod