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Dimitri CHOSTAKOVITCH - Symphonie N°4 (kondrachine) (1936)
Par SASKATCHEWAN le 1er Avril 2011          Consultée 3986 fois

Le 28 janvier 1936, en gare d'Arkhangelsk, CHOSTAKOVITCH achète le dernier numéro de la Pravda. Il y découvre un article sobrement intitulé « Le Chaos remplace la musique », où un journaliste anonyme brocarde son dernier opéra : Lady Macbeth du district de Mzensk. L'article est un pamphlet lâche et stupide comme les écrivaillons de la Pravda en commettaient souvent. Ce genre de campagne de presse n'a rien d'anodin, et sonne souvent le glas de la victime qui est ainsi traînée dans la boue. Car dans le merveilleux monde de l'URSS, la patrie des prolétaires qui n'ont plus beaucoup envie de chanter, aucun article ne paraît dans la Pravda sans la bénédiction du régime, donc de Staline. Et déplaire à Staline, c'est déjà assez pour être fusillé, d'autant plus qu'en 1936, l'heure et à la déportation de masse et aux exécutions sommaires. Le calvaire commence pour le jeune compositeur...

Terré dans son appartement pétersbourgeois, CHOSTAKOVITCH se met à composer sa quatrième symphonie comme un recueil musical de ses idées noires. En mai de la même année, le compositeur achève sa partition, et la confie à Fritz STIEDRY pour qu’il se charge de la création de l’œuvre. Un beau jour, pendant les répétitions, le directeur de la philharmonie de Leningrad et le président de l’Union des compositeurs ont un entretien particulier avec le compositeur, à la suite duquel CHOSTAKOVITCH décide de retirer sa symphonie du programme et de la mettre au placard.

Il faudra attendre le 30 décembre 1961 pour voir ressurgir la Symphonie n°4 sous l’impulsion du chef d’orchestre Kyrill Kondrachine. A partir d’une réduction pour piano publiée dans les années 1940, le chef d’orchestre soviétique, avec l’accord du compositeur, ressuscite l’une des plus belles œuvres du maître. L’enregistrement de 1966 proposé par l’intégrale de l’ancienne maison de disque d’Etat Melodiya est sans doute la meilleure interprétation à ce jour. Kondrachine y restitue toute l’audace de l’œuvre originale, son caractère désespéré et total, sa folie furieuse…

Une heure, c’est la durée de l’épreuve. Le simple fait de songer à tout ce qui devait traîner dans la tête de CHOSTAKOVITCH au moment où il a composé cette chose donne des frissons. Entre la gentille Symphonie n°3 bourrée de propagande et la noirceur sans compromis de la Quatrième, il y a un gouffre où l’on devine l’influence des mois terribles de 1936.

On ose à peine parler d’introduction pour qualifier le viol sonore qui ouvre la symphonie. Le grandiose s’installe d’emblée, les percussions martèlent à qui mieux mieux, les cuivres singent la grande parade de la Place rouge. La symphonie n°4 a la tête à l’envers : la conclusion grandiloquente ouvre le bal. Le reste du mouvement est un vaste pandémonium musical où toutes les influences se culbutent. Les petits instruments se glissent entre deux explosions pour esquisser le ballet grotesque de la servitude. Les intrusions de la grosse caisse sonnent alors comme des rappels à l’ordre. Les descentes de cordes mènent en enfer, où tout est grondement, cavalcade, frénésie. Les quelques passages dédiés uniquement aux cordes contiennent le germe des quatuors futurs. A l’occasion, CHOSTAKOVITCH lance quelques claque-doigts : motif tchaïkovskien dévoyé, danse grotesque, thème faussement débonnaire qui s’achève en grimace… L’« Allegretto poco moderato » est un long cri de douleur de vingt-cinq minutes, vaguement couvert par un grandiose de circonstance.

En plus d’être un voyage infernal, la Symphonie n°4 est une œuvre diaboliquement construite. La mascarade collective du « Largo » répond à la détresse individuelle de l’« Allegretto ». Les thèmes s’entassent et s’étripent comme des villageois russes un jour de kermesse sous Alexandre III. Le mouvement est tour à tour macabre et exalté, les marches militaires succédant aux passages lents empreints de fatalisme.

Au cœur de l’œuvre, le « Moderato con moto », plus court, est une parenthèse sinistre dans la débâcle des deux autres mouvements. La mort ne rôde pas, elle s’affiche triomphante sur un char de défilé du premier mai. Rarement, CHOSTAKOVITCH aère son propos de quelques notes apaisées, sans doute le petit lopin de beauté accordé par le Régime.

Seule l’écoute de la Symphonie n°4 jusqu’à ses dernières notes donnera la clef de sa longue clandestinité. Le dernier mouvement ébauche d’abord un final pompeux, qui laisse finalement place à une longue méditation, ponctuée par les interventions sporadiques des cymbales. L’artiste tué par le régime, en quelque sorte. Ou plutôt l’artiste qui se tue avant que le régime ne le fasse. A une époque où la moindre dissonance provoque des menaces de déportations, je vous laisse imaginer l’effet dans les hautes sphères soviétiques de cette symphonie si outrageusement moderne, où tous les codes du réalisme socialiste sont versés au caniveau. Jouer cette symphonie au grand jour, c’était tout simplement du suicide. L'enterrement de l'oeuvre a donc retardé celui du créateur, avant qu'un autre grand malade de la musique soviétique ne saisisse sa bêche à deux mains et n'exhume la partition oubliée. Bravo, monsieur Kondrachine !


Fiche "Symphonie n°4" :
Opus : 43
Date de composition : 1935-1936
Date de création : 1961
Date d'enregistrement : 1966 par Kyrill Kondrachine et l'Orchestre philharmonique de Moscou.
Références du disque : Intégrale des symphonies par Kyrill Kondrachine, Disque 2, Symphonie n°4 & Octobre, Melodiya, 2006.

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- Dimitri Chostakovitch (compositeur)
- Kyrill Kondrachine (chef d'orchestre)
- Orchestre Philharmonique De Moscou


- Symphonie N°4
1. Allegretto Poco Moderato
2. Moderato Con Moto
3. Largo
- Octobre
4. Poème Symphonique



             



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