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HARD ROCK  |  STUDIO

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1972 Lonesome Crow
1974 Fly To The Rainbow
1975 In Trance
1976 Virgin Killer
1977 Taken By Force
1978 Tokyo Tapes
1979 Lovedrive
1980 Animal Magnetism
1982 Blackout
1984 Love At First Sting
1985 World Wide Live
1988 Savage Amusement
1990 Crazy World
1993 Face The Heat
1995 Live Bites
1996 Pure Instinct
1999 Eye To Eye
2000 Moment Of Glory
2001 Acoustica
  Acoustica
2004 Unbreakable
2007 Humanity - Hour 1
  Live At Wacken Open Air ...
2010 Sting In The Tail
2015 Return To Forever
2022 Rock Believer
 

- Style : Bon Jovi, Whitesnake, Dokken, Judas Priest, Deep Purple, Black Sabbath, Bonfire, Mad Max, Second Reign
- Membre : Rock Wolves, Harald Grosskopf , Phantom V, The Seeing Tree , Eloy, Wallenstein, Dreamtide, Ufo, Kingdom Come, Kottak, Uli Jon Roth , Michael Schenker
- Style + Membre : Herman Rarebell , Electric Sun, Msg
 

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SCORPIONS - Rock Believer (2022)
Par GEGERS le 12 Mars 2022          Consultée 2224 fois

Une fois les rideaux tirés, les tabliers rendus, les lumières rallumées, que va-t-il rester de nos vieux routards du hard-rock ? Vont-ils rejoindre la mémoire collective et recevoir les honneurs, comme LED ZEPPELIN ? Que va-t-il advenir du nom de SCORPIONS ? Il est à craindre que celui-ci perdure moins longtemps que celui des universels AC/DC par exemple. Néanmoins, nous pouvons nourrir le raisonnable espoir qu’en France, tout du moins, le groupe continuera d’exister dans les mémoires une fois sa révérence tirée. Peut-être éternellement comme les éternels interprètes de "Still Loving You", mais après tout, il y a succès plus honteux.
Cela dit, que conclure de l’immense succès scénique du groupe dans notre pays, lui qui a donné plus de concerts en France que dans n’importe quel autre pays ces dix dernières années, et qui s’est produit devant plus de spectateurs que GUNS N’ ROSES, METALLICA, DEEP PURPLE, ou n’importe quel autre gros vendeur affilié au genre ? S’agit-il d’un public constitué d’amateurs convaincus, de curieux, de nostalgiques, de jeunes pousses qui expérimentent ici leurs premiers émois musicaux ? Il y a un peu de tous ces gens dans les concerts de SCORPIONS. Et bien que les ventes d’albums ne veuillent aujourd’hui plus dire grand-chose, le succès commercial de ce nouvel et 19ème album Rock Believer dans les charts français, belges ou allemands témoigne tout de même d’un engouement certain pour la musique de ceux dont le premier opus fête cette année ses 50 ans. Cet engouement est-il justifié ?

Ce nouvel album met fin à sept années de silence en studio, si l’on excepte la compilation Born To Touch Your Feelings qui a la double particularité de solder les comptes entre le groupe et ses anciens producteurs Mikael Nord Andersson et Martin Hansen, ainsi que de voir Mikkey Dee, membre du groupe depuis 2016, collaborer pour la première fois avec les arachnides en studio. Si en juin 2020 les SCORPIONS proposent "Sign of Hope", petit titre bricolé à distance pour occuper le confinement, l’impatience commençait à grandir. Malgré une raréfaction des sorties studio chez l’ensemble des dinosaures de notre style de prédilection (seul DEEP PURPLE semble tenir la cadence), nos rockeurs germaniques n’avaient jamais laissé passer plus de cinq ans entre deux sorties.
Le groupe ne s’est pas pour autant mis en pré-retraite. C’est en effet au début de l’année 2019, alors que le groupe s’accorde une pause avant d’entamer une nouvelle partie de sa tournée Crazy World, que Klaus envoie des textes à Rudolf, alors en vacances en Thaïlande. Vous avez bien lu : cela s’est très rarement produit dans l’histoire du groupe, mais cette fois-ci ce sont les textes qui sont arrivés en premier.
Dès le début du morceau d’ouverture, Klaus s’adresse à Rudolf, comme un clin d’œil à ce processus inédit d’élaboration : Pour hammer riffs all over me / A little dirty, a little cheap / Move your fingers up and down the fret / The V is flyin' without a net. A l’espoir d’élaborer un album 'fait-maison' porteur de l’ADN SCORPIONS, dont les racines se trouvent, à en croire les affirmations du groupe, quelque part entre 1979 et 1985, se heurtent des difficultés inédites liées aux confinements successifs : impossible de travailler efficacement avec le producteur choisi, l’Américain Greg Fidelman (METALLICA, SLIPKNOT), ce dernier étant coincé aux Etats-Unis, les SCORPIONS en Allemagne. L’idée de Rudolf, de faire rencontrer les deux parties à mi-chemin, dans un studio islandais, n’aboutit pas lorsque Fidelman refuse de travailler sans son matériel personnel. Le groupe se voit donc contraint de mettre en œuvre un plan B, et promeut son ingénieur du son Hans-Martin Buff, collaborateur fidèle depuis 2010, au rang de producteur. Une aubaine autant qu’une pression !

Bon an mal an, le groupe passe une bonne partie de l’année 2020, et jusqu’au printemps 2021, à enregistrer ce nouvel opus, captant les morceaux en conditions live, au gré des allers et venues du batteur Mikkey Dee (basé en Suède) et du bassiste polonais Pawel Maciwoda. En résulte ce dix-neuvième album, à la pochette à la fois énigmatique et sensuelle, et auquel les photos signées Marc Théis (qui suit le groupe depuis le milieu des années 2000) apportent une classe crépusculaire.
Rock Believer, mis en boîte aux Peppermint Park Studios de Hanovre, où le groupe a ses habitudes et où il a enregistré l’album Unbreakable (2004), est la première sortie du groupe sur le label Vertigo, et marque la volonté des SCORPIONS de renouer avec une salutaire tambouille interne, après des années de collaboration créatrice. C’est bien simple, 7 des 11 pistes qui constituent la version standard de l’album sont signées Schenker/Meine, chose qui ne s’était plus produite depuis fort longtemps. Le dernier album à en compter autant ? Pure Instinct, en 1996. Au final, les 19 morceaux issus de la phase d’écriture seront tous rendus publics, entre la version deluxe (16 titres), la version japonaise (déjà disponible) et de nouvelles éditions françaises et britanniques prévues pour le mois de mai, qui comptent chacune un titre supplémentaire.

Rock Believer débute comme un appel. Celui de Klaus à son camarade Rudolf, à qui il demande de prouver qu’il reste encore 'un peu d’essence dans le réservoir'. Gorgé de références à l’âge d’or du groupe (black me in, black me out, deadly sting), ce morceau est une exaltation de l’alchimie qui règne depuis plus de 50 ans entre les deux artistes (à l’image du "Borderline" de l’album Unbreakable). Porté par un riff fédérateur et un refrain à l’efficacité redoutable, il évoque finalement plus la période Sting In the Tail (2010) que les années 80. Mais l’essentiel est ailleurs : les SCORPIONS nous servent sur un plateau ce hard-rock à la fois mélodique et énergique dont ils n’ont pas perdu la recette. Puisque la musique est un condensé d’émotions, le groupe tente de reproduire les émotions passées, celle d’une période considérée comme son âge d’or. L’objectif ne semble pas tant de les reproduire au niveau du son, les Allemands ayant fait le choix d’arrangements modernes, mais plutôt à celui des ambiances, des tempi et des mélodies, sans oublier celui des refrains, même si à ce niveau Matthias Jabs, loin d’être paresseux, peine à se faire aussi flamboyant que sur Blackout ou Love At First Sting. Nous retrouvons néanmoins ici la marque de fabrique du SCORPIONS des années 80, ces saillies guitaristiques qui apportent une couleur inédite à la musique du groupe.

Il faut bien reconnaître parfois que le groupe tire un peu à blanc. "Roots In My Boots", introduit par un cri de forcené signé Rudolf, reprend le riff de "Blackout" sur les parties post-solo, tandis que celui-ci est soutenu par des ambiances quasiment heavy metal. Néanmoins, refrains et couplets, assez pauvres sur le plan mélodique, ne parviennent pas à séduire sans réserve. Ce constat s’applique à plusieurs pistes de l’album : "Hot and Cold", seul titre composé par Matthias Jabs, n’a par exemple pour lui qu’un riff brutal, et son énergie appréciable ne fait pas oublier le manque d’impact d’un refrain assez bâclé. Il en va de même du sombre "Unleash the Beast" dont les paroles évoquent la pandémie récente (il s’agit du seul texte inspiré par ces événements). Malgré un break lourd, à la METALLICA, et un solo de qualité, le refrain manque en effet de substance mélodique et peine à marquer les esprits.

A côté de cela, SCORPIONS nous régale. Sans réellement faire du fan-service, le groupe sait néanmoins tirer sur la corde sensible et user de ses atouts pour proposer un hard-rock qui, sans sortir des sentiers battus, se fait la manifestation d’un âge d’or réminiscent : "Knock’em Dead", dont le riff évoque celui de "Don’t Believe Her" (Crazy World), est un témoignage des concerts du groupe donnés à New York au fil des ans. Se parlant à lui-même, Klaus l’affirme : The coolest garden is a square, évoquant le Madison Square Garden. Tout ici est fait pour donner à l’auditeur l’impression de rentrer à la maison après une longue absence. Ainsi, "Shining of Your Soul", un des deux morceaux nés des sessions de travail réalisées avec le producteur Greg Fidelman, propose en contrepartie d’un riff sombre et inédit des couplets aux intonations reggae rappelant "Is There Anybody There" (Lovedrive). Remontant plus loin encore, les chœurs en couches multiples et la progression de basse de sa dernière partie nous font remonter le temps jusqu’au milieu des années 70. Si le refrain manque un peu d’envergure, le solo est un des meilleurs de l’album : lumineux, clair, précis, avec un véritable motif mélodique. Du grand art.
Plus lourd et pesant, l’alambiqué "Seventh Sun" est introduit par une basse pachydermique qui se pose en référence directe à "China White" (Blackout), même si l’ambiance n’est pas aussi malsaine. Travail collaboratif (Klaus et Rudolf, Greg Fidelman, Hans-Martin Buff et le technicien guitare de Matthias, Ingo Powitzer, ont mis la main à la pâte), ce morceau est porté par un refrain dantesque qui lui confère une aura à la fois séduisante et intrigante.

S’ajoutent à cela les singles qui ont présenté le SCORPIONS cuvée 2022 au public. "Rock Believer" n’est pas sans évoquer les singles issus des récents albums du groupe ("The Good Die Young", "We Built This House"…). Constitué de riffs musculeux, entrecoupés de passages très mélodiques, ce morceau voit Mikkey Dee user sa cowbell et Klaus Meine intervenir à la composition. Un refrain remarquable pour un single-né. "Peacemaker", dont nous avons déjà parlé, est sans aucun doute la meilleure prestation vocale de Klaus sur cet album. Très énergique, le titre (composé largement par Pawel Maciwoda) évoque la paix, de manière plus amère et sombre que d’habitude. Le texte résonne particulièrement en cette période incertaine : Si nous ne changeons pas, nous allons nous écraser, chante en substance Klaus qui confie les rênes à la nouvelle génération, rappelant certaines désillusions passées : Le futur est désormais entre vos mains. Un excellent titre.

Mais l’édition standard de l’album ne s’arrête pas là. Il faut en effet ajouter quelques morceaux supplémentaires, et quels morceaux ! "When I Lay My Bones To Rest", titre rock’n’roll survitaminé, est un des plus rapides de l’album. Klaus, dont la voix est souvent doublée pour compenser le poids des ans, écrit ici à la gloire de Rudolf et du groupe, évoquant ses débuts et les virées épiques en Mercedes pour se rendre au concert.
Chargé en sensualité, "Call of the Wild" bénéficie, comme à la grande époque, de nombreuses interventions de Matthias Jabs. La fin du morceau voit ce dernier changer brutalement et astucieusement de rythme, tandis que des "woo woo" chantés en cœur semblent être un hommage appuyé au "Sympathy for the Devil" des ROLLING STONES. L’album s’achève sur l’unique ballade, "When You Know (Where You Come From)", qui grandit au fil des écoutes, portée par des mélodies splendides, et qui, sans être au niveau de pépites telles que "Maybe I Maybe You" ou "The Future Never Dies" (pour piocher dans le répertoire contemporain du groupe), s’impose comme une conclusion splendide. Le solo signé Rudolf Schenker ajoute une note de tendresse bienvenue.

L’album n’est toujours pas terminé. Il y en a un peu plus, je vous le laisse. Servez donc. Outre une version acoustique intéressante de la ballade précitée, l’édition deluxe de l’album présente quatre titres supplémentaires. A commencer par "Shoot For Your Heart", titre hard-rock énergique et percutant, qui aurait avantageusement remplacé "Hot and Cold" sur la version standard de l’album. Evoquant la vie en tournée, ce morceau se concentre sur les manières de vaincre l’adversité et de réussir sur la scène internationale, même lorsqu’on est un petit groupe de rock de l’Allemagne de l’Ouest. Lui succède "When Tomorrow Comes", sombre et agressif, sur lequel le son des guitares est étonnement peu épais. Les couplets sont construits autour d’une ligne de basse, et Klaus déclame plus qu’il ne chante des paroles particulièrement pessimistes et actuelles, traitant de l’effondrement de nos sociétés ("Who's to blame but us / When half the planet caught on fire / And one more spark seems enough / To burn it down"). Un texte particulièrement fort. Enfin, "Crossing Border", titre assez rock’n’roll dans l’esprit, avec ses 'claps' fédérateurs et un solo sympathique qui se prolonge sur la fin du morceau, peut évoquer "Catch Your Luck and Play" de l’album précédent. Un morceau anodin assez agréable.

Si Rock Believer est le dernier album des SCORPIONS, alors il n’y a aucun regret à nourrir. Revigoré par la présence de Mikkey Dee, recentré autour de son noyau dur, le groupe vient de proposer ce qui se rapproche le plus, en 2022, d’une version actualisée de son âge d’or.
Bien sûr, la légère paresse mélodique de certains refrains ainsi que des soli de Matthias Jabs ne parvient pas à être compensée par le nombre important de morceaux. De même, si l’âge d’or est évoqué, il n’est pas ici reproduit. Sur la durée, Rock Believer sera-t-il autant marquant que l’excellent Sting In The Tail ? C’est à voir, mais il y a ici tous les ingrédients qui donneront satisfaction aux nostalgiques des années 80, et qui démontrent que les SCORPIONS, livrés à eux-mêmes, confinés et solidaires, restent des compositeurs et des interprètes hors-pair.
Cet album aux allures de tour du propriétaire va autant chercher du côté des années 70 et 80 que des réalisations récentes du groupe. L’effort est à saluer, le résultat à savourer. Pour l’histoire, pour la victoire face à l’adversité, pour que SCORPIONS reste à jamais gravé dans les mémoires.

3,5 arrondi à 4 pour ceux à qui SCORPIONS a fait choisir Allemand LV2 au collège

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- Klaus Meine (chant)
- Rudolf Schenker (guitare)
- Matthias Jabs (guitare)
- Pawel Maciwoda (basse)
- Mikkey Dee (batterie)


1. Gas In The Tank
2. Roots In My Boots
3. Knock ‘em Dead
4. Rock Believer
5. Shining Of Your Soul
6. Seventh Sun
7. Hot And Cold
8. When I Lay My Bones To Rest
9. Peacemaker
10. Call Of The Wild
11. When You Know (where You Come From)
- Bonus édition Deluxe
12. Shoot For Your Heart
13. When Tomorrow Comes
14. Unleash The Beast
15. Crossing Borders
16. When You Know (where You Come From) (acoustic Vers
- Bonus édition Japonaise
17. Out Go The Lights
- Bonus édition Française
18. Language Of The Heart
- Bonus édition Britannique
19. Hammersmith



             



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