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KING CRIMSON - Discipline (1981)
Par ONCLE VIANDE le 15 Décembre 2006          Consultée 9938 fois

Il y a des retours que l’on attend et des retours que l’on n'attend plus. Il y a ceux que l’on espère et ceux que l’on craint. De mémoire d’Oncle Viande, les « come back » sont plus souvent synonymes de déception que de réjouissance. Dans la plupart des cas, les vieilles gloires reprennent leur passé qu’elles s’appliquent à dépoussiérer et à mettre au goût du jour par quelques artifices grossiers.
Le retour de King Crimson en 1981 restera l’un des plus déconcertants et l’un des plus controversés, sans doute parce qu’il sera placé sous le signe de la rupture. Du Crimson des années soixante dix, il ne subsiste plus rien, et ceux qui attendaient une quelconque continuité dans la musique du roi ne pourront qu’être déçus.

Ce retour « en première division », s’il s’opéra au grand jour par l’album « Discipline », fut en réalité le résultat d’une longue évolution : celle de son guitariste mentor. Si l’on se penche un tant soit peu sur le parcours de Robert Fripp entre 1976 et 1980, on comprend mieux la nature et les raisons de ce changement radical. Il « retournera à l’école » en intégrant la pensée de Gurdjieff, philosophie qui le transformera considérablement : l’homme en verra sa personnalité modifiée. Ouvert, affable, et sans attaches, il mettra ses compétences de producteur / musicien au service des plus installés (Bowie, Gabriel, Eno) comme des plus prometteurs (Daryl Hall, Blondie, Talking Heads). Le musicien en sortira lui aussi métamorphosé, de sa conception musicale à son jeu de guitare.

Outre ses collaborations fructueuses, qui le mettront en contact avec Tony Levin et Adrian Belew, et son premier album solo « Exposure » en 1979, album de synthèse s’il en est, et donc davantage tourné vers le passé que vers l’avenir, les signes annonciateurs du changement passeront par trois disques clés : « Under heavy manners / God save the Queen » (1980), « Let the power fall » (1981) et « The league of gentlemen » (1981). Chacun esquisse à sa manière les deux grandes facettes du future King Crimson : un emploi renouvelé de la guitare, basé sur les boucles et les entrelacs de motifs répétitifs, et un intérêt prononcé pour les musiques binaires et dansantes.

L’envie de rejouer dans un vrai groupe le tiraille, et Fripp cède finalement à la tentation en formant Discipline avec Adrian Belew, Tony Levin et Bill Bruford, lequel deviendra King Crimson pour des raisons toujours aussi obscures. Outre le fait d’américaniser une moitié de sa formation, Fripp accepte de partager le travail guitaristique avec Adrian Belew, ce qui constitue déjà en soi une petite révolution.

King Crimson est avant tout un laboratoire, et si l’on veut saisir sa démarche de 1969 à nos jours, c’est à l’aune de cette vocation qu’il faut l’analyser. Si le roi connut pas moins de six périodes, on peut néanmoins lui attribuer deux vies : les années soixante-dix et le reste. Le « premier » King Crimson fut un laboratoire en cela qu’il fusionna des courants musicaux antagonistes (rock, jazz, classique). Le « second » continue d’assurer sa vocation expérimentale en se tournant vers les nouvelles technologies et la recherche sonore : deux chemins pour un même but.
« Discipline » est le premier témoignage de cette « seconde vie » qui dure encore aujourd’hui, tant bien que mal. Le disque fait la nique aux longues plages tarabiscotées et se focalise sur des chansons courtes et ciselées. Ce format simple se montre le support idéal aux recherches sonores, les mettant d’autant mieux en valeur qu’il ne les parasite pas. Finies les improvisations, fini aussi l’emploi d’instruments acoustiques. Contracté autour du plus pur noyau métallique, le Crimson nouveau revêt des habits de cyborg et évolue dans des contrées froides et industrielles. Cette nouvelle ère est aussi marquée par de nouveaux instruments : stick, basse fretless et percussions électroniques (Bill Bruford mettant un point d’honneur à ne pas jouer une seule charleston).

A l’écoute de ce disque à forte personnalité, on ne peut néanmoins s’empêcher de percevoir en filigrane la présence des Talking Heads : le jeu de guitare déployé sur « I zimbra », l’influence des rythmes africains (« Thela hun ginjeet »), mais aussi la voix très (trop ?) byrnienne de Belew qui laissera perplexe bien des suiveurs du groupe New Yorkais.

De ces 37 minutes de tricotage métallurgique, on retiendra, outre une inspiration constante, « Matte Kudasaï », la plus belle ballade jamais écrite par le groupe, et à laquelle il apportera des suites aussi maladroites qu’inutiles (« Heartbeat », « Walking on air » et autres « Wild eyes open »), et « Thela hun ginjett » (anagramme de « Heat in the jungle ») qui reste peut-être son titre le plus emblématique : urbain et angoissé. Seul point faible, le bien nommé « Discipline » qui, s’il fut à l’origine de la démarche exposée ici, tourne en rond et relève davantage d’un exercice stérile pour apprenti guitariste.

Vous l’aurez compris, « Discipline » constitue la rupture la plus brutale dans toute la discographie de King Crimson, et si l’on attend de ce groupe qu’il se renouvelle systématiquement sans avoir recours aux éléments du passé, assurément, l’album magenta demeure, sinon le meilleur, en tout cas le dernier pleinement fidèle à cette exigence.

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   (3 chroniques)



- Robert Fripp (guitare et appareil)
- Bill Bruford (batterie)
- Adrian Belew (guitare, chant)
- Tony Levin (basse, voix)


1. Elephant Talk
2. Frame By Frame
3. Matte Kudasaï
4. Indiscipline
5. Thela Hun Ginjeet
6. The Sheltering Sky
7. Discipline



             



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