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TANGERINE DREAM - Heartbreakers (1984)
Par AIGLE BLANC le 7 Juillet 2018          Consultée 80 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Heartbreakers, film de Robert Jay Roth (alias Bobby Roth), sorti sur les écrans en 1984, est un drame psycho-sociologique se déroulant dans le milieu de l'Art que fréquente une faune d'artistes en mal de reconnaissance. A travers des trajectoires croisées qui voient s'entremêler peintre fauché (Peter Coyote), modèle jalouse (Carol Wayne), galeriste influente (Carole Laure), le film décrit une relation triangulaire, forcément malsaine et dépressive.
Le réalisateur, illustre inconnu en France, fait partie de ces cinéastes de l'ombre, pourtant richement diplômés, qui affichent à leur palmarès un nombre incalculable d'épisodes de séries TV ultra-célèbres parmi lesquelles Miami Vice (1984), Beverly Hills (1992), Dr Quinn (1995), Prison Break (2005), Lost (2007), The mentalist (2011) ou Grey's Anatomy (2013).
Pour le cinéma, il semble n'avoir réalisé que deux films, Independance day (1976) et Heartbreakers (1984), celui qui occupe cette chronique. Pour la télévision, il a dirigé plusieurs longs-métrages dont en 1987 un remake totalement oublié du film anglais The man who felt to earth de Nicholas Roeg qui avait révélé les talents d'acteur de David Bowie en 1976.

7ème bande sonore composée pour le cinéma par TANGERINE DREAM depuis 1977, Heartbreakers se situe à la période charnière où le groupe allemand emmené par Edgar Froese succombe à la frénésie d'une collaboration à corps perdu avec le cinéma américain, travail à la chaîne qui lui vaudra de lourdes pertes, dès la seconde moitié des années 80, parmi lesquelles le départ fracassant de son batteur-séquenceur Christopher Franke, dégoûté du rythme effréné qu'imposaient au groupe les producteurs américains, avec des délais de compositions indécents, au mépris de la musique qui a besoin d'une gestation suffisante pour se déployer harmonieusement. De telles conditions de travail ont eu forcément raison de la force créatrice de TANGERINE DREAM dont la musique s'est peu à peu, et irréversiblement, asséchée, perdant de ce fait toute sa charge onirique.
Heureusement, cette B.O a été composée en 1984, soit durant une période du groupe encore très intéressante. TANGERINE DREAM partage avec VANGELIS une qualité assez rare dans le domaine de la musique de films. La plupart de ses B.O se passent aisément de l'apport des images. Autrement dit, il n'est pas nécessaire de connaître les films sur lesquels le groupe a travaillé pour apprécier ses musiques.

Heartbreakers s'écoute donc quasiment comme un petit album studio de TANGERINE DREAM, ce que permet un programme musical de 11 pistes indépendantes, sans le moindre doublon ni thème récurrent d'aucune sorte, chaque titre obéissant à sa propre logique et y puisant sa cohérence interne. Bien entendu, tout fan des albums studio du groupe doit accepter la limitation des durées qui n'autorise plus les longues suites épiques de 20 minutes qui ont fait son succès dans les années 70 ni même les formats intermédiaires de 8 minutes dans lesquels pourtant le groupe excelle. Le découpage filmique prévu par le réalisateur force Edgar Froese, Christopher Franke et Johannes Schmoelling à resserrer leur propos et à concevoir chaque piste comme une miniature de composition pop-rock. Les climats, quoique présents encore, ne forment plus l'ossature des titres qui misent leur efficacité et leur pouvoir de séduction sur l'aspect mélodique et la production qui enrobe la musique d'une couche soyeuse.

Cette B.O, sans être transcendante, mérite que vous y jetiez une oreille. Vous y retrouverez le talent mélodique indéniable qui caractérise la période avec Johannes Schmoelling. Les pistes "Heartbreakers" et "Footbridge To Heaven" bénéficient toutes deux d'une mélodie séduisante, portée par un seul clavier impressionniste pour la première, deux claviers pour la seconde, auxquels se greffe à chaque fois une séquence lumineuse et scintillante comme Chris Franke en a le secret depuis le live Ricochet (1975). L'impression produite sur l'auditeur est celle d'une rêverie pop à la douceur irrésistible que caresse une boîte à rythme subtile. Cela n'a l'air de rien résumé ainsi (ô combien impuissants s'avèrent les mots pour traduire l'indicible propre à toute belle musique !), mais ce genre de composition transcende sa simplicité apparente par une finesse exquise dans les arrangements et l'exécution. Je ne connais aucun autre groupe réussissant aussi bien ce genre de composition électro-pop plongeant jusqu'à l'extase l'auditeur dans un bain de bien-être. Et c'est avec la neuvième piste, la justement nommée "Desire", que cette formule atteint sa plus grande réussite dans un parfait équilibre entre deux synthés aux textures contrastées, l'un métallique l'autre aérien et méditatif, emmenés par la grâce d'une séquence irrésistible, réminiscence du titre "White Eagle" dans l'album éponyme de 1982. Si "Desire" remporte haut-la-main la palme du titre court le plus agréable et le plus addictif de toute l'oeuvre de TANGERINE DREAM, c'est grâce à ses arrangements d'une finesse et d'une justesse adéquates.
Heartbreakers a le bon goût aussi de varier efficacement son propos en abordant des territoires jamais exploités ailleurs par le groupe. C'est ainsi que vous irez au-devant de surprises à l'écoute de "Pastime" et surtout de "Thorny Affair", deux titres qui se laissent gagner par une fièvre funky, entretenue dans le premier par les décharges électriques d'un synthé sur lequel se calque la guitare hendrixienne d'Edgar Froese, et dans laquelle plonge de manière plus radicale le second titre pulsé par une basse surpuissante (une première dans la carrière du groupe), sorte de fusion entre Michael Jackson et TANGERINE DREAM. Malheureusement, les crédits ne mentionnent pas qui se cache derrière cette basse étonnante. S'agirait-il d'Edgar Froese ?
D'autres titres évoquent plutôt les ambiances futuristes high tech d'Exit (1981), notamment "Twilight Painter" au rythme pulsé qu'alourdissent des synthés acérés. Il est dommage d'ailleurs qu'il ne soit pas développé et se contente de répéter en boucle le gimmick initial. Quant à "The Loser", sa guitare centrée rappelle celle de "Beach Theme" extrait de la B.O de Thief (1980). Le rock est illustré principalement par "Gemini" qui tire sa force des accords d'un synthé zébrant l'espace sonore tandis que s'y greffe un deuxième clavier sonnant comme une guitare heavy, le tout soutenu par un rythme métronomique. Là encore, le titre aurait gagné à insérer une vraie guitare heavy comme celle d'Edgar Froese dans "Cloudburst Flight" de l'album Force Majeure (1979).

Cette B.O agréable et attachante confirme le talent mélodique de TANGERINE DREAM couplé à la finesse de ses arrangements, et permet aussi de découvrir sa facette funky, plus étonnante car méconnue. Les compositions ne portent pas vraiment à conséquence. Aussi light qu'elles soient, elles se dégustent seulement comme un bon Cognac, les jambes allongées sur le canapé, à la lecture de votre magazine musical préféré, de préférence le soir, dans une ambiance tamisée. Je vous promets que dans de telles conditions Heartbreakers ne manquera pas de vous distiller de légers frissons.

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   AIGLE BLANC

 
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- Edgar Froese (claviers et guitare électrique)
- Christopher Franke (claviers et batterie électronique)
- Johannes Schmoelling (claviers)


1. Heartbreakers
2. Footbridge To Heaven
3. Twilight Painter
4. Gemini
5. Rain In N.y. City
6. Pastime
7. The Loser
8. Breathing The Night Away
9. Desire
10. Thorny Affair
11. Daybreak



             



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