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TANGERINE DREAM - Stratosfear (1976)
Par DARK PANDA le 17 Juillet 2010          Consultée 5233 fois

Plantons immédiatement le décor. Stratosfear est un album saisissant, au vrai sens du terme : il porte en lui, c'est-à-dire dans ses sonorités, une époque particulièrement riche - les années 70 - et un caractère qui en est inhérent - l'expérimentation. Par cet état de fait, l'opus, sorti en 1976, pourrait être devenu caduque compte tenu de son âge. Je vous rassure tout de suite, il n'en est rien. Oui, l'album "sent" à plein nez cette époque où naissent véritablement les synthétiseurs et où le psychédélisme, avec son cortège de drogues et d'onirisme, a envahi l'essentiel de la musique alternative. Mais il résiste au passage du temps, à l'image d'un PINK FLOYD, grâce à un talent unique qui lui permet de s'approprier un public aussi large qu'hétéroclite. La preuve en est son succès, Stratosfear étant à ce jour l'album le plus vendu de TANGERINE DREAM. A l'observation de cette remarque s'agite pourtant le spectre de l'aspect "commercial"... que je balaye d'un revers, reprenant mon exemple de PINK FLOYD : on peut réaliser de très bonnes ventes non pas parce que l'on met de l'eau dans sa musique, mais parce que l'on est irrésistible ! Et je pense personnellement que Stratosfear s'inscrit en droite ligne dans cette seconde catégorie. On retrouve à la barre de cette galette, et ce pour la dernière fois, la première équipe la plus marquante et influente du groupe - qui a connu de nombreux bouleversements de line-up jusqu'à aujourd'hui -, à savoir Edgar Froese, Christoph Franke et Peter Baumann. Le premier, fondateur et encore actuel leader du groupe, a "rythmé" l'album, tandis que le second, Christoph Franke, s'est penché sur sa partie mélodique. Le dernier, Peter Baumann a quant à lui parsemé le travail de ses deux acolytes de ses diverses idées et bruitages. Le tout, hanté et puissant de symbolisme, attire l'attention par ses longues pièces millimétrées et l'univers stellaire qui s'en dégage.

L'album en lui-même, composé de quatre titres, séduit au premier abord par un paradoxe, qui dégage deux de ses principales qualités : il est très court - à peine trente-cinq minutes - mais jouit d'une profondeur musicale immense, rendant éternelles ses possibilités d'écoute. En un minimum de temps, TANGERINE DREAM arrive donc à nous transporter au-delà des frontières terrestres, au sein d'un univers langoureux, sombre, souvent glacé et toujours pénétrant. Il faut dire que les quatre pièces de la galette se partagent de manière à peu près équitable la demi-heure d'écoute, ce qui leur laisse largement le temps de se déployer chacune dans leur thème respectif.

L'œuvre d'ouverture, éponyme, invite immédiatement au voyage : s'ouvrant sur un délicieux arpège de guitare électrique, elle bascule très vite - mais délicatement - sur un thème électronique au rythme répétitif. Celui-ci insuffle à la musique un caractère frénétique, cependant atténué durant les dix minutes du morceau par le lyrisme de mélancoliques notes synthétiques. Un véritable rêve où d'improbables astres semblent entrer en collision dans une douceur extatique. Le second morceau, « The Big Sleep in Search of Adhes », est le plus court de l'album avec ses quatre minutes standard. Ce qui ne l'empêche pas de transporter l'auditeur, qui pourra apprécier la virtuosité et la pertinence des instruments utilisés : un clavecin vaporeux et inspiré, une basse appuyée teintée d'obscurité, ainsi que les traditionnelles nappes de synthétiseurs, perforées au milieu du morceau par une ligne de clavier dissonante et un éphémère cortège de voix fantomatiques, elles aussi exécutées au piano électronique. L'atmosphère y est plus nuageuse que sur « Stratosfear », renvoyant à un imaginaire aérien cotonneux et bleuté.

"3 am At the Border of the Marsh From Okefenokee", troisième œuvre de Stratosfear, constitue peut-être la pièce la plus intrigante de l'album. Angoissante et névrosée, elle s'inspire d'un paysage de forêt et de tourbe visibles au sein des marais d'Okefenokee, vastes de 1600 kilomètres carrés et s'étendant sur les deux États nord-américains de Géorgie et de Floride. On peut imaginer à quel point cet espace, peuplé de marécages d'eau noire et d'arbres spectraux, a pu animer les trois allemands à l'heure tardive où ils l'ont visiblement arpenté. Dans ce morceau ambiant par définition, les instruments semblent vouloir recréer les sons nocturnes que l'on peut y entendre : en introduction, un clapotis de synthé métronimique pour l'eau vaseuse qui s'égoutte silencieusement, rattrapé par un air fuyant d'harmonica pour les cris des rares habitants du lieu. Le décor ainsi planté, aussi fourmillant que funeste, bascule soudain vers le churrigueresque au travers d'une nappe de brouillard paroxysmique, un brasier de synthétiseur qui pourrait rappeler un lever de soleil mais qui, à trois heures du matin, s'apparenterait plus à la découverte fantasmagorique d'une étendue marécageuse particulièrement obscure et désenchantée. Les notes qui se dégagent de cette vague assourdissante constituent sûrement l'un des thèmes les plus perforants de l'album, voir de toute l'œuvre de TANGERINE DREAM : mélange d'effroi et de tristesse, elles se diffusent aussi nettement que lourdement dans l'atmosphère oppressante du morceau et possèdent cette rare capacité de projeter à l'inconscient de véritables images, à la fois fortes et sensibles. Quatrième et dernier morceau de Stratosfear, "Invisible Limits" a l'avantage d'ouvrir l'album et non de le refermer, ce que sous-entend d'ailleurs son titre : plusieurs instruments font leur (ré)apparition, comme la guitare électrique, la batterie et le piano traditionnel, montrant à l'auditeur la diversité de registres de TANGERINE DREAM et, par là, l'inachèvement de sa quête musicale. Tout est dit par cette pléthore d'instruments, desquels TANGERINE DREAM sort les tripes avec fureur ou volupté durant tout le morceau.

Stratosfear apparait ainsi comme l'un des albums les plus aboutis du trio allemand, du moins jusqu'à Cyclone et l'apparition éphémère du chant - salvateur et d'une rare justesse, contrairement à ce que beaucoup pensent - dans leur musique. De la première à la dernière note, TANGERINE DREAM est comme d'habitude hanté par le désir précieux et précis de faire voyager son auditeur, au-delà du ciel et de la terre, dans un magma de sonorités toutes plus fines et gracieuses les unes que les autres. Leur musique se vit comme une odyssée, un voyage long et déstructurant aux confins de la musique électronique et alternative. On vibre au moindre bruissement des instruments (cette note de guitare électrique divinement saturée à 7m44s, sur "Stratosfear") on s'émerveille des ambiances souvent épiques tissées grâce aux synthétiseurs (le thème transpirant de solennité au milieu de "3 am At the Border of the Marsh From Okefenokee") et on frémit de curiosité à chaque changement de rythme (les trois constructions musicales distinctes mais parfaitement orchestrées d'"Invisible Limits"). Nul doute, la beauté triste a depuis 1976 un nom et un symbole : Stratosfear de TANGERINE DREAM.

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   DARK PANDA

 
   AIGLE BLANC

 
   (2 chroniques)



- Christopher Franke (percussions, orgue, clavecin,)
- Peter Baumann (piano électrique, moog, mellot)
- Edgar Froese (grand piano, guitares, basse,)


1. Stratosfear
2. The Big Sleep In Search Of Hades
3. 3 A.m. At The Border Of The Marsh From O
4. Invisible Limits



             



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