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MUSIQUE ELECTRONIQUE  |  STUDIO

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TANGERINE DREAM - Zeit (1972)
Par TARTE le 1er Juillet 2011          Consultée 3406 fois

Dans la grande pièce d’un blanc chirurgical se tient une étrange structure de métal, des parois se développant dans tout l’espace, s’enroulant, se tortillant, se nouant ça et là pour créer des interstices, de maigres incisions qui semblent traverser l’objet de part en part, irrémédiablement invitantes. Poussé par la curiosité, vous vous engagez dans la crevasse, juste pour voir ce qu’il s’y passe. Autour de vous les imposantes cloisons se mettent alors à bouger, se refermant sur vous pour à nouveau s’élargir au fur et à mesure de votre avancée. Evoluant dans cet environnement instable, mouvant et de plus en plus hostile, vous espérez trouver la sortie dans quelques mètres, juste là, après ce tournant… Mais non, le dédale se poursuit, toujours sous la pression des murs organiques. Dans les entrailles de la bête, vous n’avez plus aucuns points de repère, vous ne savez même plus depuis combien de temps vous arpentez ces méandres sans fin… Le corridor devient de plus en plus étroit, votre respiration s’accélère, vous hâtez le pas car cette désagréable impression d’être digéré vivant par le monstre gargantuesque devient bien trop oppressante. Mais après avoir été contraint de vous faufiler à maintes reprises dans les faibles meurtrières que vous accordait le colosse, vous voilà arrivé au bout, soulagé mais surtout impressionné par votre expérience. Vous êtes au Musée Guggenheim de Bilbao en Espagne, et vous venez de visiter « The Matter of Time » (la matière du temps) de Richard Serra.

« The Matter of Time » est tout simplement la transposition spatiale de Zeit, inqualifiable album de la période des Pink Years de TANGERINE DREAM. Un Line-up fluctuant, l’émergence de nouvelles technologies de modulation du son et une imagination ne possédant aucunes limites, telles étaient les circonstances qui firent de l’année 1972 le berceau d’un titan ; « Zeit », « le temps ». Quatre pistes de chacune 20 minutes constituants un équilibre soigneux entre démesure et inconcevable. La durée est une chose, le contenu en est une autre, ces 74 minutes sont fondamentalement nécessaires. Peut-être pour impressionner l’auditeur mais surtout pour laisser à la musique suffisamment d’espace pour qu’elle s’y développe, qu’elle y déploie au maximum ses capacités à vous saisir et à vous propulser dans l’au-delà. Jouer avec le temps, c’est jouer avec la perception sensorielle, vous êtes à la merci des moindres indices que vous accorde le groupe. Ce dernier s’est d’ailleurs approprié avec Zeit bien plus qu’un album: un concept audacieusement nommé « kosmische musik » (musique cosmique), on dépasse ici toutes les notions de base liées à la compréhension musicale, on ne l’entend pas, on ne l’écoute plus, on la perçoit. L’étrange pochette interpelle déjà, est-ce une éclipse ? Un trou noir ? Big Bang ou autres Supernovas ? De toute évidence on a affaire à une force qui nous dépasse, peut-être un témoin des pulsations vertigineuses qui forgent notre univers par des évènements interminables, irréversibles et terrifiants de grandeur. Tels les quatre mouvements composant l’album.

Vous êtes restés sur le terme « Inqualifiable » du paragraphe précédent, n’est-ce pas ? Oui, l’album du temps peut-être classé dans la musique « d’ambiance », mais honnêtement, pourriez vous écouter Zeit tout en vous abonnant à une tâche quelconque ? (J’admets que non) C’est une musique qui impose sévèrement une écoute attentive, elle vous happe d’une poigne de fer pour détourner votre attention d’absolument tout ce qui vous entoure, et de tout ce à quoi vous pensez. « Regardes moi droit dans les yeux » semble murmurer le funeste quatuor de violoncelles avant de vous emmener dans son univers mégalithique en apparence immobile et dans lequel les plus infimes évènements semblent durer une éternité.

Alors que représente Zeit ? Un clignement de paupière ? L’imperceptible métamorphose de l’Univers ? Ou sommes-nous en dehors du temps ? Voilà ce à quoi vous serez difficilement amené à penser après son écoute, tant il aspire à s’éloigner du commun. Il est structuré de telle sorte que l’on ne perçoive pas sa progression, à l’image de Richard Serra, TANGERINE DREAM supprime toute accroche, tout témoins susceptibles de marquer un point de repère (tiens, là je sais que je suis à ¾ de la piste N°3 !) Non, Zeit est la paroi lisse faisant le cauchemar de l’alpiniste, aucune prise. Et qui dit absence de prise dit chute, dérive, flottement, bref… vous êtes perdu au milieu de nulle part, et rien ni personne ne viendra jamais vous sauver avant que la plage sonore ne sombre dans un silence abyssal. Ces longueurs sont néanmoins très loin d’éveiller l’ennui. L’œuvre est rendue imperceptible par ses dimensions hors de toutes proportions, vous ne pourrez pas la cerner. Ce qui vous force donc, à chaque écoute, à vous concentrer sur l’instant, l’immédiat, secondes après secondes… Puis les secondes s’accumulent, vous commencez à oublier vos origines, derrière vous ne subsiste plus qu’un chao immatériel et trouble, en face de vous, rien, un vide aussi incertain qu’inquiétant.

Zeit est très souvent qualifié comme un album très sombre, dénué de toutes lueurs, mais il est difficile de dire s’il est dominé par les ténèbres ou si au contraire il baigne dans une lumière aveuglante. Sans le temps, la lumière et l'obscurité n’existent plus. Tout n’est qu’une question de connotation : « grandes nappes interminables absoutes de toute mélodie = sentiment de désespoir = éteignons toutes les lumières, et déprimons ensemble » nous impose notre culture occidentale. Je ne suis pas en train de dire que Zeit est un album joyeux qui respire la vie, mais il a comme une personnalité qui peut-être abordée de différentes manières, il est vaporeux, insaisissable. Si enfin vous lisez quelque part que l’album est déprimant, sinistre oppressant, alors à son écoute vous appliquerez ces impressions et le vivrez comme tel.

Annihilez tous préjugés, débarrassez vous de tout sentiments pollueurs et écoutez Zeit avec l’attention et l’état d’esprit qu’il mérite. Cet album colossal n’a pas de significations précises (pas à ma connaissance en tout cas), c’est à vous d’essayer de planter vos repères sur ses nappes désolées, ou au contraire d’apprécier toute ses dimensions en vous y égarant. Présenté sur deux vinyles remplis à raz bord, il est d’une richesse sonore infinie malgré sa très faible accessibilité, mais toutes les questions et sensations qu’il peut engendrer en vous auront bien plus de valeur, c’est ce qui fait sa réputation, c'est ce qui le rend intemporel.

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- Edgar Froese (guitare gliss, générateur de sons)
- Chris Franke (synthétiseur, cymbales, claviers)
- Peter Baumann (synthétiseur, orgue, vibraphone)
- Steve Schroyder (orgue)
- Florian Fricke (synthétiseur moog)
- Jochen Von Grumbcow (violoncelle)
- Hans Joachim Brune (violoncelle)
- Johannes Lucke (violoncelle)
- Christian Vallbracht (violoncelle)


1. Birth Of Liquid Plejades
2. Nebulous Dawn
3. Origin Of Supernatural Probalities
4. Zeit



             



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