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TANGERINE DREAM - Phaedra (1974)
Par ARP2600 le 20 Août 2011          Consultée 3822 fois

Quel est le disque le plus novateur de l'histoire de la musique électronique ? Ah, j'entends que Saskatchewan me dit Autobahn. Je lui rétorque bien entendu « Mais non, voyons, c'est Phaedra ! ». Les deux datent de 1974, cette année fabuleuse, et sont certes tous deux des albums-clé. Ma préférence allant toujours vers TANGERINE DREAM, je place Phaedra un cran plus loin en matière d'audace. La rupture est brutale avec tout ce qu'avait fait le groupe auparavant, et n'importe quel autre groupe d'ailleurs, les premiers albums de Neu! étant les seuls annonciateurs tout en restant plus rock.

La cause de cette rupture est l'apparition dans le milieu du krautrock de ce dispositif électronique simple et puissant : le séquenceur. Un système de séquençage analogique consiste en une série de potentiomètres permettant de régler des hauteurs de son et un générateur de pulsations déclenchant l'émission des sons. Ainsi, on peut jouer la même série de sons à l'infini et de façon parfaitement régulière. Les séquenceurs ont été utilisés abondamment dans les années 80 et 90, aussi bien dans la new wave que dans la techno ou le hip hop. Les premiers ont été inventés par Moog et ARP au début des années 70 ; le temps que la chose fasse son chemin et on arrive en 1974. Autobahn de Kraftwerk, Phaedra, ainsi que Zuckerzeit de Cluster, sont tous parus cette année-là et montrent trois facettes du séquençage. Klaus Schulze s'est vite ajouté à cette tendance, c'est assez général dans le krautrock. Précisons que ces quelques disques sont tous très éloignés des caractéristiques habituelles du rock : on n'y trouve ni guitare (ou alors une basse peu identifiable) ni batterie acoustique, en plus du caractère répétitif. Cette tendance ne sera pas irréversible, sauf en ce qui concerne Kraftwerk.

Et je place en fait la naissance de la musique électronique comme on la comprend de nos jours à ce moment-là, car c'est grâce à l'utilisation des séquenceurs qu'est née cette rythmique régulière pour ne pas dire mécanique et donc ces ambiances artificielles. Mais parlons un peu plus en détail de ce disque en particulier. La grosse pièce est le morceau-titre, qui couvre toute la première face. Les dix premières minutes sont une vraie démonstration du séquençage. C'est très brut et très répétitif, avec des mélodies simples et une grande tension rythmique. Les dernières minutes du morceau montrent le lyrisme naissant du groupe, avec une mélodie lente et mystérieuse composée de puissantes nappes de mellotron. La deuxième partie est encore plus étrange. « Mysterious semblance at the strand of nightmares » est une longue mélopée avec des bruitages, du mellotron et du synthé. Le problème, c'est qu'adopter une approche plus mélodique montre de façon claire l'instabilité du matériel. Je n'aime pas dire ça, mais c'est plutôt... daté. « Movements of a visionary » est un deuxième exercice de séquençage sauvage, plus irrégulier celui-ci. L'album se conclut sur le petit « Sequent C », une jolie mélodie de flûte.

Bon, maintenant, je me dois d'exprimer mes réserves au sujet de Phaedra. Tout d'abord, si on fait le bilan de ce que j'ai dit, il est à moitié séquencé, l'autre moitié étant mélodique. Dans les deux cas, on a une grosse rupture avec les quatre premiers albums, surtout les deux grandes œuvres abstraites Zeit et Atem. Il n'en reste pas moins que Phaedra a un aspect hybride et peu achevé. Ce qu'on appelle un album de transition quoi. Et je ne suis pas du genre à encenser outre mesure les albums de transition. Ce sont souvent les plus importants pour l'évolution des styles musicaux mais rarement les plus satisfaisants d'un point de vue esthétique. Peu achevé le Phaedra, j'en suis vraiment convaincu, la maîtrise des instruments électroniques n'est pas parfaite comme elle le sera dans Rubycon et le live Ricochet, en particulier le séquençage qui nécessitait plus de raffinement et de discernement.

Parlons un peu de l'histoire du groupe à l'époque de Phaedra. La reconnaissance de la qualité d'Atem par John Peel, de la BBC, avait permis à Tangerine Dream de décrocher un contrat avec Virgin en 1973. Ils préparaient alors un album nommé Green Desert, qu'ils ont abandonné pour faire quelque chose de plus ambitieux avec le budget plus élevé dont ils ont disposé. Notons qu'une version remixée de ce disque a été publiée en 1986. En 74, Edgar Froese a alors composé une démo, avec l'aide de Chris Franke, qui a été publiée comme album solo sous le titre Aqua. On voit donc que c'est loin d'être le vide entre Atem et Phaedra, ce qui peut expliquer la sensation de rupture. L'écoute de Green Desert et Aqua est très instructive sur la transition, bien qu'ils ne soient pas fameux. Signalons encore l'obscur Oedipus Tyrannus, un projet de double album en rapport avec la pièce de Sophocle, développé après Phaedra dans un style peu séquencé, mais abandonné également.

Au final, j'hésite sur la note à donner à Phaedra. Pour le fan de TANGERINE DREAM que je suis, même un disque au son si ingrat est agréable, et l'importance historique est là. Je tiens tout de même à rappeler une fois encore que c'est loin d'être leur meilleur travail. Il s'agit de toute manière d'une musique d'abord difficile, à mon sens plus dure à encaisser qu'Atem et Rubycon, pourtant plus abstraits.

Note réelle : 3,5/5

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   (2 chroniques)



- Edgar Froese (mellotron, basse, orgue, synthé vcs3)
- Peter Baumann (piano électrique, orgue, flûte, synthé vcs3)
- Christopher Franke (claviers, synthétiseur moog, synthé vcs3 sa)


1. Phaedra
2. Mysterious Semblance At The Strand Of Nightmares
3. Movements Of A Visionary
4. Sequent C’



             



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