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TANGERINE DREAM - Miracle Mile (1989)
Par AIGLE BLANC le 21 Novembre 2018          Consultée 333 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Son titre, le film de Steve De Jarnatt le doit au nom d'un quartier de Los Angeles où se déroule toute l'action. Les événements rapportés le sont quasiment en temps réel, la durée de l'histoire (de trois heures du matin à l'aube) correspondant à peu près à la durée du film (1h10) à partir de l'instant où le personnage principal, Henry Washello, intercepte involontairement dans une cabine téléphonique le coup de fil d'un militaire croyant avertir son père de l'imminence d'une explosion nucléaire déclenchée suite à une hostilité déclarée avec la Russie. La force du scénario de Steve De Jarnatt, c'est de coller au plus près de son personnage, jeune homme rêveur venant de rater son rendez-vous galant à cause d'une panne électrique et n'ayant de cesse suite à ce coup de fil alarmiste de rechercher la belle inconnue rencontrée quelques heures auparavant au cours d'une visite du musée Page, dans l'espoir de monter avec elle dans l'hélicoptère qui doit se poser au sommet d'un building d'affaires où ne peut entrer qu'un nombre restreint d'individus. Ne sachant où elle habite, Henry passe le film à courir dans tous les sens, à se démener pour sauver sa peau et celle de sa copine, tandis que la panique enfle à Los Angeles et que la population s'affole autour de lui.

L'histoire récente autour de ce long-métrage "oublié" et à l'échec commercial patenté justifie doublement son titre : en effet, depuis 2012, Miracle Mile a eu les honneurs d'une résurrection "miraculeuse" (jeu de mot intentionnel, bien évidemment !) suite au livre que lui a consacré le critique enthousiaste Walter Chaw. Dans la foulée, le film est redécouvert par les critiques qui y voient un chef-d'oeuvre "oublié", éloge dont ne se prive pas non plus Joe Dante, le père des Gremlins. En 2015, aux USA, il bénéficie d'une réédition blu-ray chez l'éditeur Kino Lorber, tandis qu'en France le magazine Mad Movies l'ayant classé en 1996 parmi les 100 meilleurs films fantastiques contribue à sa revalorisation au point que l'excellent éditeur Blaq Out vient de lancer sur le marché, en 2017, un combo dvd-blu-ray très respectueux de l'oeuvre et agrémenté d'une foule de bonus passionnants. De plus, à Paris, une copie restaurée du film a eu les honneurs d'un nouveau passage sur les écrans.

Steve De Jarnatt, dont c'était le second et dernier film pour le cinéma de sa carrière, est éberlué par le retour en grâce de Miracle Mile qu'il avait pourtant chéri pendant plus de six ans, depuis l'écriture de son scénario en 1983, que lui avait acheté la Warner Bros, jusqu'à 1987 l'année de sa réalisation, après qu'il a croupi dans les tiroirs hollywoodiens du cimetière des scripts non réalisés, comme cela arrive à bien des scénari dont les studios ne savent pas quoi faire. Ce qui les gênait, c'était ce mélange contre-nature de film catastrophe-apocalyptique et de romance sentimentale, le fait aussi que la Warner refusait d'en confier la réalisation à Steve De Jarnatt sous prétexte qu'il était à l'époque un inconnu. Le scénariste avait même dû racheter à Warner les droits de son oeuvre afin d'en réécrire le scénario et d'en assurer la paternité.

La lumière jetée aujourd'hui sur le film, sa réhabilitation en somme, bénéficie logiquement à la partition musicale qu'avait concoctée en 1989 le groupe TANGERINE DREAM. Après des années d'oubli, voici donc que débarque en 2018 une réédition européenne de la B.O. aux formats cd et vinyl, occasion d'une réévaluation.
D'emblée, les fans du groupe allemand ne sont pas sans ignorer que Miracle Mile se situe juste après les B.O. de Near Dark (1987) et Destination Berlin (1989), soit la pire période du trio Froese-Franke-Haslinger, devenu un duo suite au départ fracassant de Christopher Franke qui en avait ras-le-bol des musiques de films destinées au marché américain et préférait se lancer dans une carrière solo. Il ne faut pas attendre de "miracle" de l'association Froese-Haslinger responsable des albums studio pour le moins controversés Optical Race (1988) et Lily On the Beach (1989), considérés par beaucoup comme de véritables purges, alors qu'aux USA ils sont parfaitement calibrés au marché américain. Peut-on reprocher à Edgar Froese d'avoir voulu privilégier ce marché plutôt que l'européen ? Non, c'était tout à fait son droit en tant que fondateur de TANGERINE DREAM de viser le succès de son groupe qui, ne l'oublions pas, existait alors depuis 1967 et dont la période de gloire était plus ou moins déjà derrière lui.
Reconnaissons à Miracle Mile son indéniable efficacité dans son interaction avec les images du long-métrage de Steve De Jarnatt. La musique du groupe, au pouvoir onirique exceptionnel, a toujours fait bon ménage avec les films qu'elle illustre depuis le séminal Sorcerer de William Friedkin. A son crédit, le cinéaste Mark Lester a éprouvé la véracité de cette réalité lorsqu'il a fait appel à TANGERINE DREAM pour la musique de son adaptation du Firestarter de Stephen King en 1984. Dans un geste d'une rare désinvolture, le groupe lui avait envoyé, sans avoir visionné un seul plan du film, un échantillon de musique sans doute déjà existante et qu'il avait l'autorisation de mixer à sa guise sans avoir besoin d'entrer en contact avec ses créateurs. Or, à sa grande surprise, la musique qu'il avait reçue s'adaptait parfaitement aux images et au climat général du film.
Steve De Jarnatt quant à lui a passé une semaine à Berlin en compagnie d'Edgar Froese et Paul Haslinger afin de leur donner ses directives et s'assurer ainsi que le groupe comprenait bien le type de musique qu'il souhaitait intégrer à son oeuvre.

Le film s'apparentant au After Hours de Martin Scorcese, et anticipant le concept de la série 24h chrono, s'appuie sur un compte-à-rebours de 1h10 générateur de stress et de suspens. Le groupe pour traduire la tension inhérente à cette ambiance pré-apocalyptique propose logiquement des titres à dominante pulsée par l'emploi de séquences syncopées d'une efficacité certaine. Le traitement du suspens et l'impression de course éperdue en pure perte (le héros tournant en rond malgré son désir d'agir vite et à bon escient) autorisent le duo Froese-Haslinger à livrer quelques compositions minimalistes qui les dispensent d'une réelle structure mélodique et leur permettent de tout axer sur une base rythmique séquentielle impressionnante. Il en va ainsi du titre d'ouverture, le très réussi "Teetering Scales" dont l'ossature rythmique est si efficace qu'elle rendrait presque superflues les harmonies du clavier qui, en contre-point, voudraient souligner la gravité du climat. "One For the Books", similaire dans sa structure rythmique, intègre des samples datant de la B.O de Sorcerer, qui rappellent l'époque dorée du groupe. Encore plus fort, "After the Call" déploie une séquence pulsée que décuple une batterie électronique tandis que les nappes générées par les claviers créent une sensation d'immobilisme en adéquation avec le sentiment d'urgence des personnages qui veulent au plus vite sauver leur peau avant l'explosion atomique. "People In the News" pousse la recette à son pic d'efficacité, ajoutant une ligne de guitare saturée bienvenue. "All of a Dither" varie les timbres en appuyant sa rythmique sur des sons de basse slapée qui rappellent certain titre de la B.O de The Heartbreakers (1984), un style peu habituel chez TANGERINE DREAM mais qu'il réussit paradoxalement fort bien. Par ailleurs, "Running Out of Time" contient des réminiscences de Risky Business, avec sa séquence légère en suspension qui crée une impression de ralenti fort réussie.
C'est avec ce genre de titres que la filiation avec John CARPENTER s'avère la plus évidente. Les adeptes des rythmes séquencés du maître de l'épouvante devraient goûter les passages les plus syncopés de Miracle Mile et découvrir toute la dette de CARPENTER envers TANGERINE DREAM dont il n'a pour autant jamais caché l'influence. Si les séquences les plus endiablées de cette B.O. en rendent l'écoute fort appréciable, en revanche on ne peut que regretter qu'elles ne soient pas l'oeuvre du batteur Christopher Franke, le préposé aux séquences au sein du groupe, qui a plié ses bagages pour partir vers de nouveaux horizons après 16 ans de loyaux services. Edgar Froese fait ce qu'il peut pour maximiser l'impact pulsionnel des rythmes, et il y réussit avec efficacité, mais il lui manque cette pincée de talent supplémentaire que détenait Chris Franke et qui imprimait à la musique du groupe une assise rythmique immédiatement identifiable, et que personne n'a su reproduire ni égaler.
Cette B.O. affiche un double visage : le suspens du compte-à-rebours rendu par des titres ultra-pulsés et une ambiance de fin du monde hyper dépressive, voire tragique, qui traduit le gâchis humain de la perte des idéaux tout en valorisant les derniers sursauts d'humanité à travers des actes de solidarité désespérés. Une seconde série de titres se rangent donc dans cette humeur défaitiste à la tristesse insondable. C'est le cas de "On the Spur of the Moment", de "If It's All Over" qui se caractérisent par l'absence totale de rythme marqué, privilégiant des nappes synthétiques assez banales, proches parfois d'un son choral. Si cela passe bien dans le film, ce n'est pas ce qui rend le plus justice au génie du groupe, devenu depuis l'ombre de lui-même.

Miracle Mile s'écoute assez agréablement, mais ne rappelle en aucun moment la gloire passée de TANGERINE DREAM. Les fans ne sont pas obligés de se la procurer, mais s'ils en font l'acquisition, ils ne seront pas non plus complètement déçus. Honorable, sans plus.

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   AIGLE BLANC

 
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- Edgar Froese (claviers)
- Paul Haslinger (claviers)


1. Teetering Scales
2. One For The Books
3. After The Call
4. On The Spur Of The Moment
5. All Of A Dither
6. Final Satement
7. In Julie's Eyes
8. Running Out Of Time
9. If It's All Over
10. People In The News
11. Museum Walk



             



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