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 Tangerine Dream Official Website (1250)

TANGERINE DREAM - Live In Reims Cathedral (1974)
Par AIGLE BLANC le 23 Mars 2023          Consultée 571 fois

Pour tout fan qui se respecte, assister aux concerts de son artiste ou groupe préféré constitue une expérience et un plaisir sans équivalents.
Du haut de ses 53 ans de carrière, auxquels le décès de son leader Edgar Froese en 2015 n’a pas réussi à mettre un terme, TANGERINE DREAM compte parmi les groupes les plus durablement adulés par ses fans, parmi lesquels le célèbre D.J anglais John Peel qui, le premier en Europe, dès 1973 (année de la sortie d'Atem), avait saisi l'importance artistique de la formation berlinoise.
Le trio n’a eu de cesse de sillonner l’Europe et les U.S.A (son champ d’élection), se produisant dans une pléthore de concerts ayant attiré des millions de spectateurs dans le monde.
Fort logiquement, deux bonnes poignées d’albums Live officiels émaillent sa discographie. Les années 70 ont vu ainsi émerger Ricochet (1975), compilation de deux concerts donnés en France et Grande Bretagne, et le double Live Encore (1977), issu de la tournée en Amérique du Nord. Les années 80 nous ont livré quant à elles pas moins de 4 Live : Pergamon (1980, extraits d’une série de concerts à Berlin), Logos (1982, captation d’un concert londonien), Poland (1984, un concert à Warsaw) et Livemiles (1986-87, deux dates à Albuquerque et Berlin Ouest). Les décennies suivantes ont proposé elles aussi régulièrement des albums Live officiels, quoique ces concerts plus récents soient moins prisés que ceux de la période dorée du groupe (1975-1984).
Si, dans la sphère pop-rock, les groupes 'mythiques' ont toujours su galvaniser les foules en mettant en avant l'énergie et le charisme d'au moins l'un de leurs membres (Mick Jagger, Angus Young, Roger Daltrey, Bono, Klaus Meine etc.), ce n’est pas le cas de TANGERINE DREAM qui, paradoxalement, livre des concerts à forte tendance austère, les gros instruments électroniques de cette époque contraignant ses membres à assurer une prestation ‘rigide’, tous les trois assis devant un mur de claviers et de curseurs ou boutons qui les cache les uns des autres. Rendez-vous compte : un concert de rock dont les musiciens restent assis sans échanger un seul mot avec le public, lui-même confortablement installé sur son siège ! N’étaient la déflagration sonore à laquelle sont soumises les oreilles, les rythmes parfois frénétiques des séquenceurs de Christopher Franke, les rares soli d’Edgar Froese à la guitare électrique et les projections d’images psychédéliques derrière le groupe, à la manière des premiers concerts de PINK FLOYD, rien ne distinguerait un concert de TANGERINE DREAM d’un concert de musique classique.
Ce qui a toujours entraîné le fan lambda aux concerts du groupe berlinois, c’est l'assurance d'y entendre un programme musical à 100% inédit, constitué d’amples improvisations rendues nécessaires par l’usage complexe des machines électroniques de l’époque. Il était en effet quasiment impossible de programmer sur scène les ambiances irréelles et sophistiquées des albums studio. De fait, si un fan se rendait à tous les concerts d’une tournée de TANGERINE DREAM, il n’entendait chaque soir jamais la même musique. A ce régime-ci, comment s’étonner que les concerts du groupe aient été si souvent piratés ?

On sait que le piratage est une pratique illégale que condamnent d'ordinaire de nombreux artistes. Or, Edgar Froese, contre toute attente, a accordé l'autorisation à ses fans complétistes de diffuser et de partager sur internet les enregistrements-pirate des concerts de son groupe, à la seule condition que ce ne soit pas dans un but mercantile, mais pour en faire profiter gracieusement les fans du monde entier, jamais rassasiés lorsqu’il s’agit de découvrir un vieux concert 'inédit' de TANGERINE DREAM.
C’est ainsi qu’ont pu voir le jour entre 2002 et 2006 les 90 volumes de la série Tangerine Tree, projet exceptionnel d’un groupe de fans-concepteurs qui, après avoir récupéré des ‘Bootlegs’* ou des enregistrements radiophoniques de concerts de leur groupe allemand préféré et les avoir minutieusement datés et archivés, les ont déposés en ligne non sans les avoir soumis à un lifting semi-professionnel, résultat du nettoyage des bandes et de leur masterisation. Au final, ce sont près de 300 heures d’enregistrements-pirate couvrant 30 années (de 1972 à 2005) de concerts livrés par Edgar Froese et sa bande qui ont été exhumées sur le web à la grande joie des fans qui n’en demandaient pas tant.

Le Concert à la Cathédrale de Reims du 13 décembre 1974, qui fait l'objet de la présente chronique, était initialement issu d'un enregistrement radiophonique de France Inter, qui avait couvert en direct l'événement, avant de rejoindre en 2003 la collection Tangerine Tree dont il constitue le volume 30. Le culte dont il est auréolé lui avait valu une première édition-pirate luxembourgeoise en 1992. Et c'est en 2020, à l'occasion du Record Store Day, que le label parisien Culture Factory en propose une édition enfin officielle au format vinyle adapté au public visé de collectionneurs.
S'il s'agit d'un bon concert apte à séduire les adeptes des années Virgin du groupe (surnommées The Pink Years), ce n'est malheureusement pas à sa seule valeur musicale qu'il doit sa sulfureuse renommée, mais plutôt aux conditions ayant prévalu à sa réalisation. En effet, le trio berlinois (Edgar Froese, Christopher Franke, Peter Baumann) est le premier groupe de l'histoire du rock à livrer un concert dans l'enceinte-même de la célèbre Cathédrale de Reims dont l'acoustique et le caractère grandiose de l'architecture offrent à sa musique électronique éminemment onirique un écrin de choix. De la même façon que les organisateurs du festival de Woodstock avaient été très vite dépassés par l'afflux massif et incontrôlable des spectateurs, les 5000 auditeurs qui se sont rués au concert de TANGERINE DREAM (et de Nico également qui en a assuré la première partie) se sont retrouvés agglutinés dans la cathédrale qui ne peut en principe en contenir que 3000. Le concert de Nico (en solo à l'harmonium) ayant duré près d'une heure et celui du groupe allemand autour de 2 heures, la foule s'est trouvée compressée pendant plus de 3 heures dans cet édifice si chargé d'histoire, au point qu'il a fallu installer une sono à l'extérieur pour ceux qui n'ont pas pu y entrer. Il est arrivé ce qui devait se produire dans de pareilles conditions, la cathédrale a été rendue dans un état lamentable de saletés : alcool déversé par terre, fumée des joints en suspension dans l'air rendant irrespirable les lieux, et même urine ayant souillé les colonnes et bénitiers. Le scandale s'est répandu jusqu'au Vatican, relayé par la presse internationale. Dans les jours suivant l'événement, il a été exigé une purification pour resanctifier le monument religieux et TANGERINE DREAM (qui n'en était pourtant pas responsable) a été interdit de remettre les pieds dans la cathédrale.
Le public présent au concert semble avoir malgré tout conservé un excellent souvenir de la performance du groupe allemand ce soir-là, certains jugeant le live comme un must de sa carrière.
A son écoute, force pourtant est d'admettre que sur le plan musical il ne surpasse pas vraiment la qualité moyenne des concerts de la période 1974-1976. Cela ne signifie pas qu'il soit mauvais ni décevant. Sa réputation est due sans doute au cadre grandiose et sacré ayant accueilli l'événement, conférant à la musique abstraite du trio berlinois une dimension proprement immersive susceptible de marquer les esprits exposés aux portes de la perception** chères à Jim Morrison.
L'enregistrement du concert est composé de deux parties respectivement de 46 et 38 minutes chacune, autant de larges improvisations dans lesquelles TANGERINE DREAM excellait alors. Les textures sonores reprennent la plupart de celles de l'album Phaedra, comprenant les séquences pulsées de Christopher Franke, le son de flûte devenu ensuite l'une des signatures du groupe au cours de la période de Phaedra (1974) à Stratosfear (1976), ainsi que les nappes sonores et autres scintillements cristallins. L'osmose entre les trois claviéristes demeure encore au regard des critères d'aujourd'hui fort impressionnante, tant cette musique semble se générer elle-même, d'une façon spontanée qui la rend si vivante et palpitante en dépit de son caractère éthéré. Elle n'a rien perdu de ses pouvoirs incantatoire et hallucinatoire, ce qui démontre, si besoin en était, l'incroyable créativité de la formation Froese/Franke/Baumann considérée comme la meilleure sur le plan historique, le groupe ayant régulièrement changé de visage au fil des décennies.
Le programme privilégie ce soir-là les passages calmes et oniriques, les plus ambient en somme, au cours desquels brille le mellotron d'Edgard Froese. Cependant, si l'écoute de ces longues plages méditatives pouvait être amplifiée par le cadre architectural de la cathédrale, celle de l'enregistrement au casque ne protège pas l'auditeur d'une lassitude pouvant s'immiscer à certains moments. Mais c'est lors des passages les plus rythmés, quand les claviers éructent et que s'emballent les séquences de Franke, que la musique de TANGERINE DREAM devient réellement captivante, à la fois abstraite et totalement habitée, organique et éthérée, en un mot jouissive.

Ce live est à réserver aux fans de Phaedra et de Rubicon qui y puiseront un prolongement fascinant de leurs albums préférés.

* "bootlegs" : désigne des enregistrements pirate de concerts, revendus ensuite au marché noir. Certains de ces bootlegs se retrouvent dans l'étal des disquaires d'occasion.
** "les portes de la perception" : C'est de là que provient le nom du groupe de Jim Morrison (The Doors), les portes symbolisant celles qui s'ouvrent en nous une fois libérés que nous sommes des interdits religieux et sociétaux, les drogues comme le LSD aidant à débloquer ces fameuses portes et à élargir nos sens de la perception.

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   AIGLE BLANC

 
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- Edgar Froese (synthétiseur vcs 3, mellotron)
- Christopher Franke (orgue, moog synthétiseur)
- Peter Baumann (mellotron, orgue, e-piano)


1. Part One
2. Part Two



             



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