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John ZORN - Redbird (1995)
Par LE BARON le 4 Mai 2020          Consultée 227 fois

Tout en s’étant toujours réclamé de SCHÖNBERG autant que de MESSIAEN – entre autres ! -, John ZORN a attendu 1995 pour inaugurer la partie dédiée à la musique contemporaine de son label, Tzadik. Redbird marque donc son entrée « officielle » sur ce nouveau terrain d’exploration, qu’il a pourtant déjà parcouru*.

Le disque comporte deux pièces : une pour percussionniste soliste, l’autre pour un quatuor comprenant percussions, harpe, violoncelle et alto.
La première pièce, « Dark River », est pour le moins originale puisqu’entièrement consacrée à... la grosse caisse !, ou plutôt les grosses-caisses, quatre en tout. Soyons honnêtes, nous vivions jusqu’ici dans l’obscurité, ignorant que cet instrument qui peut paraître sommaire eut un répertoire. Pourtant, les pièces pour percussions abondent dans la Musique Contemporaine, et nécessitent souvent des virtuoses pour les interpréter. Mais « Dark River » est différente et très éloignée de tout spectacle pyrotechnique. Bien au contraire, il s’agit d’une œuvre lente, dont le défi de départ serait de parvenir à jouer avec les textures sur la base de sons quasi uniformes et dénués d’attaque. Reconnaissons-le, ce n’est pas simple. Et pourtant, le charme, s’il met du temps à s’installer, finit par opérer, pourvu qu’on se laisse happer par le maelström des fréquences graves, et surtout qu’on oublie toute notion temporelle. Car il n’y a dans ce « Dark River » ni début, ni développement, ni fin : on y entre en un point comme tiré au hasard, on en sort de même. C’est une expérience en soi, un « work in progress » pour amateurs d'ambient vraiment minimaliste.

La pièce maîtresse du disque, cependant, est bien la seconde : « Redbird ». Disons un mot de son inspiratrice : Agnès Martin était peintre. Ses toiles sont grandes, colorées, et semblent parfaitement ordonnées vues de loin. Quand on se rapproche, en revanche, on en perçoit tous les accidents : traits irréguliers, petites coulures, etc. Retenons cela : ses tableaux donnent une sensation de sérénité très ordonnée vus de loin, et proposent d’infinies variations vus de près.
John ZORN transpose ces impressions dans sa musique. Le morceau (plus de 40 minutes !) est une simple suite d’accords des quatre instrumentistes. Ces accords reviennent non pas en boucle – ZORN en modifie sans cesse l’ordre et le temps sur lequel ils sont joués – , mais en permanence, comme s’ils étaient infinis. Entre chaque accord, un des instruments est mis en avant dans le mix, comme s’il y avait un forte sur une percussion, ou un glissando sur le violon. Cela crée de légères variations sonores, également infinies, et sans cesse renouvelées. Au fil de son écoute, le morceau en devient totalement hypnotisant, envoutant même, à la fois familier de par la répétition des accords, mais surprenant car jamais totalement le même.
Imaginer que des musiciens aient réussi à jouer avec une telle précision d’aussi petites variations interroge, et pour cause : il y a un truc. En fait, « Redbird » est une pure construction de studio. John ZORN n’a enregistré que quelques minutes de musique, montées ensuite pour créer cet incroyable morceau qui se paie le luxe d’être à la fois monolithique et tout en mouvements.

Pour son « entrée » dans la musique contemporaine, ZORN nous propose donc une œuvre intéressante dans sa première partie, hypnotisante dans sa deuxième, et qui mérite largement une écoute en profondeur. Si le port du casque n’est pas obligatoire pour apprécier Redbird, il est chaudement recommandé.


*Ben oui, parce que Kristallnacht ou Elegy, qu'était-ce, sinon de la Musique Contemporaine ?

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   LE BARON

 
  N/A



- Carol Emmanuel (harpe)
- Jill Jaffee (alto)
- Erik Friedlander (violoncelle)
- Jim Pugliese (grosses-caisses )


- redbird (for Agnes Martin)
1. Dark River
2. Redbird



             



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