Recherche avancée       Liste groupes



      
KLEZMER EXPéRIMENTAL  |  STUDIO

Commentaires (1)
L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

- Style : The Suite Unraveling , Autoryno, Ornette Coleman
- Membre : FantÔmas, Peeping Tom, Christian Marclay , Reed / Anderson / Zorn, Painkiller, Hudson, Tomahawk, Nevermen, Mr. Bungle, Faith No More, Medeski Scofield Martin & Wood, Secret Chiefs 3, John Scofield
- Style + Membre : Sonny Clark Memorial Quartet, Masada, Zebrina, Rashanim, Naked City
 

 Tzadik (1089)
 Le Zornographe (664)

John ZORN - Kristallnacht (1993)
Par LE BARON le 9 Janvier 2020          Consultée 550 fois

En cette année 1993, John ZORN a 40 ans et déjà une belle carrière derrière lui : jazz, noise, rock, hardcore, musiques de films. Il a déjà énormément joué, et de beaucoup de styles différents. Il est un style, pourtant, qu’il n’a pas encore abordé et qui va devenir d’une importance capitale dans la suite de sa carrière de musicien : le Klezmer, cette musique jouée par les juifs d’Europe centrale et de l’Est.
Alors oui, John ZORN est d’origine juive. D’origine seulement, dans la mesure où il ne pratique pas. Il n’empêche que cet héritage s’impose soudain à lui, au point qu’il éprouve le besoin de l’incorporer dans sa musique. Il se l’approprie donc, mais à sa manière toute personnelle, c’est-à-dire frontalement, brutalement, même : en donnant son interprétation de la période la plus dramatique endurée par les Juifs européens, le Nazisme. Pour être plus précis, il choisit la Nuit de Cristal, ce pogrom géant annonciateur de la destruction des Juifs d’Europe, organisé par les nazis du 9 au 10 novembre 1938, et l’interprète à sa façon, magistrale et terrible.

Il y a d’abord « Shtetl (Ghetto Life) ». On entend une trompette, une contrebasse, puis la clarinette de David Krakauer qui entrent en scène les unes à la suite des autres, installant peu à peu un climat étrange et nostalgique. La musique est belle, mais une tension se crée, montant d'un cran à chaque nouveau passage d'un des instruments. Puis soudain, se superposant à la clarinette, la voix du monstre lui-même, Hitler. Toute son agressivité est dans le ton de sa voix qui vient s'entrechoquer, effrayante, avec la musique. Et l'on dirait que cette dernière cherche, entre deux aboiements sinistres, à s'échapper, à fuir la tragédie qui vient de commencer. Lorsque survient « Lili Marleen », à la fin du morceau, on est saisi d'effroi et, déjà, sans voix. Ce n’est pourtant qu’un début, une préparation à la Nuit de Cristal elle-même, illustrée par le deuxième morceau : "Never Again".

"Never Again" est insupportable à écouter, au sens strict. Le morceau n’est constitué que de bruits de verre brisé, de sifflements, de chants et de cris distordus, de fréquences si aigües et si fortes* qu’elles vous vrillent les tympans. En fait, la juxtaposition de ces sons pour le moins agressifs crée une épaisse masse sonore qui provoque le malaise. Les deux petites pauses (un chant, un air de violon) qui se trouvent à l'intérieur ne rendent la reprise du monstrueux agrégat sonore que plus insupportable. Bien sûr, c'est exactement l’effet voulu par John ZORN : nous faire ressentir de l'effroi, un malaise, de la peur même !
Que dire du reste de l'album ? Au risque de choquer, qu’il est oubliable. Non que les morceaux soient mauvais, mais la violence des deux premiers est telle qu’ils semblent avoir tout dit. Et qu’après une telle brutalité, on n'est plus disponible, on ne peut plus rien absorber, on a besoin de revenir au silence.

A partir de la Shoah, d'autres compositeurs que John ZORN auraient cherché la compassion de l'auditeur. Le drame étant bouleversant en lui-même, ils auraient pu tenter d’en jouer, d’autant plus que la musique Klezmer semble pouvoir porter en elle toute la douleur et la nostalgie du monde. Mais on se complairait alors dans ses propres larmes. Or, ce que nous dit John Zorn, c'est que la Nuit de Cristal est douleur et terreur avant tout. Et qu’en tant que compositeur, il ne commémore pas un tel événement pour notre agrément, mais pour nous faire approcher ce qu'il a lui-même ressenti face à cette histoire.

Ce disque est fondateur, dans la mesure où il y a clairement un avant et un après Kristallnacht dans le cheminement musical de John ZORN. C’est peu après sa sortie qu’il forme MASADA et lance son propre label, Tzadik, accelérant nettement son rythme de composition et de sorties d’albums.
Les décombres de Kristallnacht se transforment donc en clef de voute de la deuxième partie de son œuvre, la plus foisonnante, la plus riche, la plus folle aussi peut-être. On en reparlera.

Il peut sembler paradoxal de conseiller un disque en partie impossible à écouter. Mais Kristallnacht, bien plus qu'un album, est une expérience. C’est ce qui le rend indispensable.


* Les notes intérieures du disque le disent : ce morceau contient des fréquences extrêmement aiguës pouvant provoquer des nausées, maux de tête, etc. Cela pourrait n'être qu'anecdotique, n'eut été le thème de l'œuvre.

A lire aussi en WORLD MUSIC par LE BARON :


Cheick Tidiane SECK
Mandingroove (2003)
Un grand guerrier




MASADA
Masada String Trio, 50th Birthday Celebration - 1 (2004)
Le retour d'Issachar, en mieux !


Marquez et partagez





 
   LE BARON

 
  N/A



- Anthony Coleman (claviers)
- Mark Dresser (basse)
- Mark Feldman (violon)
- David Krakauer (clarinette, clarinette basse)
- Frank London (trompette)
- Marc Ribot (guitare)
- William Winant (percussions)


- kristallnacht
1. Shtetl (ghetto Life)
2. Never Again
3. Gahelet (embers)
4. Tikkun (rectification)
5. Tzfia (looking Ahead)
6. Barzel (iron Fist)
7. Gariin (nucleus - The New Settlement)



             



1999 - 2020 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod