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JAZZ / FILM NOIR  |  STUDIO

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- Style : The Suite Unraveling , Autoryno, Ornette Coleman
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John ZORN - Spillane (1987)
Par LE BARON le 20 Février 2020          Consultée 545 fois

On a beau lire des romans noirs, en France, on lit peu Mickey Spillane. Bon, il faut dire que Spillane ne joue pas tout à fait dans la même cour de récréation que Chandler, Ellroy ou Manchette, et que ses écrits tiennent davantage du roman de gare – ah, ces couvertures ! – que de la littérature. Son personnage le plus connu, Mike Hammer, est d’ailleurs un archétype sans nuances du mâle américain millésimé années 1950/1960 dans toute sa splendeur : il est violent, misogyne, et... anticommuniste. Voilà des qualités qui peuvent paraitre discutables aujourd’hui, mais c’est justement son côté outrancier et mal élevé qui donne à la série tout son sel, la rendant aujourd’hui plus comique que tragique.
Que vient faire John ZORN là-dedans ? Ce n’est pas tant du côté du roman de gare qu’il faut chercher son intérêt pour Spillane que dans le film noir, une de ses inspirations majeures. Car Spillane a connu un tel succès aux Etats-Unis que certains de ses romans ont été adaptés à l’écran, parfois pour le meilleur (« Kiss Me Deadly » d’Aldrich (1955)), parfois pour le pire*.

ZORN s’empare du film noir et teste un nouveau dispositif : les « file cards ». Il s’agit de grands cartons sur lesquels ZORN écrit sa composition en courtes séquences, chaque carte correspondant à une partie musicale. Une carte peut aussi bien comporter une partition – au sens le plus classique du terme –, que quelques mots écrits. En voici deux exemples : « ambiance de bar miteux » ou « scène de crime 1 : harmoniques aigus de harpe, drone de basse et trombone, sons de guitare, bruits d’eau gouttant, narration au-dessus ». Et les musiciens de suivre au mieux les indications parfois très lacunaires du compositeur afin de créer l’ambiance souhaitée.

Une autre des particularités de l’écriture par « file cards », c’est leur assemblage. En amont de l’enregistrement, ZORN les ordonne, ce qui l’oblige à imaginer son « film sonore » dans son intégralité avant même qu’il ait été joué. Car l’assemblage préalable fait partie de la composition, d’autant plus que ZORN refuse de sortir les ciseaux et la colle après coup. Ainsi, les différentes parties sont enregistrées chronologiquement – parfois après de longues répétitions – et finissent par former ce drôle d’objet sonore.

Avec Spillane, ZORN poursuit son exploration des limites entre musique écrite et musique improvisée, déplaçant sans arrêt le curseur entre les deux, et c’est absolument passionnant. Comme le dit ZORN lui-même, l’unité du morceau n’est plus créée à partir d’une clef ou d’une hauteur de note, mais à partir d’un groupe d’images. Ainsi, il s’agit vraiment d’une autre façon de concevoir la musique, et de l’interpréter. Et c’est totalement bluffant : les séquences s’enchainent naturellement, comme une évidence, formant effectivement un film sonore incroyablement riche jouant avec les codes du film noir : cris, coups de feu, bars mal famés, poursuites, tout y est, dans une ambiance plus ou moins poisseuse de Jazz, de Surf, de blues, etc. Même sans connaître les intentions exactes de ZORN, on devine le sens des séquences ou on l’invente. Signalons également pour notre grand plaisir que John LURIE prête sa voix grave et distanciée à Mike Hammer, comme un écho à la reprise par son propre groupe, The LOUNGE LIZARDS, de « Harlem Nocturne »**.

« Spillane » est à l’évidence le temps fort du disque, mais ce dernier comprend deux autres compositions. Il y a d’abord « Two Lane Highway », une vraie bizarrerie : c’est un morceau écrit pour Albert COLLINS. Oui, oui, le guitariste. Je ne suis pas sûr que le blues de ZORN soit très convaincant, et j’avoue que c’est une musique qui me parle peu. Pas désagréable, « Two Lane Highway » semble toutefois bien sage, voire un peu plat après « Spillane », même s’il a également été composé à l’aide des « file cards ». Reste « Forbidden Fruit », écrit pour le KRONOS QUARTET, Christian MARCLAY aux platines et Ohta MIROMI, pas mal du tout, qui redonne une certaine ampleur au disque.

Bon, vous l’avez compris, si « Spillane » est indispensable, le reste de l’album l’est moins. On donnera donc un 4 à ce disque en attendant de parler de sa réédition. Avec « Godard », on sera au 5.


*A ceux qui célèbrent les années 1980 avec nostalgie, je rappelle ou j’apprends que l’on pouvait s’y ennuyer des journées entières devant la 5, chaîne de télévision berlusconienne qui ne diffusait que des jeux et des séries, dont une adaptation bien nulle de Mike Hammer.
**http://fp.nightfall.fr/index_9944_the-lounge-lizards-the-lounge-lizards.html
***Voir les chroniques de Maniac Blues et du Kingbee.

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   LE BARON

 
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- Anthony Coleman (piano, orgue électrique, célesta)
- Carol Emanuel (harpe)
- Bill Frisell (guitare)
- David Hofstra (basse, tuba)
- Bob James (bandes)
- Bobby Previte (batterie, percussions)
- Jim Staley (trombone)
- David Weinstein (électronique)
- John Zorn (saxophone alto, clarinette)
- John Lurie (mike hammer)
- Robert Quine (onscience de mike hammer)
- --------
- Albert Collins (guitare, voix)
- Robert Quine (guitare)
- Big John Patton (orgue)
- Wayne Horvitz (piano, claviers)
- Melvin Gibbs (basse)
- Ronald Shannon Jackson (batterie)
- Bobby Previte (batterie, percussions)
- --------
- David Harrington (violon)
- John Sherba (violon)
- Hank Dutt (alto)
- Joan Jeanrenaud (violoncelle)
- Christian Marclay (platines)
- Ohta Miromi (voix)


- spillane
1. Spillane
2. Two-lane Highway
3. Forbidden Fruit



             



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