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Des langues et des régions...
Par GEGERS le 4 Décembre 2010 Consulté 2724 fois

Et si la langue parlée en perfide Albion n'était plus la référence ? Si l'anglais, sacralisé et reconnu comme idiome d'expression unique par une écrasante majorité des artistes était menacé ? Mais par qui, par quoi ? Petit retour en arrière.

En 1997, Rammstein explose à la face du monde avec son album Sehnsucht. Un album intégralement chanté en allemand à la première place des charts dans plusieurs pays ? Sacré nom de diou, mais où va le monde ? Peu adapté à nos organes auditifs, habitués (conditionnés même) à la douceur et à la rondeur de la langue anglaise, l'allemand se voit propulsé sous les feux de la rampe de manière inattendue. Si certains artistes teutons, tels Nena et ses 99 Luftballons, avaient déjà réussi cet exploit, ce n'était qu'un engouement passager, presque moqueur, pour cette langue que l'on parodie aisément à force de raclements de gorge et d'injonctions autoritaires, dignes d'un Thierry Lhermitte dans Papy fait de la Résistance... Rammstein prouve qu'il est possible d'exprimer ses convictions, ses fantasmes, ses fantaisies, dans une autre langue que celle de Paul McCartney et consorts. Le mur s'effrite, mais ne tombe pas encore. 2 ans plus tard, en 1999, Scorpions s'excuse presque de présenter un titre chanté en allemand sur son album Eye to Eye, se rangeant timidement derrière l'excuse de « l'expérimentation artistique ». Ce groupe, le plus gros exportateur de disques qu'ait connu l'Allemagne, ne pouvait décemment pas revendiquer que l'utilisation de l'allemand relevait d'une véritable volonté artistique, d'un besoin d'exprimer dans sa propre langue des sensations, des sentiments, que l'anglais ne parvient pas forcément à retranscrire...C'est finalement Tokio Hotel qui, il y a deux ans, réussit finalement à faire pleurer les pisseuses en chantant dans la langue de Goethe, parvenant à faire remplir les salles de cours d'allemand et révolutionnant le langage SMS. Désormais, je t'aime ne s'écrit plus « J'te kiff » sur son clavier à 9 chiffres, mais « Ich liebe dich ». Une révolution, vous dis-je.

Car oui, paradoxe ultime, les langues régionales et nationales s'internationalisent ! Alors qu'il y a 25 ans, tous les groupes de heavy metal français enregistraient une version anglaise de leurs albums (qui se rappelle encore de l'album Savage, version british du Marche Ou Crève de Trust ?), pour essayer d'écouler quelques copies aux States (le pays sans doute le plus hermétique aux artistes non-anglophones), ils se gaussent aujourd'hui de ces errements et veulent tenter de marcher à l'étranger en chantant dans leur langue ! Et puis, il est utile de le rappeler, l'anglais n'a pas été la langue-étalon, synonyme d'un succès universel. Il y a moins d'un demi-siècle, alors que l'apprentissage de l'anglais dans les écoles n'était pas autant répandu qu'aujourd'hui, nombre de chansons d'artistes anglos-saxons ont du être traduites pour trouver un écho auprès des populations. Bob Dylan, adapté par Hughes Aufray, Pete Seeger et Leonard Cohen chantés en français par Graeme Allwright, sont autant d'artistes qui ont du leur renommée en France en partie grâce à ces adaptateurs. Si ce phénomène se vérifie dans d'autres pays et langues (Brassens adapté en allemand par Klaus Hoffman, ça vous en bouche un coin ?), il reste bien plus confidentiel. Aujourd'hui, l'anglais est une langue parlée par une importante frange des populations. Ainsi, que voir dans cette volonté de promouvoir se propre langue à travers sa musique ? Une réaction face à la mondialisation galopante ? Et si, dans nos pays désormais sans frontières, les artistes (et les populations dans leur globalité) ressentaient le besoin de se centrer à nouveau sur leurs valeurs et leurs spécificités propres, dont la langue est un des artefacts ? Comme l'on se met en demi-cercle autour de la cheminée, du foyer réconfortant et apaisant, lors des longues soirées d'hiver. Lorsque les Écossais de Runrig chantent en gaélique, ils se jouent de l'envahisseur anglais, mais se font aussi les promoteurs d'un langage en perdition, et qui revit en partie grâce à eux. Emmenant une partie de sa culture, de ce feu sacré, avec lui sur les routes, Runrig ne doit jamais cesser d'être surpris de voir les publics allemands et danois reprendre à tue-tête des morceaux chantés dans cette langue pourtant incompréhensible par les non-initiés. Lorsque les amateurs des Finlandais de Korpiklaani dansent la gigue à chacun des concerts du groupe, ce dernier doit sans doute se demander par quel miracle son public reprend à gorge déployée des morceaux chantés en Finnois ! De manière approximative, certes, mais tout de même !

Chanter dans sa langue n'est plus aujourd'hui un handicap, c'est bel et bien un atout. Lorsque Stephan Eicher chante en Bernois (dialecte suisse), les critiques applaudissent. Lorsque The Booze illustre son punk-rock celtique avec des paroles en basque, les amateurs sont conquis. Il n'y a pas matière à généraliser, mais les dialectes régionaux semblent aujourd'hui parfaitement assimilés et acceptés par les auditeurs de tous pays.

Malgré tout, la langue de Shakespeare doit-elle se sentir pour autant en danger ? Qu'elle se rassure, ce n'est pas demain qu'un groupe chantant en roumain verra son nom au sommet des charts hors de son pays. Comment ça, O-Zone l'a fait ? (mais si rappelez-vous, Nouma Nouma Yé). Certes, mais il s'agissait là d'un tube préfabriqué, d'un one-shot basé sur l'exotisme des paroles et l'immédiateté de la mélodie. Le jour où un artiste authentique et durable s'imposera hors de son pays dans sa langue régionale, alors la suprématie de l'anglais pourra être remise en question. Pour l'heure, les popeux français à deux balles baragouinent leurs refrains dans un anglais approximatif, et les rappeurs du 9-3 glissent des « baby shake your ass » toutes les 10 secondes. Tant mieux, quitte à entendre de la merde, mieux vaut parfois ne pas la comprendre...



Le 29/12/2010 par ANNABELLE THE SHEEP

Tout est dans le style. Je dirais la langue ne pose pas de problèmes tant que le style est compatible, tout en restant dans la musique actuelle (je parle pas de musique traditionnelle et folklorique etc, ...).
Par exemple, un groupe loin d'être commercial mais qui a su quand même se faire remarquer (Magma) ou Christian Vander a "inventé" un langage imaginaire, ça sonne fort allemand, même pire, mais le style va avec, si on chante ça en Anglais ça donnera pas la même chose.

D'autre plus occasionnel, le groupe belge Urban Trad dans un Eurovision avait inventé un langage sonnant bien phonétiquement avec le style de leur (unique) hit (groupe disparu depuis je pense).

Ou dans les sixties un groupe très inconnu avec son nom à rallonge "Dave Dee Dozy Beaky Mike and Tich" avaient sortit un tube en 66 que plus personne connait "Zabadack" avec un langage imaginaire aussi...

Je veux dire par là que l'anglais n'est que pour quelque styles, et pour moi c'est le fait que ces styles soient hyper populaire à l'heure actuel qui fait dire aux nouveaux artistes "aïaïe ... j'ai intérêt à composer en anglais si je veux aller plus loin que la Tchéquie du sud ouest en cas de succès ..."

Tout est dans l'habitue d'écoute.


Le 29/12/2010 par EL PACHENKA

Je pense qu'un groupe de rock qui utilise la langue alsacienne doit certainement exister aussi, parce qu'il n y a pas que des vieux qui la parlent par ici.

D'une autre contrée, le groupe finlandais, 22-Pistepirkko, a sorti ou repris une chanson en finnois appelée "Ravimatka" que l'on trouve sur Youtube (il me semble que ça veut dire valise, 'matka' se traduisant par voyage ou vacance) et ça passe très bien avec du rock.


Le 21/12/2010 par DUPONT VOLANT

Bon. Concernant les langues régionales. On les présente comme moribondes depuis le XIXème siècle. Quand j'étais gamin, dans les 70's, on disait déjà que "le breton était une langue de vieux", alors que mes parents, de joyeux trentenaires à l'époque, le parlaient à table et avec leurs amis au camping des flots bleus ! Alors, c'est sûr, à force de dire cela, c'est sûr que le breton finira par être une "langue de vieux", bonjour l'ostrasisme ! A croire "qu'on" voudrait qu'elle eu déjà disparu, cette langue. Mais quand j'entends "Les Ramoneurs de Menhir" avec Laurent, ex-Bérus, je me dis qu'elle a encore de beaux jours devant elle, cette langue de vieux qui a pris un sacré coup de jeune ! Nedeleg laouen da skipailh "Forces Parallèles" ha d'an holl lennerien, dalc'hit peg, tudoù ! Joyeux Noël à l'équipe de "FP" ainsi qu'à tous les lecteurs !


Le 06/12/2010 par TROUDIF

L'édito tombe à pic avec la séparation de Noir Désir: le seul groupe français qui a su accommoder la langue de Molière avec le Rock


Le 06/12/2010 par PZEOJ

On peut dire ce qu'on veut mais si on veut vraiment percer, c'est l'anglais qui passera toujours mieux.
C'est clair, pourquoi la plupart des groupe internationaux sont anglais ou américains ?
Des bons musiciens et compositeurs il y en a partout dans le monde et en même fréquence, le style diffère aussi c'est pas ça, mais par exemple du hard rock français, c'est nul, j'irais même plus loin on serait étonné du nombre de groupe de rock progressif (par exemple) inconnus alors que si on les écoute, c'est des tueries à chaque fois.
PFM, un groupe italien de prog faisait des albums super d'un style hyper fidèle aux anglais avec une touche perso, mais je regrette qu'ils chantent en Italien. J'aime l'Italie, c'est pas ça, mais pour ce qui est rock plus "recherché" c'est l'anglais qu'il faut (idem pour Ange ou Harmonium en France, etc).
Même un groupe hongrois reprenait le style du floyd, mais ils chantaient en hongrois là c'est clair que ça gâchait tout (phonétiquement parlant).
Kraftwerk n'auraient pas eu le succès qu'ils ont eu si ils avaient pas fait de version anglophone de leurs albums...


Le 05/12/2010 par MASTCARD

Un bon édito, d'autant plus que le sujet était assez complexe à traiter.
La conclusion est succulente :)


Le 05/12/2010 par JOVIAL

Nom de dieu, voilà un édito qui claque !

En plus de l'avoir trouvé passionnant de bout en bout, je suis entièrement d'accord avec lui. L'anglais n'a plus le même attrait que dans les années 70-80, les artistes (les vrais, pas les commerçants) reviennent progressivement à leurs langues natales et je trouve ça bougrement génial. La sauvegarde d'une culture passe d'abord par la langue, et qui mieux qu'un chanteur peut transmettre ce goût pour une langue ?

J'aurais personnellement rajouté un exemple de groupe beaucoup plus marquant, beaucoup plus proche de nous, celui des Ramoneurs de Menhirs. Un punk accrocheur, doublé de paroles en breton, je peux vous dire que ça donne envie à de nombreux jeunes bretons (et peut-être à d'autres) d'apprendre la langue que parlaient leurs grand-parents.

Malgré tout, je reste assez pessimiste quand à l'avenir des langues régionales et nationales dans le contexte musical actuel. Aucune grande firme de l'industrie de disque n'ira produire un groupe voulant entièrement chanter ses textes en basque ou en romanche, et ce dernier aura bien du mal à sortir de la confidentialité, à moins de sacrifier sa musique pour de la merde formatée et vendeuse (l'exemple d'O-Zone hein !).

Excellent édito Gegers, mes félicitations.



             



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