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Les fous. Vous en connaissez surement un. Plusieurs. Vous êtes vous-même peut-être fou, puisque que vous passez votre temps à écouter de la musique. J’entends distinctement les grelots qui tintent à votre chapeau.

GLING GLING GLING

Parmi les fous, on trouve une espèce rare, un fou d’élite en quelque sorte, un maître fou : le fou musicien (ou le musicien fou). Ce fou-là n’est pas comme les autres : il a appris à accorder les clochettes de sa coiffe et ricane harmonieusement. Il a troqué son bicorne pour une guitare, ses infirmières pour des groupies et son asile pour une salle de concert. C’est un fou privilégié.

Chez les plus inoffensifs, il y a la folie superstitieuse. On ressasse sans arrêt le mythe du porte-bonheur, ce vieux caleçon souillé d’urine que votre guitariste fétiche embrasse avant chaque concert. Mais après tout, inhaler l’aigre fumet de ses dessous n’a jamais condamné au port de la camisole, et encore heureux ! Non, le fou superstitieux est d’une autre nature, sa superstition est un système très élaboré. Prenez Gustav MAHLER. Voilà un fêlé, un fêlé génial cependant, qui était persuadé qu’un compositeur devait passer l’arme à gauche après avoir composé sa Neuvième Symphonie, comme BEETHOVEN. Pour tromper la malédiction, que fait-il ? Il compose bien sa neuvième symphonie, mais la camoufle sous le nom de Chant de la Terre. Puis, le rusé renard intitule sa symphonie suivante Symphonie n°9, alors que c’est en fait la dixième. Le stratagème n’a pas fonctionné, puisque que MAHLER est quand même passé de vie à trépas après sa fausse Neuvième. Le fou fait parfois rire à ses dépens.

Voilà pour la partie : ce type est attachant, il est fou en dépit de son talent. C’est amusant mais anecdotique, une sorte de petit à-côté que l’on savoure quand on apprécie un musicien. Ça n’a rien de spécialement artistique, c’est juste biographique (beaucoup trop de « ique » ici, on dirait l’annuaire de Belgrade). Mais il suffit d’évoquer l’inspiration, et tout devient compliqué. La différence entre l’inspiration et la folie, ça n’a rien d’évident. Tenez : il était une fois une pianiste dans les années 30, en URSS : Maria Youdina ; une artiste aussi géniale qu’excentrique, « sulfureuse » aurait dit Sandrine Quétier. Ses concerts étaient accompagnés d’un cérémonial étrange : elle ne s’habillait qu’en noir, psalmodiait des prières orthodoxes et scandait des vers de poètes réprouvés par le régime. Sous Staline, c’était à peu près aussi risqué que d’aller courir nu sur un champ de mines avec un crotale dans chaque main. Etait-elle géniale parce qu’elle était folle, était-elle folle parce qu’elle était géniale ?

Je ne résiste pas à la tentation de raconter la fin de l’anecdote (de la légende ?). Maria Youdina interprétait le Vingtième Concerto de Mozart brillamment. Un jour, Staline réclame l’enregistrement du concerto, qui n’existe pas. Panique au Kremlin ! Les fonctionnaires de la police secrète réveillent l’orchestre, mettent la main sur la pauvre Youdina et trouvent un studio ouvert en pleine nuit. Après quelques heures de travail, Staline reçoit son disque au petit matin et décide de récompenser la pianiste d’une somme d’argent énorme. Maria Youdina lui renvoie son cadeau, et demande dans une lettre que cet argent soit consacré à la reconstruction d’une église détruite par le pouvoir, tout en promettant de prier Dieu pour les péchés du dictateur. Le propre du fou (ou plutôt du génie camouflé en fou), c’est de mettre à nu les arbitraires et les ridicules de tous les systèmes… et de s’en sortir avec une pirouette ! Maria Youdina n’a jamais été inquiétée à cause de sa lettre provocante, ni de ses attitudes mystiques, alors que d’autres étaient fusillés pour rien.

Fouillez dans tous les genres, dans tous les arts : vous trouverez toujours des histoires semblables. Tous ces cinglés qui composent et jouent ont le mérite de nous faire lever les yeux du guidon ne serait-ce qu’un instant, pour peu qu’ils aient une étincelle de génie. La musique est un dialogue de fous à fous (la musique est une passion, non ?)… en tout cas, moi et mes sept personnalités, c’est comme ça qu’on voit la chose. La folie apparaît à la surface, dans les anecdotes, mais au fond, c’est bien de création dont il s’agit. Le plus fou, ce n’est pas de donner une signification irrationnelle au chiffre neuf, c’est d’écrire une œuvre démentielle comme le Chant de la Terre.

Et dire qu’au départ, je voulais juste amuser la galerie avec l’histoire de Keith Richards qui tombe d’un cocotier…



Le 09/06/2011 par BEHEMOTH

Merci pour ce très bel édito !



             



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