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Gibson, le rock, le rap et les musiques des "dominés"
Par STREETCLEANER le 20 Juillet 2018 Consulté 1099 fois

Gibson, le rock et le rap

L'annonce il y a quelques mois de la faillite du fabricant américain de guitares Gibson m'a fait remonter quelques réflexions sur l'état de la musique ; je ne creuse rien en particulier ni d'ailleurs ne prononce une quelconque sentence définitive, sans appel. Je vous livre juste ici quelques réflexions, sans prétentions, qui valent ce qu'elles valent.

Gibson

La société Gibson, criblée de dettes, est en faillite mais peut encore continuer son activité. Fender n'est pas dans une situation beaucoup plus enviable. Comme le rappelle le Nouvel Obs : « Lente érosion des ventes de guitares à travers le monde : il y a huit ans, les revenus de Gibson étaient de 2,1 Mds de dollars. En 2015, le chiffre d'affaires s'établissait autour de 1,7 milliards. Certes, tout n'est pas noir dans le monde de la gratte de Nashville : selon les documents déposés par Gibson pour son dépôt de bilan, les activités de base de Gibson, la vente d'instruments et de systèmes de sonorisation professionnels, sont financièrement viable. Mais l'avenir est sombre. Dans une longue enquête publiée en 2017, le "Washington Post" racontait la longue et secrète mort de la guitare électrique. Le quotidien américain révélait que le nombre de six cordes électriques vendues dans le monde était passé de 1,5 millions à 1 millions en tout juste dix ans. En 2010, au grand dam des rockers et métalleux, les ventes de guitares acoustiques dépassaient les ventes d'électriques. La faute à Taylor Swift, paraît-il. » (1)

Si la guitare électrique meurt, la faute serait principalement imputable à l'absence de renouveau chez les guitar heroes, la musique électronique et hip-hop qui ne nécessitent la maîtrise d'aucun instrument, et l'hégémonie du rap et hip-hop (ou RnB) dans les jeunes générations et qui a désormais le quasi-monopole des revendications, qu'elles soient générationnelles, identitaires, ethniques ou religieuses.

Le rock est-il mort ? Je me garderais bien d'apporter une réponse définitive à cette question. En tout cas le Do It Yourself semble bien être devenu informatique. Fini le temps où on voulait monter un groupe de rock dès qu'on savait jouer trois accords et deux power chords. Avec les logiciels vous permettant de créer des boucles vous avez votre propre studio à domicile. Un groupe comme SLEAFORD MODS est d'ailleurs intéressant tant il joue du rap et du rock selon le même procédé.

La question qui vient est dans la suite logique de cette hégémonie : les musiques urbaines sont-elles toujours les musiques des "dominés" ?

La sociologie raisonne souvent en termes de dominants / dominés et tente d'offrir une explication assez simple finalement des rapports sociaux fondés sur cette opposition, enfin plutôt ces oppositions (riche/pauvre, Blanc/Non Blanc, chrétien/non chrétien...). Si le rap et hip-hop (+ grime, RnB etc) ainsi que les musiques électroniques au sens large portent effectivement l'essentiel des revendications contestataires, sont-ils encore la musique des dominés ?

Tous les sondages faits ces dernières années montrent que les joueurs millionnaires de l'équipe de France de football écoutent essentiellement du rap et du hip-hop. Ces musiques dites urbaines ne semblent d'ailleurs plus être exclusivement urbaines, mais semblent bien devenues également la musique des jeunes de la « France périphérique », selon l'expression de Christophe GUILLUY, y compris donc celles des jeunes des villes moyennes éloignées des métropoles. Le rap a pris naissance naissance dans les milieux modestes et urbains de l'Amérique noire. Aujourd'hui, ces courants d'expression sont dominants tout autour de la planète. Quelle progression !

Plus encore que le rock, ces musiques urbaines sont des musiques dans lesquelles l'imitation a un rôle majeur (gestes, démarches, tenue, attitudes, messages...). Elles s'adressent depuis de nombreuses années à tous les publics, y compris à l'adolescent Blanc des classes populaires, moyennes, et même aisées.

Le milieu du rap n'a jamais dédaigné l'argent. Il en a même fait tôt une revendication, l'argent n'est pas un objectif honteux. Si ces musiques portent un aspect contestataire des classes dominées, celui-ci semble donc être dès l'origine plutôt culturel, ethnique ou « racial » (je mets ce mot entre guillemets à l'heure où il est prévu qu'il disparaisse de la Constitution) et religieux (le rappeur Médine et tant d'autres...). Le rap est tout compte fait assez peu politisé, sauf à dénoncer les élites, les gouvernants et la police, comprendre plutôt un ordre tenu par des gens qui ne ressemblent pas à la majorité des « jeunes de banlieue », qu'ils soient Français ou Américains (on me citera Obama en contre-exemple mais celui n'a pas brillé dans sa défense ou la représentation des Noirs américains).

Toutefois, je suis prêt à parier que, comme tout finalement, ils seront avalés et aseptisés par le capitalisme pour le besoin des ventes (ce mouvement a déjà bien débuté). Car le capitalisme n'aime pas tout ce qui est trop clivant : son but est de vendre le plus possible, maximiser les profits, vendre au plus grand nombre donc. Je suis alors enclin à prophétiser dans un délai proche la disparition de ces courants musicaux comme courants hégémoniques de contestation.

Mais n'oublions pas que l'esprit contestataire est celui de la jeunesse. Il est consubstantiel à l'esprit de la jeunesse. On ne fait d'ailleurs pas une révolution avec des personnes âgées ou déjà socialement intégrées. Il faudrait toutefois pour qu'un remplaçant au hip-hop se lève qu'il soit lui aussi démocratique et accessible, c'est-à-dire qu'il permette aux jeunes de s'en emparer, de l'imiter grâce à des moyens facilement exploitables.

On disait autrefois que le rock était une musique de rebelles car le rock heurtait les parents; ils y voyaient une musique de sauvages, indécente. Le rap pourra-t-il continuer à jouer son catalyseur de culture contestataire maintenant que la jeune génération écoute grosso modo la même chose que ses parents ? Si c'est le cas c'est une révolution. Si la réponse était définitivement affirmative cela signifierait qu'il n'y a plus de contestation "qu'identitaire" puisque cette musique porte toujours la trace de ses origines (la musique des dominés des quartiers urbains), même si elle a tendance à s'édulcorer, le commerce et le capitalisme l'ayant prise en main.

Les jeunes voudront-ils donc se remettre à la guitare et apprendre 8 accords à l'heure où l'on sait que l'informatique ne permettra aucun retour en arrière ?

Au fait il n'y a plus de guitar hero car une bonne partie des jeunes talents est partie vers l'électronique ? Dans ce cas le rock est mal barré. Mais l'histoire nous montre qu'elle est pleine de surprise. Tout serait donc possible...

Mais vous, vous en pensez quoi ?

Streetcleaner

(1) https://www.nouvelobs.com/culture/20180504.OBS6216/le-rock-n-roll-est-eternel-mais-pas-les-guitares-electriques.html



Le 03/09/2018 par GRINCHISATOR

Un peu en retard, mais la chute de Gibson, et accessoirement celle de "Fendard", sont effectivement assez simple: les instruments sont devenus d'une qualiée relativement médiocre, sortent de l'usine a 300 dollars et par le jeu des grossistes arrivent chez le marchand a 3000 euros… Alors qu'il est maintenant possible de trouver facilement des luthiers qui fabriquent des instruments vraiment valables a partir de 1000 boules, voir moins, souvent sur-mesure. Aucun marketing, de plus, aucune pub massive, et les sous vont directement dans leur poche.
PS: Désolé pour les accents, j'utilise un clavier allemand.


Le 06/08/2018 par STREETCLEANER

@Dark Schneider
Un édito n'a pas pour but d'approfondir une question, cela ne peut être un article de fond qui n'aurait pas sa place ici de toute façon; ceci étant il y a bien un lien en filigrane entre ces thèmes. Ensuite il s'agit de questionnements, d'ouvrir quelques réflexions, y compris celles de contradiction comme la tienne. Ce qui est important dans les réactions n'est pas tant ce que l'on pense mais pourquoi on le pense.


Le 06/08/2018 par DARK SCHNEIDER

En partant trop dans tous les sens (Gibson, Rap, musique de dominés etc) cet édito n'approfondi pas grand chose.

Concentrons nous sur un sujet à la fois, plutôt que de tout mélanger.
La guitare donc, et la soi-disante faillite de Gibson. Alors déjà, concernant cette fameuse marque, ce qu'il faut bien comprendre c'est que les difficultés actuelles ne sont pas tant liées à un tassement (certes réél) des ventes de guitares qu'à de mauvais choix stratégiques qui durent depuis beaucoup trop longtemps. Mêmes les adorateurs de la marque reconnaissent que celle-ci est très mal gérée. Il y a quelques années Gibson a racheté Philips pour se postionner sur le marché audiophil de moyenne-gamme (donc rien à voir avec les ventes de guitares), et c'est cette activité là qui a totalement plombé le groupe. On ajoute à cela que depuis plus d'une décennie la qualité des guitares Gibson est très critiquée, le rapport qualité/prix est un des pires du marché, pour exemple il y a quelques années ils avaient même eu l'idée de mettre en vente des stratocaster Hendrix en pack débutant.. ça aurait été l'échec assuré. Bref, Gibson est une boite géré avec les pieds, pas aidé non plus par le fait que son public est des plus conservateurs, donc peu récpetifs à l'innovation. Et cette manie de sortir une nouvelle gamme de guitare tous les ans, tout comme Fender d'ailleurs, alors qu'il est évident que le public ne peux pas suivre...

Quant à ce tassement des ventes, il faut absolument relativiser. Car ce marché, quand on s'y intéresse vraiment, on se rends compte très vite qu'il est très loin d'être à l'agonie. Il n'y a jamais eu autant de marques de guitares (Gibson et Fender sont loin d'avoir autant d'hégémonie que par le passé, même en comptant les autres marques dont elles sont propriétaires, comme Jackson pour Fender), l'offre est beaucoup plus variée, on pourrait meme évoquer le cas des contrefaçons chinoises : si ils font ça, c'est que c'est rentable. Et l'autre indicateur évident, c'est le marché de l'ampli et des multi-effets, dont l'évolution est absolument considérable, surtout depuis la révolution numérique et les amplis à modélisation. Beaucoup d'appareils qui facilitent grandement le jeu à domicile (notamment en appartement). Il faut également évoquer le marché de l'occasion qui a explosé durant les années 2000 grace à ebay puis Le Bon coin, facilitant grandement les reventes là où avant ça passait par le bouche à oreilles et des annonces payantes dans des journaux. Il y a certes les magasins en souffrance, mais c'est parceque leur vente sont absorbés par les sites en ligne. Je ne suis pas sûr que les luthiers indépendants soit eux en difficulté.

Enfin, le phénomène guitar héro. Il est évident que le guitar héro n'a plus aucun espace médiatique. En France, le seul soi disant guitar héro adoubé par les grands médias c'est M... Mais bon dans notre pays on a jamais rien compris là dedans. On continue donc à nous citer sans arrêt Hendrix et Clapton... des références trop anciennes. De là à dire qu'il n'y a plus rien.. C'est carrément le contraire en fait ! Du guitare héro, y'en a foison, c'est juste que c'est devenu un truc de connaisseurs. Il suffit de voir le niveau actuel des jeunes guitaristes : il n'a jamais été aussi élevé. Allez au Japon : là-bas, c'est le culte du shred. Sans même parler de l'essor de certains styles très techniques comme le Djent ( qui explique d'ailleurs grandement les ventes assez importantes de guitares 7 cordes et carrément 8 cordes)..
J'étais tombé sur une étude il y a quelques mois sur la pratique musicale, et les chiffres ne montraient aucun tassement de la pratique d'instrument en France et ailleurs. D'ailleurs, autour de chez moi toutes les écoles de musique font le plein. Donc oui oui, y'a encore des jeunes qui ont la patience d'apprendre 8 accords par jour, sur une guitare ou un piano. On pourrait même évoquer le phénomène des guitaristes-youtubeurs.

Donc bref, vous l'aurez compris, je ne partage vraiment pas du tout tout ces constats alarmistes suite aux difficultés de Gibson. C'est juste un retour à la réalité : la guitare a toujours été un marché de niche (sauf peut-être au USA, où ça a vraiment été ancré dans leur culture).

Quant à la musique écoutée par l'ado moyen de nos jours, qu'il soit de banlieue ou de commune rural : bah oui, il écoute de la merde auto-tuné et nous en fait profiter salement avec son smartphone. Et tout est très uniformisé. Mais franchement, je ne vois pas trop ce que ça change par rapport à mon époque ou tous mes camarades de collège écoutaient de la Dance... A côté de ça, les festivals de musique n'ont jamais aussi bien marché, et notamment les fest Metal... alors franchement, pas de quoi s'affoler. 80% (90 ?) des gens se moquent de la musique de toute façon...


Le 21/07/2018 par CHIPSTOUILLE

Ce qui me choque le plus dans la faillite de Gibson, c'est qu'on a encore là un exemple d'entreprise incapable de faire face à une diminution de ses ventes. 1 millions de guitares électriques par an, il y a encore un sacré gâteau à se partager, non? Ce n'est pas comme la crise de l'appareil photo argentique qui a logiquement fait couler Kodak.
A mon avis, il faut plus voir dans cet évènement l'incapacité du libéralisme/capitalisme à gérer une décroissance (voire parfois même une stabilité). Cette décroissance est avant tout le signe d'un marché saturé. On ne consomme pas des guitares électriques comme on consomme des pneus de voiture. Un instrument de musique, ça se garde, ça se revend aussi...

En 2018, il n'y a jamais eu autant de guitares électriques en circulation dans le monde.

Certes, une bonne partie prend peut-être la poussière dans des garages ou des greniers... Et ça ne change rien au reste de l'analyse que je trouve en effet pertinente, mais je pense que la guitare électrique a encore de beaux jours devant elle. Les modes changent.

Sinon, je reviens également sur cette phrase: "Le rap fut par ailleurs presque immédiatement phagocité et ingéré par le capitalisme."
Je suis loin d'être expert en la matière, mais si j'en crois le documentaire "Hip-hop Evolution" sorti sur Netflix il y a 2 ans, il a bien fallu 5 ans entre les débuts du rap et la sortie du premier single "Rapper's Delight" de SUGARHILL GANG en 1979, alors que le genre était déjà très codifié. D'après les interviews, ça a même brisé un tabou en quelque sorte. Le rap était vu comme un genre exclusivement live. Bien sûr il y avait des tas de cassettes bootlegs qui circulaient bien avant la sortie des premiers singles et albums. Mais dire que le genre a rapidement été phagocité par le capitalisme, ça me semble contradictoire avec ses origines. D'ailleurs l'un des évènements fondamentaux de la prolifération du genre est une coupure de courant à New York qui a provoqué une vague de cambriolage de boutiques vendant des platines...
C'était l'opposé du capitalisme, qui s'est vachement bien rattrapé depuis, certes.


Le 20/07/2018 par AZER

Le rock n'a jamais été une musique de "dominés", sociologiquement parlant (tant on parle de catégories somme toute très caricaturales); les Beatles ne jouaient certainement pas tant pour des révolutionnaires opprimés que pour des masses brassant les classes moyennes et bourgeoises (on se remémorera de Lennon scandant : "Pour notre prochain titre, est-ce que les gens installés dans les places les moins chères peuvent taper dans leurs mains ? Et tous les autres, agitez vos bijoux ! "), le rock progressif se destinait avant tout à un milieu d'intellectuels et d'étudiants...le rock n'est devenu revendicateur qu'avec la fin des années 70, la vague "do it yourself" prêchant effectivement un "retour" (tant le terme est relatif) à la spontanéité, la simplicité et, en un sens, la superficialité.

Le cas du rap est différent, tant il est issu d'un carcan éthnique et social bien précis; il est très vite devenu l'étandard revendicateur d'un milieu aux catégories sociales, ethniques et géographiques bien précises, comme en témoigne la concentration de n-word (le mot dont les américains non noirs ne peuvent prononcer le nom) dans les paroles; tout du moins était-ce le cas à l'origine du mouvement.

Le rap fut par ailleurs presque immédiatement phagocité et ingéré par le capitalisme; de par sa vulgarité et son matérialisme revendiqué, le rap avait tout pour lui pour séduire une très large audience jeune, fascinée par cet univers à l'apparence contestataire et fantasmatique. Les années 90 étaient déjà dominées par des projets montés de toutes pièces par les majors, tendance qui ne s'est que raffermie par la suite. La dématérialisation des supports et la disparition progressive des instruments aux profits de producteurs n'a que facilité le travail des maisons de disques, qui peuvent ainsi d'épargner de se montrer trop regardant quant aux capacités musicales et techniques des "artistes" distribués sur le marché. Récemment, POST MALONE est l'exemple criant d'un produit fabriqué de A à Z comme il en existe des centaines. La modernité a ceci en commun avec les régimes totalitaires qu'elle cherche à ingérer l'ensemble des champs d'activités de la vie politique et culturelle; un objet culturel est défini par sa durée et non sa fonction - si l'art devient un loisir et un objet de consommation, il perd son caractère intemporel et son statut d'objet culturel.



             



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