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L'âge du mécénat forcé
Par GEGERS
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L'âge du mécénat forcé
Par GEGERS le 18 Mai 2015 Consulté 1334 fois

Vous étiez amateur de musique ? Vous voilà mécène. La crise, cette grande crise que l'on brandit comme un fantôme pour faire frémir dans les chaumières et renforcer l'aura salvatrice des politicards véreux (qui, soit dit en passant, devraient courber l'échine devant le peuple électeur plutôt que de s'écraser devant les oligarques et autres rois du pétrole), sert depuis quelques années à l'établissement de tout un tas d'entreprises plus ou moins heureuses censées promouvoir la solidarité et l'initiative populaire. En gros, puisque les décisionnaires ont démissionné de leur engagement en faveur de la culture (il est plus facile de s'insurger contre le mariage homo que contre la disparition des festivals indépendants, il est vrai), c'est aux artistes et aux musicophiles de se démerder. Fleurissent donc, depuis quelques années, ces fameuses plateformes de financement participatif, dont l'essentiel de l'activité est constitué d'appel aux dons de groupes et musiciens. Ulule, KissKissBankBank, Pledgemusic, vous avez sans doute versé quelques deniers sur l'un de ces sites en échange du nouvel album à venir d'un artiste que vous appréciez. En sus, pour mettre toutes les chances de leur côté et espérer boucler leur budget, les artistes doivent se transformer en commerciaux, du genre de ceux à glisser le pied dans la porte pour tenter de vous vendre un aspirateur. « Et pour dix euros de plus, ma bonne dame, je vous envoie mon slip sale dédicacé ».

C'est la crise, voyez-vous.

Alors que les avancées technologiques, notamment en matière d'enregistrement, permettent à un artiste un poil qualifié d'enregistrer et produire son album chez lui en un temps record, sa survie financière, s'il n'a pas la chance d'avoir une major derrière-lui pour lui balancer quelques croquettes de temps en temps, passe par cette méthode de manche 2.0. Les concerts, qui ont pris une importance pourtant capitale dans les entrées d'argent des artistes, se sont tellement multipliés qu'ils font de moins en moins recette. Si le mécénat est l'avenir, alors, il y a véritablement matière à s'inquiéter.

Alors que l'on pouvait penser le procédé réservé aux artistes émergents ou à la notoriété confidentielle, les gros noms s'y mettent. Megadeth. Pour 4700 euros, vous pourrez vous asseoir en compagnie de Dave Mustaine à Nashville pendant deux heures et participer à une session d'écriture avec votre idole. Quand on sait que le Roux bougon n'a rien composé de potable depuis la deuxième moitié des années 2000, ça laisse rêveur. Ugly Kid Joe. Pour 71 euros, le groupe ajoute votre nom dans le livret de son nouvel album. Wow, maintenant les remerciements s'achètent. Queensryche. Pour 1000 dollars, le groupe vous emmène golfer entre deux sessions d'enregistrement. Plus hard rock tu meurs ! La liste est longue, le dépit est grand.

Les plus optimistes d'entre vous diront, et ils auront certainement raison, que tout le monde y trouve son compte. Le fan peut espérer recevoir un objet unique ou vivre un moment privilégié avec ses idoles. Les musiciens peuvent joindre les deux bouts. Et, après tout, cela revient, pour ceux qui le souhaitent, à effectuer une simple pré-commande d'un album à venir. Néanmoins, les sites qui institutionnalisent le mécénat et le présentent en solution à la survie des artistes professionnels (à l'image de patreon.com, qui vous propose de vous « abonner » à un artiste, et de recevoir chaque semaine ou mois une nouvelle création de sa part) ne font que rendre le système un peu plus malsain, en monétisant à outrance la création musicale et en laissant croire que tout est affaire d'argent. Le processus créatif, au contraire, nécessite de s'affranchir de l'odeur poisseuse des billets verts pour pouvoir se réaliser pleinement. L'argent génère une attente, tant en matière de délais que de qualité de l'album (devenu produit mercantile) délivré.

L'industrie du disque, qui tente tant bien que mal de redistribuer des cartes de plus en plus digitales pour sauver sa peau et son portefeuille, laisse ainsi peu à peu place à une sorte d'artisanat de grande échelle, institutionnalisé et visiblement admis par tous. Reste à voir comment le système va évoluer, mais ce qui semblait au départ être une solution temporaire à une situation d'urgence, semble se pérenniser en un mode de financement certes alléchant pour l'amateur de musique, mais présentant nombre de zones d'ombres et d'incertitudes qui laissent planer le doute quant à son bienfait pour l'avenir des artistes. Rendez-vous dans cinq ans pour voir si le système s'est, finalement, cassé la gueule.



Le 18/05/2015 par AIGLE BLANC

Cet édito m'apprend une réalité que j'ignorais. Je ne savais pas que l'appel au don de certains artistes auprès de leurs fans était entaché par un merchandising hors de propos.

Ce que je sais en revanche, c'est le groupe qui, le premier, s'est servi d'internet pour s'adresser directement à ses fans en vue de l'aider à financer son prochain album. Ce groupe n'est autre que l'écossais Marillion. A l'époque (2001), Marillion avait eu l'audace de quitter l'écurie EMI parce que la prestigieuse maison de disques leur demandait de sortir des albums tubesques en s'inspirant de ce qui marchait du tonnerre sur le marché. Or, la recette de Marillion, un Pop/Rock progressif ignorant les diktats de la mode, en perpétuelle évolution, ne correspondait plus aux lois du marché.

Alors le groupe pour garder sa liberté créatrice a eu l'idée de demander une aide libre à ses fans du monde entier via son site internet. Ceux qui ont ainsi subventionné Marillion ont reçu leur nouvel album "ANORAKNOPHOBIA" par la poste... et le groupe avait eu la gentillesse de noter la liste des noms de tous leurs mécènes qui figure à l'intérieur du Livret de l'album.

Un groupe comme Marillion à ma connaissance ne joue pas sur le merchandising. Leur démarche me paraît honnête. Ce mode économique de production de disques dépend de l'intégrité relative des artistes qui y recourent. Il n'est pas mauvais en soi.

C'est Robert Fripp qui ne cesse de fustiger le système des maisons de disques en dénonçant l'injustice qu'il fait peser sur les artistes eux-mêmes. En effet, l'artiste loue le studio d'une grosse maison de disques (EMI par exemple) pour avoir accès aux meilleures machines d'enregistrement. Bien sûr, le prix de la location dépend du temps que prend l'enregistrement de l'album. Jusque là, tout est normal. Moyennant finance, la maison de disque met à la disposition des groupes son matos. Mais là où cela devient injuste, et cruel, c'est que l'artiste qui a enregistré ses chansons perd les droits de ses propres créations qui ne lui appartiennent plus. Si l'on y réfléchit bien, cela est une double peine. Non seulement tu payes la location du matériel que te fournit la boîte mais en plus le fruit de ta création ne t'appartient plus. Et Robert Fripp a raison de s'en offusquer, raison pour laquelle il a créé un label Global Discipline qui laisse aux artistes le droit sur leurs œuvres.


Le 18/05/2015 par MANIAC

C'est intéressant de soulever ce point là. C'est une tendance de plus en plus récurrente et je n'avais encore jamais lu de vrais textes critiques à ce sujet.
J'avoue que ces systèmes de financement participatif me laissent aussi assez perplexes. Autoédition vs. une industrie culturelle en panne: ce soutien aux artistes peut paraître plutôt sain en apparence.
Je suis d'accord avec toi sur tout l'aspect merchandising qui tue le concept du crowdfunding. Les exemples qui tu cites (partie de golf, etc) sont hallucinants.
A force d'appâter le fan, la démarche artistique devient moins crédible/sincère.
Sans compter les sites de crowdfunding qui prennent des pourcentages non négligeables sur le total des dons.
A partir du moment où l'autoédition via le crowdfunding reproduit les vices de l'industrie en multipliant les produits dérivés et les contreparties douteuses visant à soutirer un peu plus d'argent aux fans, je ne peux que partager l'opinion de cet édito.



             



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