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Jeff Beck (1944-2023)
Par ELK
Le 19 Janvier 2023

Jeff Beck (1944-2023)
Par ELK le 19 Janvier 2023 Consulté 260 fois

Jeff n’est plus là, et il nous manque déjà.
Bien entendu, il reste pour toujours un des trois « dieux » de la guitare enfantés par cet incroyable groupe des YARDBIRDS ; il aura finalement été le premier à quitter ce monde, laissant ses copains Jimmy Page et Eric Clapton orphelins. Mais pour beaucoup d’entre nous, Jeff a toujours été comme un ami un peu lointain, qui revenait nous voir, puis s’éloignait pour retrouver ses chères voitures et sa vie dans le Kent, jamais pressé et jamais pressant, tant il a toujours considéré la gloire et ses oripeaux avec une forme de dédain. Il aurait pu cachetonner avec les Stones, ou courir après l’air du temps que son immense talent lui aurait bien permis de rattraper au moins aussi souvent qu’à son tour. Il a préféré suivre sa voie, celle de l’expérimentation permanente et celle d’un amour immodéré pour la musique et pour la guitare. Car ne nous y trompons pas, cet instrument qu’il triturait et maîtrisait comme personne n’a jamais pour lui été une finalité, mais bien le vecteur de sa sensibilité et de ses émotions, un moyen de venir nous toucher au cœur et de nous faire partager son incroyable sensibilité et par là même son âme.

On a dit souvent qu’il était difficile, intransigeant, voire peu fiable quand il préférait rester chez lui plutôt qu’assurer un concert qui ne lui disait rien. C’est vrai que l’animal était délicat à apprivoiser. Son chemin, il l’a choisi seul, avec des virages tranchés et brutaux dans sa carrière, passant du blues, au rock, au hard, au jazz, au rockabilly, à l’électro, et fricotant même avec le classique. Cela n’a pas toujours été simple de le suivre dans toutes ces directions, comme il n’a pas toujours tout réussi. Mais quels moments de grâce nous a-t-il fait partager, et combien était-il capable de nous toucher avec parfois une seule note qui ne pouvait être confondue avec celle de personne d’autre. Il a peu à peu développé une approche si viscérale et si personnelle de la guitare, que personne ne peut se hasarder à en jouer comme lui ; laissant tomber le médiator au tournant des années 80, il s’est mis à utiliser exclusivement les doigts, la paume posée sur son vibrato et l’auriculaire sur le bouton de volume. Cette approche lui a autorisé tous les sons et toutes les variations, souvent à l’extrême limite de la bonne note, parfois si proche du sublime, comme entre autres sur ses inoubliables interprétations de "Goodbye Porkpie Hat", "Cause We’ve Ended as Lovers", "The Pump", "The Final Piece", "Brush with the Blues", « Angels » ou plus récemment "Never Alone" et "Nessum Dorma" de Puccini. Dans tous les registres, sa signature est unique, impossible de le confondre avec qui que ce soit d’autre.

En 2022, nous nous sommes réjouis de le voir revenir en pleine forme, j’ai même souri en voyant sa combinaison blanche sur la video de "Isolation", tirée de l’album 18 conçu avec Johnny Depp. Il a également participé à deux titres du dernier album d’’Ozzy OSBOURNE, illuminés bien entendu par son inaltérable classe. Et puis cette nouvelle est tombée, inattendue et brutale comme il se doit, et il est difficile d’imaginer que c’est vraiment fini, et qu'il ne sert plus à rien de guetter son prochain passage dans nos contrées pour partager un nouveau moment magique. Je suis heureux que son départ ait été paisible, comme de l’hommage unanime qui lui est rendu, car on mesure combien il avait touché les gens. Je ne crois pas qu’il aurait aimé cette épitaphe de "Guitariste des guitaristes" qui prolifère alors que je ne l’avais pas entendue de son vivant. Il n’a jamais cherché à se placer au-dessus des autres, et encore moins à n’être apprécié que par des musiciens, même si je n’ai jamais croisé un seul guitariste qui ne le situe pas au sommet de sa liste personnelle, quel que soit son style et quel que soit son âge.

Si je devais garder une image de lui, je la tirerais du fantastique Live at Ronnie Scott’s de 2008. Il laisse le premier solo du légendaire "Cause We’ve Ended as Lovers" à sa jeune bassiste prodige Tal Wilkenfeld qu’il couve littéralement d’un regard paternel avant de se fendre d’un sourire jusqu’aux oreilles et de la faire applaudir à tout rompre par la salle à la fin de son intervention.
Il n’y a pas de grand musicien sans grand homme et Jeff était incontestablement les deux. Et ils nous manqueront pareillement.
RIP Jeff.



Le 24/01/2023 par BAKER

Un joli hommage, auquel je me permets de mettre un tout petit bémol : j'ai lu partout qu'il s'était éteint paisiblement.

Or vu la cause de son décès, j'en doute très fort hélas :/

Ca rajoute au côté injuste de la mort d'un gars qui semblait avoir 45 ans depuis... 45 ans. Sans jamais changer.



             



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