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DISNEY - La Petite Sirène (1989)
Par MARCO STIVELL le 10 Février 2018          Consultée 225 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Il était une fois une petite sirène, jolie comme un cœur et loin d'être trompeuse comme les autres créatures des mythes, au contraire remarquable d'innocence, de générosité et qui, en plus de ses rêves et de son amour pour un beau marin, un vrai prince charmant, devait porter les germes d'une nature fertile, éblouissante, les clés d'un monde merveilleux, le plus beau de tous. Il s'agit de DISNEY, à partir de l'année 1989 et pour une longue période, disons dix ans.

Pour marquer leur nouvel éclat, les studios adaptent le conte classique du danois Hans Christian Andersen publié en 1836 (Den Lille Havfrue/The Little Mermaid), cruel initialement, malgré une fin élégante, puisque la petite sirène, délaissée par l'homme qu'elle aime au profit d'une autre, se trouve en quelque sorte "récompensée" pour l'avoir préservé d'une vengeance froide. Si DISNEY reprend les mêmes grandes lignes, la rencontre et le sauvetage du marin/prince par la belle, le sortilège qui la rend humaine, l'intervention d'une jeune femme qui vient troubler le prince, le ton est bien évidemment tout autre : palpitant, envoûtant, et pour finir, une vraie "happy end", optimiste quoiqu'un peu triste puisque ce qu'elle gagne d'un côté, elle le perd de l'autre.

La petite sirène de DISNEY s'appelle Ariel, et j'en suis amoureux. Les réalisateurs John Musker et Ron Clements, les mêmes que pour Basil Détective Privé, en plus d'user à merveille d'un scénario plein de poésie et de légèreté, de rebondissements savants et d'une photographie sublime (mélange de dessin et d'images de synthèse), font de leur personnage un modèle de beauté à la chevelure de feu et dont le naturel suscite l'attendrissement au moindre de ses mouvements. C'est la première princesse DISNEY depuis 30 ans (si l'on excepte Mary Poppins etc), sachant qu'il y en avait eu peu avant (Blanche-Neige, Cendrillon, Alice), elle vient redresser l'image d'une figure qui a souffert au temps d'Aurore en 1959 par un manque d'attention immérité.

Si le film La Petite Sirène est aussi marquant, bien aidé par un système de diffusion à la hauteur contrairement aux plus vieux DISNEY (des salles de cinéma modernes, un rayonnement international), c'est aussi grâce à une musique taillée sur mesure. Le responsable principal se nomme Alan Menken, compositeur remarqué par les studios pour son travail sur la comédie musicale La Petite Boutique des Horreurs. Les paroles des chansons sont écrites par Howard Ashman, le même que pour Oliver, tout comme Thomas Pasatieri qui dirige l'orchestre. Robby Merkin se charge de colorer les arrangements des mélodies de Menken, tandis que deux autres personnages apportent quelques partitions instrumentales supplémentaires : Stephen Schwartz et un certain Hans Zimmer (qui est déjà fort de son travail pour Le Dernier Empereur et Rain Man).

La Petite Sirène contient tous les ingrédients que j'aime dans un récit au contexte marin : un bateau pas pirate mais qui fait comme si, une romance avec une belle demoiselle d'une nature noble (pas seulement royale) qui croit fort en son rêve, une ville portuaire et une ambiance tamisée, une vie aquatique et des éléments fortement colorés. Tout cela mêlé de peintures splendides (la couleur du ciel au crépuscule, la "lumière" des abysses) et de la part DISNEY horrifique toujours maîtrisée (l'affreuse Ursula, quoique grotesque, qui rappelle Medusa de Bernard et Bianca avec ses deux "laquais", Flotsam et Jetsam). L'essentiel de la partition peut être résumé à travers ses éléments.

Ariel est la dernière fille du roi Triton (Poséidon ou Neptune), ce qui sous-entend des thèmes royaux et clinquants dès le départ, mais pas avant une ouverture qui nous émeut par son doux lyrisme aquatique, une scène très contemplative projetée sur grand écran. Le glockenspiel, le piano (tous les deux illustrent les déplacements d'Ariel), le célesta, les cuivres légers et surtout le hautbois (ou son cousin le cor anglais, miam !), instrument maître de la partition générale, sont employés régulièrement avec une pureté sans égale. Le chant des sirènes façon music-hall ou opérette est complété par celui des marins, sous forme de polka à renfort d'accordéon, de concertina, de violon. Le registre piccolo, en flûte ou en trompette, seconde le hautbois, notamment pendant l'orage où l'orchestre est sous-mixé tout en restant bien présent : une prouesse !

L'illustration sonore et le travail de la chorale s'accordent donc avec le régal offert par les images, et nous n'avons même pas parlé des chansons. Ariel est incarnée par Jodi Benson, en français par Claire Guyot, et entonne son fantastique "Part of Your World"/"Partir Là-Bas", air de princesse pas aussi évident qu'il en a l'air, mais plein de grâce, de vibrations dans les voix féminines pour un personnage attiré par le monde humain (au contraire de ses semblables), et qui se finit intelligemment par l'image d'une sirène appuyée sur son rocher, éclaboussée d'écume, les yeux brillants. C'est si féérique !

À ses côtés, il y a bien sûr le poisson-lune Flounder/Polochon, mais aussi et surtout le crabe Sebastien, pour lequel Samuel E. Wright (auparavant Dizzy Gillespie dans le film Bird de Clint Eastwood) et notre Henri Salvador forcent leur accent afro-créole dans leurs langues respectives. Cela donne "Under the Sea"/"Sous l'Océan" et "Kiss the Girl"/"Embrasse-la", deux chefs-d'oeuvre mélodiques chacun dans un genre différent. Salvador devance Wright pour la seconde, qui méritait vraiment de ne pas sortir de son ambiance douce et romantique pour le rapprochement d'Ariel et d'Eric, de la crème, du petit lait. "Sha la la, n'aie pas peur"... J'en ai des frissons, idem lorsque résonnent les steel-drums de "Under the Sea"/"Sous l'Océan". L'Anglais et le Français se valent bien pour le coup (parmi les autres doublages de maître, Micheline Dax prête sa grosse voix à Ursula et Jacques Deschamps au roi Triton après avoir redoublé celui de Cendrillon : grandiose !).

Ce calypso génial, cette basse chaloupée, ces chœurs, ce solo de steel-drums et cette traduction exemplaire ("Sous l'océan, y a pas pas d'court-bouillon, pas d'soupe de poisson, pas d'marmiton... Quand la sardine begin the biguine... On met les clims-clams pour faire du jim-jam..."), tellement meilleure que celle d'Oliver et Compagnie, et pourtant tout aussi casse-tête (idem pour la chanson d'Ursula). Fichtre, ça sonne ! Comment faire du kitsch quelque chose de magique en un tournemain, c'est ça aussi DISNEY. Et c'est un tube en puissance, la chanson obtient une récompense de meilleure chanson de l'année dans les Golden Globes. Naturellement, elle revient au générique de fin.

La Petite Sirène n'a pas volé son succès ni son rang de chef-d'oeuvre, c'est l'autre grand DISNEY marin après 20000 Lieues Sous les Mers en 1954, un trésor visuel et musical comme les studios en ont pourtant déjà tant fait et en promettent beaucoup plus pour la suite. Un de mes favoris !

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   MARCO STIVELL

 
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- Alan Menken (composition, direction musicale)
- Howard Ashman (paroles)
- Robby Merkin (arrangements)
- Thomas Pasatieri (chef-d'orchestre)
- Hans Zimmer, Stephen Schwartz (compositions additionnelles)
- Jodi Benson (chant)
- Samuel E. Wright (chant)
- Pat Carroll (chant)
- René Auberjonois (chant)
- Orchestre Des Studios Disney


1. Fathoms Below/dans Les Profondeurs De L'océan
2. Daughters Of Triton/filles Du Roi Triton
3. Part Of Your World/partir Là-bas
4. Under The Sea/sous L'océan
5. Part Of Your World (reprise)
6. Poor Unfortunate Souls/pauvres Âmes En Perditions
7. Les Poissons
8. Kiss The Girl/embrasse-la
9. Vanessa's Song/la Chanson De Vanessa
10. Part Of Your World (finale)
11. Under The Sea (générique De Fin)
12. + Musiques Instrumentales Non-créditées



             



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