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- Membre : Bande Originale De Film

DISNEY - 20.000 Lieues Sous Les Mers (1954)
Par MARCO STIVELL le 6 Octobre 2017          Consultée 149 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Vingt Mille Lieues Sous les Mers (20.000 Leagues Under the Sea) n'est pas un film d'animation DISNEY, mais un long-métrage en prises de vue réelles et reposant sur la nouvelle technologie du CinemaScope. L'idée est de fournir un résultat sans précédent en termes d'effets spéciaux et de grandeur, on peut dire que c'est réussi.

Est-ce que le lecteur de Forces Parallèles peut affirmer souvent préférer un film au livre dont il est l'adaptation ? Certainement pas ; en plus, là, on parle de Jules Verne, écrivain parmi les plus riches en création et visionnaire. Pourtant, c'est bien le cas ! DISNEY aurait sans doute pu choisir un autre livre, mais les studios ont produit L'île au Trésor en 1950 et viennent de sortir Peter Pan (1953), avec une bonne part d'ambiance marine, même humoristique. L'équipe se rapproche de Richard Fleischer, fils de Max (le père de Popeye et Betty Boop) qui a fait plusieurs films noirs, et aussi Arena, une première expérience riche avec les possibilités du CinemaScope et qui a convaincu Walt.

Délaissons les images pour parler du son, loin d'être en reste. Paul J. Smith, compositeur phare de DISNEY depuis bien avant Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), projet qui l'installe confortablement dans une production de qualité, s'était fait plutôt rare depuis 1948. Six ans plus tard, alors que les studios diversifient leurs activités (c'est dans ces années-là que le premier Disneyland est conçu, à Anaheim en Californie), Smith revient pour ce projet titanesque, le plus grand et le plus beau de tous les films DISNEY en prise de vue réelles.

Comme d'habitude, le compositeur divise ses thèmes entre œuvres instrumentales pour orchestre et folk. Il n'y a pas tant de musique que cela sur la longueur du film, qui respecte beaucoup le silence propre au fond des océans, poésie fabuleuse et révélée de différentes manières (pêche, funerarium subaquatique...). Le générique, éclatant dès les premières secousses de cuivres, porté par le rythme lent des eaux (et cette harpe qui se balade en fond, raaah !), présente aussi le thème du capitaine Nemo. À la fois solennel et nostalgique, mystérieux et inquiétant, totalement en accord avec le personnage, il joue sur l'utilisation savante de la sixte napolitaine, un enchaînement d'accords difficile à décrire pour les non-musiciens, mais souvent utilisé dans les musiques de films et fort bien. Danny ELFMAN le reprendra à son compte pour le thème de Batman en 1989.

En dehors d'un autre effet musical bien connu, celui de la seconde mineure, idéale pour illustrer l'arrivée du monstre marin (pensez à Spielberg, John Williams et aux requins !), jouée lente par les contrebasses et les violoncelles, parlons du contraste saisissant de la scène d'intro pourtant courte. On voit une frégate voguer tranquillement par une belle journée, sur fond de cordes lumineuses et dans le style ballade américaine languissante. Puis tout change d'un coup, la caméra dévoile "le monstre" qui fonce sur le bateau pour le détruire, avec explosion de cymbales et de cuivres à-propos. Court mais génial !

Ensuite, il y a les moments dramatiques, comme pendant le retour du Nautilus à son port d'attache, son dernier voyage, ou alors l'affrontement avec le calmar géant. Au grand orgue de son navire, Nemo joue la Toccata et Fugue en Ré Mineur de Jean-Sébastien BACH ("Nemo's Torment") juste avant d'aller couler un navire. Si on le conjugue au jeu d'acteur, on tient un moment-clé du cinéma de ces années-là, hyper intense, et on n'a plus à se demander à qui la saga Pirates des Caraïbes a voulu rendre hommage, dans la scène similaire avec Davy Jones. Les moments exotiques ne sont pas moins excellents, avec quelques tambours rajoutés à l'orchestre pour la scène où Conseil et Ned Land fuient les Sauvages.

On l'a dit, cette bande originale demeure fort bien remplie, et puisqu'on parle de Ned Land, joué par Kirk Douglas, presque aussi excellent que James Mason en Nemo, c'est lui qui gère les moments folk. Guitare sous le bras, il entonne "Whale of a Tale" ("Une Histoire de Baleine") avec ses collègues marins, un hornpipe (danse irlandaise) qui reste en tête, le tube du film, composé par Al Hoffman (Cendrillon, entre autres). On pourrait ajouter les bruitages de l'otarie Esmeralda, pourtant naturels mais qui donnent le sourire.

Des différents témoignages, y compris celui du sémillant Kirk Douglas (Ned Land), le tournage reste une belle expérience, un bon rapport avec les dirigeants DISNEY. Qui a dit que les plus grands chefs-d'oeuvre étaient forcément accouchés dans la douleur? Seul le discret et flegmatique mais excellent Paul Lukas (professeur Aronnax) en garde des séquelles, ses pertes de mémoire auraient entraîné quelques complications. Le livre est retravaillé, certes, Nemo meurt pour de vrai, mais le Nautilus disparaît dans un courant marin, il y a de plus une sélection claire des aventures et le côté hollywoodien, quoique mesuré.

La liste de films hors-animation produits par les studios DISNEY est longue comme le bras et la jambe, mais s'il ne faut en retenir qu'un, c'est celui-ci. Les décors (de John Meehan), marins et sous-marins, l'intérieur du Nautilus (par Emile Kuri), les scènes diverses sont des éléments fabuleux, comme les deux acteurs que sont James Mason et Kirk Douglas, devant Paul Lukas et Peter Lorre. Et la musique de Paul Smith donc, d'un format plutôt simple, constante en qualité et qui nous fait revoir ce film instantanément, rien qu'à l'écoute. Les effets spéciaux restent époustouflants de maîtrise, même des décennies plus tard, notamment cette fameuse scène du calmar géant, sachant que la pluie et l'océan déchaîné sont des rajouts tardifs... Nous sommes en 1954, l'année de l'Etrange Créature du Lagon Noir de Jack Arnold, autre référence de film à monstre, très bon aussi, mais quel décalage ! Les superlatifs manquent.


Note : Tarte avait déjà publié une chronique de cette BO ( http://fp.nightfall.fr/index_5634_paul-smith-vingt-mille-lieues-sous-les-mers.html ).

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   MARCO STIVELL

 
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- Paul J. Smith (composition, orchestrations)
- Al Hoffman (composition)
- Norman Gimbel (paroles)
- Kirk Douglas (chant)
- Orchestre Des Studios Disney


1. Main Title (captain Nemo's Theme)
2. Street Fight
3. Aboard The Abraham Lincoln/hunting The Monster
4. A Whale Of A Tale (une Histoire De Baleine)
5. The Monster Attacks
6. Nemo's Torment
7. Ned's Bottle
8. Ashore At New Guinea
9. Native Drums / Back To The Nautilus
10. Escape From Vulcania
11. Finale / Deep Is The Mighty Ocean



             



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